Gigafactory de production de batteries pour véhicules électriques à Douai

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L’usine, conçue pour une capacité initiale de 9 GWh par an – soit l’équivalent énergétique de 200 000 véhicules électriques –, amorce la montée en puissance d’un pôle industriel européen de l’énergie - © ABP

Filiale du groupe sino-japonais Envision, spécialiste mondial des greentech, AESC (N.D.L.R. : pour Automotive Energy Supply Corporation) produit ici des batteries lithium-ion destinées aux véhicules électriques. Conduit en groupement par Sogea Caroni associé à Equans et Lucas & Gaillard Architectes, le projet a offert une belle partition aux filiales de VINCI Construction : Sogea Nord-Ouest, GTM Hallé, GTM Normandie-Centre, Arbonis, CMAA, Structures Geotechnics, Botte Fondations, Menard (division Réseaux de spécialité), les agences Eurovia de Mazingarbe et EJL Grands Travaux de Denain-Aulnoye-Cambrai. Dès 2021, les équipes se sont formées autour d’un objectif clair : livrer, en vingt-cinq mois, un outil de production ultra-performant, certifié BREEAM® Very Good.

Sur ce site où étaient assemblés des moteurs thermiques, une nouvelle chaîne a vu le jour : celle d’une énergie silencieuse et qui fournira, entre autres, leurs batteries aux réinterprétations récentes des iconiques Renault 4 et 5. « Ce projet concentre tout ce que nous défendons en conception-réalisation, résume Alexandre Bouchez, directeur régional, Sogea Caroni. Tout ce que nous savons faire et savons bâtir : gagner la confiance d’un client étranger accompagné dans un environnement complexe, mobiliser plusieurs filiales de VINCI Construction, être donner une dynamique industrielle au Douaisis, ce qui est pour nous une grande fierté. » À quelques centaines de mètres de l’usine, la route départementale 650 s’est enrichie de bretelles et de giratoires pour accompagner cet élan. L’augmentation du trafic liée à l’essor du pôle automobile et à la création de la gigafactory rendait indispensable une reconfiguration des accès. L’agence EJL de Douai et Signature Nord ont ainsi participé à la réalisation de l’échangeur qui désengorgera la circulation entre le site d’assemblage Georges Besse, les nouvelles zones logistiques et les communes voisines.

Achevés en mars 2025, les travaux de l’échangeur entre les RD 650 et 621 ont bénéficié de drains verticaux pour stabiliser plus de 5 mètres de remblais et accélérer les tassements - © Artois Drone

Recharger les batteries

Aujourd’hui, l’usine intègre les trois étapes de production des batteries : la fabrication des électrodes à partir de poudres, celle des cellules et celle des modules. Le chantier, lui aussi, a été le terrain d’une synergie choisie qui a réuni, dans un même geste, les métiers du sol, du gros œuvre, du clos-couvert, de la voirie et des réseaux divers. Son organisation, pilotée par Sogea Caroni, rompt avec une logique séquentielle classique. « Pour faire sortir de terre les 92000m² d’usine, les 8000m² de bureaux et les 700 places de stationnement associées, les équipes mandataires ont veillé à ce que chaque filiale intervienne dans un dialogue continu », précise Alexandre Bouchez. Cette mécanique de coopération repose sur une expérience collective acquise au fil des ans. Les équipes se connaissent, parlent le même langage opérationnel et partagent les mêmes réflexes. Menard et Botte Fondations ont assuré respectivement le renforcement de sol et les fondations spéciales : 22 500 Colonnes à Module Contrôlé (CMC), 280 pieux à la tarière creuse « T3 Botte » réalisés en 2022 et environ 2,5 km de micropieux forés entre 2023 et 2024.

