Metropolis de Thea von Harbou : un livre visionnaire à (re)découvrir pour son centenaire ! - CulturAdvisor

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Autrice de l’un des romans les plus influents de la science-fiction du XXᵉ siècle, Thea von Harbou publiait Metropolis en 1926. Une œuvre littéraire fondamentale qui a inspiré le film éponyme de Fritz Lang et marqué durablement l’imaginaire du genre dystopique. Situé en 2026, le récit dépeint une mégapole futuriste profondément divisée entre une élite privilégiée vivant dans ses hauteurs scintillantes et une classe laborieuse exploitée dans ses profondeurs souterraines. Lorsque Freder, fils du maître de la ville, découvre ces conditions inhumaines et s’éprend de Maria, une jeune femme venue d’en bas, il se trouve au cœur d’un conflit social grandissant. À travers une intrigue mêlant amour, technologie et lutte des classes, Metropolis interroge le progrès, la justice sociale et la place de l’humain face aux machines, offrant une lecture aussi puissante qu’anticipatrice. Metropolis de Thea von Harbou, aux Éditions Terre de Brume : un livre visionnaire à (re)découvrir pour son centenaire !

Une créatrice géniale…

Thea Gabriele von Harbou (1888-1954) est une romancière, scénariste, réalisatrice et figure marquante du cinéma allemand du début du XXᵉ siècle. Elle écrit dès sa jeunesse, développe une carrière d’écrivain puis de scénariste, collaborant avec des réalisateurs tels que F. W. Murnau et Carl Theodor Dreyer, avant de trouver une affinité singulière avec Fritz Lang, qu’elle épouse en 1922. Ensemble, ils signent certains des films les plus mémorables du cinéma muet et de l’entre-deux-guerres — Docteur Mabuse le joueur (1921), Les Nibelungen (1924), Les Espions (1928), M le maudit (1931) et bien sûr Metropolis (1927) — faisant de von Harbou une créatrice influente et pionnière.

Metropolis de Thea von Harbou : un livre visionnaire à (re)découvrir pour son centenaire !

Et une figure controversée

La période la plus controversée de sa vie commence avec l’accession du nazisme : contrairement à Lang, qui fuit l’Allemagne dès 1933, von Harbou adhère au NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands) et continue de travailler dans l’industrie cinématographique sous le Troisième Reich, produisant des scénarios qui s’inscrivent souvent dans la ligne idéologique du régime.

Cette affiliation a contribué à ce que son œuvre soit longtemps éclipsée après-guerre, éclipsée par l’aura de Lang et par le rejet de toute production associée au nazisme.

Cependant, des archives récemment mises en lumière à la Kinemathek de Berlin en 2024 révèlent une facette plus nuancée : une déclaration aux forces alliées retrouvée mentionne qu’elle aurait permis à plusieurs personnes, dont sa secrétaire juive Hilde Guttmann, de fuir l’Allemagne avant 1939, ce qui invite à relativiser l’interprétation binaire de son engagement politique.

Une cité-machine en 2026

Dans Metropolis, Thea von Harbou imagine une mégapole du futur où la société est littéralement structurée selon les niveaux sociaux : l’élite règne dans les hauteurs scintillantes des tours, tandis que les ouvriers, anonymes et exploités, font fonctionner les énormes machines qui assurent la survie de la ville, dans l’ombre de ses fondations.
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Le récit suit Freder, fils de Joh Fredersen, maître de Metropolis, qui mène une vie protégée jusqu’à ce qu’il croise Maria, une jeune femme venue du monde souterrain, prônant la tolérance et la paix entre classes. Touché par ses mots et le sort des travailleurs, Freder s’engage dans une quête de réconciliation.

Une invention dramatique — le robot Futura, façonné à l’image de Maria — devient un agent de chaos, manipulé par les puissants pour susciter une révolte qui se retourne contre les classes laborieuses. Ce procédé narratif, visionnaire à l’époque, anticipe des thèmes contemporains tels que les technologies de manipulation de masse ou l’influence des systèmes artificiels sur les comportements humains.

Thea_von_Harbou et Fritz Lang en 1923 ou 1924. (Metropolis de Thea von Harbou : un livre visionnaire à (re)découvrir pour son centenaire !).

Une œuvre plus actuelle que jamais

Alors que l’année 2026 débute, exactement un siècle après la parution du roman, Metropolis émerge comme une œuvre étonnamment prémonitoire. L’écart entre riches et pauvres ne cesse de se creuser dans nos sociétés modernes, avec des structures économiques qui rappellent la division sociale extrême de la cité-machine imaginée par von Harbou.

Plus encore, certains éléments du récit trouvent un écho direct dans notre présent : le personnage de Futura, robot humanoïde utilisé pour manipuler et diviser, peut être lu comme une métaphore des technologies d’intelligence artificielle, des fake news ou des algorithmes de réseaux sociaux qui influencent les opinions et les comportements collectifs.

Le roman questionne également le rôle de la technologie — envisagée à la fois comme force productive et comme objet de culte déshumanisant — une interrogation qui résonne à l’heure des usines intelligentes, des machines autonomes et de la numérisation généralisée.

Ainsi, Metropolis n’est plus seulement une dystopie du siècle dernier : il s’impose comme un miroir de nos propres défis — économiques, sociaux et technologiques — et comme une invitation à repenser la place de l’humain au cœur des systèmes que nous construisons.

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Hakim Aoudia.

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