Le modèle qui, depuis des années symbolise l’hiver en Europe est aujourd’hui remis en question. Les sports d’hiver ont modelé les paysages, transformé les économies locales et alimenté les souvenirs en famille ou entre amis : émotions des premières descentes, aventure de la glisse, atmosphère conviviale des refuges, batailles de boules de neige en fin de journée sans oublier les retrouvailles après-ski… Si on repense aux vacances d’hiver à la montagne, les crissements de nos bottes sur la neige, la tant attendue ouverture des pistes, les files d’attente entremêlées pour les remontées mécaniques, le vent vif sur le visage et le froid aux mains sont les clichés qui se présentent immédiatement à notre esprit. Cependant, l’impact du réchauffement climatique est déjà bien perceptible et les conditions naturelles nécessaires à la pratique du ski ne sont malheureusement plus toujours au rendez-vous. Certaines stations sont déjà sérieusement impactées. Jusqu’à quel point et pour combien de temps les sports d’hiver subiront les effets des changements climatiques ? Pourra-t-on encore skier dans les futures décennies ?
Les régions montagneuses, qui se réchauffent plus vite, sont devenues de véritables témoins des effets du changement climatique. Diminution de la surface des glaciers dans les Alpes et les Pyrénées, altération des précipitations et instabilité des écosystèmes sont des signes qui ne trompent pas. Pluie en plaine, neige en montagne disait-on. Eh bien cette affirmation devient de plus en plus incertaine : avec l’augmentation des températures, il pleut de plus en plus là où il neigeait autrefois. La neige arrive plus tard, reste moins longtemps, surtout en dessous de 2 000 mètres. L’ouverture des stations est parfois reportée, voire suspendue car le climat est de plus en plus imprévisible et de façon générale, les statistiques montrent que la saison se raccourcit chaque année un peu plus.
Les stations les plus affectées sont celles situées en moyenne montagne comme les Pyrénées, le Jura et les Vosges ou encore les Apennins italiens. Certaines stations préfèrent ne plus ouvrir du tout comme dans le Massif Central car les gérants n’ont plus la garantie de faire une saison rentable. Parfois les subventions publiques aident ces stations à résister, mais sans cela d’autres cessent définitivement leur activité et avec elle, c’est toute la vie de la station qui s’en va, voire de la vallée. Pour le moment, les chiffres indiquent que les grandes stations alpines situées en France, en Suisse ou en Autriche, résistent encore grâce à leur altitude qui maintient encore des températures plus basses. Mais les projections dénoncent qu’à moyen et long terme même ces stations devront faire face à ces variations d’une année sur l’autre, à l’apparition plus tardive de la première neige, à un manteau neigeux moins persistant. Le recours à l’ enneigement artificiel s’est fortement développé ces dernières années en Europe et les canons à neige sont employés dans la plupart des stations. Il convient de soulever un doute : cette solution souvent présentée comme indispensable à la survie de l’activité, n’est pourtant pas sans poser problème.
Produire de la neige de culture présume bien évidemment des investissements qui pèsent sur l’économie de la station: en premier lieu, l’investissement dans l’achat des enneigeurs (et cela se chiffre en plusieurs dizaines de milliers d’euros…), il faut ensuite prendre en considération les frais pour l’installation des infrastructures, puis les coûts énergétiques et les frais d’entretien… Malgré cela, plusieurs études ont en effet montré que ces investissements n’améliorent pas toujours la rentabilité des stations, en particulier lors des hivers les plus doux. Jusqu’où ce modèle peut-il tenir ? Et à quel prix ?
Observée sous un autre jour, cette pratique a démontré avoir un impact environnemental préoccupant : consommation massive d’eau et d’électricité, exploitation intensive des ressources naturelles et augmentation des émissions de gaz à effet de serre. En voulant lutter contre les effets du réchauffement climatique, on risque d’en renforcer les causes !
Frissons de la glisse, émotions d’une expérience au grand air d’un côté, business saisonnier de l’autre, l’univers du ski ne se limite pas à ces deux réalités : l’économie du tourisme de montagne et l’industrie des sports d’hiver représente une part essentielle de l’économie de plusieurs pays européens, pour certaines vallées, elles sont même devenues quasi vitales. Ce secteur génère des milliards d’euros de chiffre d’affaires et des centaines de milliers d’emplois (activités directement liées au domaine skiable, métiers spécialisés dans l’hôtellerie et dans le tourisme, encadrement administratif ou relatif à la sécurité).
Face à ces défis, la transition a déjà débutée. De nombreuses stations européennes réfléchissent à leur reconversion et certaines imaginent même un développement d’un tourisme ainsi nommé « des quatre saisons « ! Le principe serait d’éloigner d’un business 100% ski et de lancer des activités estivales et de mi-saison comme la randonnée, le VTT, des espaces bien-être tel que le thermalisme mais aussi de promouvoir sur le territoire des événements culturels et gastronomiques. Changer de modèle, diversifier l’économie et par là les sources de revenus et surtout mieux s’ancrer dans le territoire et s’engager à le valoriser tout au long de l’année.
Cette transition aurait aussi des répercussions positives sur l’environnement local. Les modifications du paysage et l’exploitation massive des naturelles ressources ont déjà engendré de nombreux dommages comme l’augmentation des risques naturels (avalanches, glissements de terrain), la fragilisation des forêts et de la biodiversité mais aussi l’impact négatif sur le pastoralisme. À ce propos, découvrez une intéressante initiative pour une cohabitation possible et bénéfique Pastoralisme sur les domaines skiables : le défi de la réhabilitation des terrains – Mon séjour en montagne
Les enjeux de cette transition sont bien évidemment de grande envergure : équilibre écologique, économique et social de la montagne. Les initiatives locales sont un point de départ prometteur mais les réponses doivent dépasser le territoire et une coopération européenne devient nécessaire pour repenser cette transition des modèles touristiques à travers la diversification des activités et une réflexion sur la manière d’habiter, de protéger et de faire vivre la montagne.
Pour approfondir :
https://youtu.be/0gx0JZKG3tQ?si=8LwuBcGYlsVOHwpC
https://youtu.be/skbwMl_UVkQ?si=vCIxRxF6tKPaRPCI