« Nous avons été associés le plus en amont possible au pilotage du projet, se souvient Éloïse Rosieuw, directrice d’agence, Botte Fondations. Ces échanges ont permis d’optimiser le dimensionnement, de réduire le tonnage d’acier employé et d’anticiper les phasages ainsi que la coordination avec Menard afin d’éviter une trop forte coactivité. » Même constat pour les équipes route qui ont façonné 84000 m² de plateforme, 36000 m² de voiries et 5 300 mètres linéaires de réseaux d’assainissement. « Notre force, c’est la somme des valeurs individuelles, confient de concert Hugues Hapka, ingénieur Travaux, Eurovia, et Frédéric Mathissart, chef de secteur, EJL. Nous avons mutualisé les moyens, les matériels, les ressources suivant une logique d’entraide constante. Cette culture commune du chantier nous a permis de respecter un calendrier exceptionnellement serré. »

Les continuités et solidarités locales deviennent ainsi les principaux leviers d’efficacité du chantier.

L'usine Envision AESC en images

Connecter les énergies

Le chantier de l’échangeur doit aussi beaucoup à une coopération créative. Aux côtés de l’agence EJL de Douai qui est intervenue pour les travaux de voirie, d’assainissement et de terrassement, mais aussi de drainage et de recyclage minutieux, Signature Nord a été mobilisé en faisant majoritairement appel aux produits et aux matériels de la SAR, de Crapie et de SVMS. À la clé : la mise en œuvre de panneaux, portiques, potences et hauts mâts, la signalisation horizontale temporaire et définitive, dont près de 8,5 km de marquage VNTP (N.D.L.R. : visible de nuit par temps de pluie) en enduits à chaud structurés de type B, et la pose de 3500 mètres linéaires de glissières de sécurité. Le tout sur une chaussée restée partiellement ouverte à la circulation. Richard Millet en résume l’enjeu : « Mettre en place la signalisation d’un échangeur, c’est écrire le mouvement, explique le chef de secteur de Signature Nord. Chaque ligne et chaque panneau participent à la lecture du territoire. Nous n’équipons pas seulement la route : nous la rendons sûre et intelligible pour ses usagers. »

Connaître son terrain

Cette connaissance du terrain ne se limite pas à la technique : elle est le socle d’une économie circulaire appliquée qui fait écho à l’ambition plus vaste du projet, celle d’une nouvelle géographie productive qui cherche à allier durabilité, emploi et innovation. Sur le chantier de la gigafactory, les bétons ont été optimisés pour réduire les volumes d’acier utilisés. La combinaison du béton et du bois lamellé-collé d’Arbonis pour les 64 000 m² de charpente mixte a habilement remplacé les structures métalliques prévues initialement par le maître d’ouvrage.

Carburant HVO pour les foreuses, traitement des laitances, valorisation des 30 000 m³ de déblais… L’écologie du chantier a su rimer avec son économie. En parallèle, le site de l’échangeur, en bordure du bassin minier, a livré sa matière… avant même que les engins n’arrivent ! Les équipes de l’agence EJL de Douai ont misé sur un principe simple : travailler avec ce que le terrain offrait. Les matériaux schisteux du site extraits lors des travaux de terrassement ont été identifiés et répertoriés. Ils ont pu ainsi savamment supplanter les limons prévus au marché. Résultats : moins de transport, moins d’émissions et un meilleur bilan économique et environnemental. « En lien avec la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et l’appui technique du laboratoire de notre direction technique locale, nous avons utilisé les schistes du site en remblais, en supprimant ainsi tout recours à la chaux, rappelle Frédéric Houplin, désormais chef de l’agence EJL de Lille-Flandres et ancien chef de secteur de l’agence EJL de Douai. Cette décision, partagée et assumée, résume ce qu’un groupement local peut offrir : une intelligence collective ancrée dans son territoire. »

— La réussite d’un projet tient à l’intelligence collective : des expertises sur mesure, la connaissance du terrain, une ingénierie de qualité et une synergie bâtie dans la durée. »

ÉLOÏSE ROSIEUW - Directrice d’agence, Botte Fondations

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