Né à Nantes à partir d’un vécu de discriminations racistes et sexistes, DiverCity Tour est un projet porté par des jeunes qui ont choisi de transformer leurs expériences en levier d’expression, de dialogue et d’engagement. De l’exposition photo Les femmes de notre histoire aux rencontres avec d’autres jeunesses en France et en Europe, ce projet accompagné par le TriptiC Léo Lagrange raconte un parcours d’émancipation collective, féministe et interculturel.
A l’origine : transformer des discriminations vécues en projet collectif
DiverCity Tour prend racine dans un vécu très concret. Celui de jeunes filles nantaises confrontées à leur entrée au lycée à des remarques racistes et sexistes. Josuée, l’une des initiatrices du projet, le raconte : « Au collège on avait beaucoup de diversité, mais au lycée on était en minorité en tant que femmes de couleurs, et on a découvert qu’elles étaient victimes de remarques racistes. On s’en est plaint à notre animatrice du club ados et c’est comme ça que c’est lancé. »
À l’origine, le projet s’intitule « Les femmes de notre histoire ». Il est porté avec l’association nantaise Accoord qui gère le club ados 11–15 ans que fréquente le groupe d’amies, et vise à permettre aux jeunes de se réapproprier leur identité à travers des figures féminines inspirantes, et emblématique de l’histoire de leurs pays d’origine. Armelle Mahé, accompagnatrice de projets au TriptiC Léo Lagrange, résume ainsi la genèse : « Des jeunes qui avaient subi des discriminations à l’école ont eu envie de se réapproprier leur identité autour de femmes inspirantes, tout en abordant le racisme et le sexisme, et en ouvrant le débat sur ces questions-là. »
Pour Josuée, l’engagement dans ce projet répondait à une nécessité : « Il fallait trouver une manière de répondre à ces insultes portant sur notre couleur de peau ou notre genre. Il fallait de l’éducation pour répondre à ces stéréotypes faussés, et donner l’opportunité à d’autres jeunes de s’exprimer. »
De l’exposition photo au tour européen : un projet qui prend de l’ampleur
C’est donc sous la forme d’une exposition photo baptisée « Les femmes de notre histoire », réalisée avec les Studios Bellarue 17, un studio audiovisuel nantais, que le projet s’incarne dans un premier temps, dès 2022 avec l’Accoord. Les jeunes mènent des recherches sur des femmes ayant marqué l’histoire de leurs pays d’origine, les formulent en récit écrit, puis les incarnent devant l’objectif. « On voulait vraiment incarner le personnage qu’on avait choisi, pour transmettre un message fort à travers la photo », explique Josuée.
Elle-même choisit Catherine Flon : « C’est la fille de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, c’est elle qui a cousu le premier drapeau d’Haïti. » Le projet s’ouvre progressivement : « Au tout début on était 9, et après d’autres se sont rajoutées. Dès que quelqu’un rejoignait le projet, elle pouvait faire le récit et la photo. »
L’exposition circule dans plusieurs lieux nantais et suscite de nombreuses réactions. « Je ne m’attendais pas à ce que les gens soient aussi choqués. Ils sont fiers, mais surtout choqués que ça existe, parce qu’ils ne s’en rendent pas compte », confie Josuée.
En 2025, le projet change d’échelle avec l’accompagnement du TriptiC Léo Lagrange qui reprend le projet et devient DiverCity Tour. L’ambition est claire : « DiverCity Tour englobe plusieurs types de discriminations. L’objectif, c’est de le faire voyager. » Après Nantes, le groupe échange avec des jeunes à Paris, au centre socioculturel Maurice Noguès, également géré par Léo Lagrange Animation. « Le plus important ce jour-là, c’était d’échanger avec les autres jeunes. On a pu recueillir leurs témoignages, leurs expériences, se donner des conseils. »
L’aventure se poursuit ensuite en Allemagne à l’automne dernier, à Stuttgart, grâce à un financement de l’OFAJ. Armelle Mahé souligne la richesse de cette étape : « En parallèle de l’exposition et des échanges au sein de l’auberge de jeunesse qui nous accueillait, les jeunes ont mené des interviews, des micro-trottoirs dans une rue très passante, pour aborder les discriminations dans un contexte allemand. » Une expérience marquante pour Josuée qui y découvrait le point de vue de nos voisins allemands : « On a vu que même les non-racisés se sentaient concernés, qu’ils ne pouvaient pas rester insensibles et inactifs. »
Deux professionnel.les des Studios Bellarue 17 accompagnent les jeunes à Stuttgart : un documentaire s’y prépare pour retracer toute l’histoire de ce beau projet !