Alerte rouge – Fin de vie

Compatibilité
Sauvegarder(0)
partager

À la veille de l’examen au Sénat des textes sur la fin de vie, l’OCH alerte sur une dérive : donner la mort ne peut être une réponse à la souffrance : Chronique RND de Florence Gros du 14 janvier 2026

Nous sommes à la veille d’un basculement majeur pour notre société. Le Sénat s’apprête à examiner deux textes de loi sur la fin de vie le 20 janvier prochain. Les textes ont été adoptés par l’Assemblée nationale en mai dernier et bientôt ils seront discutés par les sénateurs en séance publique, après plusieurs reports. Le premier texte vise à développer les soins palliatifs. Il est assez consensuel. Le deuxième a été légèrement modifié. « Le droit à l’aide à mourir » devient une « assistance médicale à mourir ». Dans les médias, on peut lire que des changements ont été faits pour rendre le dispositif plus strict et encadré, en particulier pour les patients dont le pronostic vital est engagé à court terme. On est donc en train de nous dire que le Sénat aménage le texte, mais en réalité le pire est toujours là : il s’agit toujours de donner la mort, et non de soutenir, d’accompagner des personnes souffrantes. Donner la mort n’est pas un soin. Comme me le disait une amie atteinte d’une maladie invalidante évolutive : « je suis de mieux en mieux accompagnée, on a même prévu de me donner tout ce qu’il faut pour que mon handicap ne pèse pas sur les autres. Mais le handicap fait partie de moi, et moi j’attends d’être encouragée à vivre, pas d’être tuée ».

Pierre-Hugues : il y a du sarcasme dans ces paroles, c’est ainsi que réagissent les personnes handicapées que vous rencontrez à l’OCH ?

Nous avons la loi Leonetti qui donne un cadre satisfaisant aux personnes malades ou en fin de vie. Loi qui a déjà évolué, qui s’est améliorée, qui n’abandonne pas la personne, qui lui évite de souffrir, qui ne prolonge pas la vie de façon déraisonnable.  D’ailleurs Jean Léonetti lui-même exprime des réserves profondes sur les nouvelles orientations de la nouvelle loi. Il s’interroge sur cette volonté de vouloir donner la mort. Et on est en train de dire à ces personnes malades, handicapées, à leurs aidants : on va faire beaucoup mieux. Mais elles ne sont pas dupes, ce n’est pas parce que nos élus utilisent des mots ou expressions comme « loi fraternelle », comme « cette loi doit rester l’exception », comme « nous voulons mettre le Sénat dans une position de sagesse », qu’elles se sentent en confiance et encore moins en sécurité. Qu’y a -t-il de sage à tuer une personne ? Les personnes en situation de handicap que nous rencontrons à l’OCH ont peur et elles ont raison. Beaucoup d’élus se laissent tromper par une fausse alternative : mourir ou souffrir, alors même qu’un investissement raisonnable et véritablement fraternel dans les soins palliatifs permettrait de répondre à de nombreuses détresses. L’alternative qui est la nôtre est celle de l’abandon ou de la fraternité. Celle-ci engage toute notre société, malades et bien-portants.

Pierre-Hugues :  A quelques jours de l’examen de cette loi par les sénateurs, que pouvons-nous faire ?     

Dans une tribune du Figaro du 6 janvier, des personnalités appellent les sénateurs à un « sursaut éthique pour empêcher l’adoption du texte ». Joignons nos voix à celles de ces personnalités. Ecrivons à nos sénateurs, parlons-leur si nous en avons l’occasion, utilisons les réseaux sociaux. Il me semble aussi important de s’informer. Trop de personnes ne connaissent pas la loi Leonetti, et encore moins celle qui nous attend. Ecoutons les personnes concernées, notamment les éligibles, mais aussi les soignants, qui sont profondément opposés à ce texte contraire à ce qui les anime. Comme la vénérable Claire de Castelbajac qui voulait donner du bonheur à tous ceux qu’elle approchait et semer la joie, semons la joie, pas une culture de mort.

Chroniques hebdomadaire de Florence Gros, directrice de la Fondation OCH. 14/01/2026

Coordonnées
Maxime Jaly