Dans un contexte de refonte et de simplification réglementaire majeure, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) se pose en figure de proue. Mais au-delà de la conformité, un défi stratégique émerge : comment transformer cette exigence en véritable projet d’entreprise au service d’une performance durable ? Pour répondre à cet enjeu, Le Cigref, en partenariat avec la DFCG (Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion), publie ses conclusions et préconisations sur ce sujet dans son nouveau rapport « Mise en œuvre de la CSRD : enjeux et perspectives pour les directions numériques ».
CSRD : de la contrainte réglementaire au pilotage de la valeur
La directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive), entrée en vigueur au 1er janvier 2024, impose un cadre de reporting extra-financier harmonisé à l’échelle européenne. Si la directive « Content » de décembre 2025 a récemment relevé les seuils d’éligibilité (entreprises de plus de 1 000 salariés et 450 M€ de CA), elle ne freine pas l’ambition des organisations déjà engagées qui y voient une opportunité d’affiner leurs processus.
La publication du rapport « Mise en œuvre de la CSRD : enjeux et perspectives pour les directions numériques » est le fruit d’une année de partage et de réflexion des membres du Cigref, en partenariat avec la DFCG (Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion) : ceux-ci se sont donnés pour objectif tout d’abord de s’acculturer au concept ainsi qu’aux terminologies spécifiques de directive CSRD, puis d’identifier les bonnes pratiques de gouvernance, de pilotage et de collaboration inter-directions (finance, RSE, numérique…) grâce aux premiers retours d’expérience des entreprises participantes. Ce rapport analyse ensuite les implications de la CSRD pour les directions numériques en particulier (en tant que contributrice et orchestratrice de cette norme), et propose des pistes pour l’outillage et l’industrialisation des processus de reporting, via un cahier des charges commun.
La publication du rapport « Mise en œuvre de la CSRD : enjeux et perspectives pour les directions numériques » est le fruit d’une année de partage et de réflexion des membres du Cigref, en partenariat avec la DFCG (Association nationale des directeurs financiers et de contrôle de gestion) : ils se sont donnés pour objectif tout d’abord de s’acculturer au concept ainsi qu’aux terminologies spécifiques de directive CSRD, puis d’identifier les bonnes pratiques de gouvernance, de pilotage et de collaboration inter-directions (finance, RSE, numérique…) grâce aux premiers retours d’expérience des entreprises participantes. Ce rapport analyse ensuite les implications de la CSRD pour les directions numériques en particulier (en tant que contributrice et orchestratrice de cette norme), et propose des pistes pour l’outillage et l’industrialisation des processus de reporting, via un cahier des charges commun.
Les premières phases d’application ont révélé des défis majeurs pour un déploiement à l’échelle. La complexité de l’arsenal juridique et technique de la CSRD, notamment les normes ESRS, exige un temps d’acculturation pour tous les contributeurs. L’analyse de double matérialité, véritable pierre angulaire de la CSRD, s’avère être un exercice exigeant, complexe à mettre en œuvre et à mettre à jour, et implique de nombreuses parties prenantes pour rendre l’exercice pertinent. La gestion des « data points », en particulier la partie dite « narrative », présente des irritants importants en termes de redondances et d’harmonisation. Enfin, la gouvernance des données et la répartition des responsabilités sont également des préoccupations majeures, surtout dans des contextes de groupes décentralisés et internationaux.
Face à ces enjeux, la CSRD s’impose finalement comme un projet de transformation d’entreprise qui présente aussi son lot d’opportunités. Prenons par exemple l’analyse de double matérialité, qui impose d’évaluer la performance selon deux prismes : la matérialité financière (impact des enjeux ESG sur les performances économiques et financières de l’entreprise) et la matérialité d’impact (impact de l’entreprise sur la planète et la société). Cet exercice oblige à introspection inédite de l’entreprise sur ses impacts et ses dépendances, ce qui conduit naturellement à faire évoluer son business model vers plus de résilience.
Une gouvernance décloisonnée et stratégique
L’analyse des premières vagues d’application de la directive souligne que la gouvernance est le premier facteur de succès d’un projet CSRD :
- L’une des clés de réussite repose sur une collaboration tripartite Finance / RSE / DSI. Ce co-pilotage doit engager le COMEX et les instances représentatives du personnel dès le lancement pour ancrer la durabilité dans la comitologie de l’entreprise.
- Pour éviter les blocages, les entreprises préconisent d’associer les auditeurs très en amont, dès l’analyse de double matérialité et la définition des IRO (Impacts, Risques, Opportunités).
- L’organisation se doit également de clarifier les responsabilités en désignant un Data Owner unique par typologie de données. Une approche progressive est recommandée : débuter par une phase pilote « artisanale » pour maîtriser le fond, avant d’engager une industrialisation complète.
- Une analyse d’écart (gap analysis) systématique entre l’existant et les exigences des normes ESRS est un préalable indispensable pour identifier les besoins d’harmonisation.
Enfin, cette gouvernance doit dépasser la simple gestion des risques pour se concentrer sur les opportunités stratégiques. En brisant les silos, la CSRD devient un moteur d’innovation capable de repenser le modèle économique de l’entreprise au regard des enjeux de durabilité.
La DSI, architecte de la performance durable
L’objectif est d’atteindre une rigueur de traitement équivalente à celle de la finance. Pour y parvenir, la DSI doit déployer une architecture de données robuste (Data Platform, Data Warehouse) et mettre en place une gouvernance stricte incluant des data owners identifiés et un data catalog rigoureux. En maîtrisant ainsi le cycle de vie de la donnée ESG, la DSI ne se contente plus d’assurer la conformité : elle devient un partenaire stratégique de la résilience et de la pérennité du modèle économique de l’entreprise.
Les bonnes pratiques techniques identifiées incluent :
- L’investissement dans une architecture de données robuste : privilégier une Data Platform centrale pour agréger des flux hétérogènes et assurer l’interopérabilité.
- La garantie de l’auditabilité : mettre en œuvre un Data Catalog et un Data Lineage rigoureux pour tracer l’information depuis la source brute jusqu’au rapport final.
- L’automatisation des collectes : déployer des workflows et des interfaces avec les systèmes sources (ERP, SIRH) pour fiabiliser les données et réduire les saisies manuelles.
- La montée en compétences : acculturer les équipes IT à la sémantique ESG pour leur permettre de challenger efficacement les besoins métiers.
La CSRD transcende ainsi la simple conformité pour devenir un levier de transformation : elle invite les organisations à refondre leur modèle économique en unifiant performance financière et extra-financière au sein d’une stratégie globale.