Au cœur du Port Spatial de l’Europe

Compatibilité
Sauvegarder(0)
partager

Du 20 au 25 novembre 2025, l’AJT a posé ses valises en Guyane Amazonie à l’occasion de son assemblée générale. Immense (83 533 km²), singulière et magnétique, la Guyane française se vit comme un voyage à part : port spatial de l’Europe, porte d’entrée vers l’Amazonie, terre d’histoires et de mémoires, elle s’affirme aussi comme une destination de tourisme vert où l’on privilégie le temps long, le “slow” et la quête de l’essentiel.

Guyane Amazonie : carnet de route de l’AJT (1)

De Kourou et du Centre Spatial Guyanais aux Îles du Salut, de Saint-Laurent-du-Maroni et son patrimoine pénitentiaire aux pirogues du Maroni, des nuits en carbet aux découvertes culturelles amérindiennes, sans oublier Cayenne, ses musées, la mangrove et les salines, nous vous proposons une série d’articles pour partager ces expériences de terrain.

Premier épisode : immersion au Centre Spatial Guyanais, là où la Guyane regarde vers les étoiles.

Arrivée au Centre Spatial Guyanais.

De la savane au pas de tir : immersion grandeur nature au Centre Spatial Guyanais

Par Magali Rebeaud
Unique base de lancement d’Europe, le Centre Spatial Guyanais implanté le long de la côte de l’Océan Atlantique sur les territoires de Kourou et de Sinnamary, nous a ouvert ses portes le temps d’une journée.

Il est à peine 8 heures lorsque nous foulons le sol de Centre Spatial Guyanais (CSG), où nous sommes conviés pour y tenir notre assemblée générale. L’air est déjà chaud et moite. La lumière rasante du matin tropical illumine les palmiers et l’imposante maquette du lanceur Ariane 5 qui trône à l’entrée.

Avant d’entamer nos travaux, l’équipe du CSG nous offre une visite guidée du site depuis lequel décollent aujourd’hui les lanceurs Ariane et Vega.

Une véritable immersion dans l’envers du décor spatial. Un privilège !

Le site s’étire le long de la côte atlantique sur près d’une cinquantaine de kilomètres et sur une profondeur maximum d’une vingtaine de kilomètres. Soit une étendue d’environ 650 km², sur laquelle le CSG n’est bâti qu’à 5 %. Le reste est une mosaïque de savanes préservées, refuges de centaines d’espèces.

Bienvenue au Centre Spatial Guyanais : devant le bâtiment “Europe’s Spaceport”, la silhouette d’Ariane 5 donne le ton.

La route de l’Espace

C’est en bus que nous empruntons la « route de l’Espace », cet axe au nom enchanteur qui traverse les installations abritant des trésors de technologie.

Notre guide nous plonge dans la vie de cette immense plateforme, où près de 1 500 personnes, dont 30 % d’ingénieurs et techniciens, travaillent chaque jour.

« L’histoire de ce site s’écrit à partir de 1962, lorsque l’indépendance de l’Algérie force la France à quitter la base d’Hammaguir. Il faut trouver un nouveau site. La solution est en Guyane », nous raconte-t-elle. « Le CNES, l’agence spatiale française, retient cette région à la façade atlantique, peu peuplée, sans activité sismique ni cyclonique et dotée d’une ouverture naturelle vers les différentes orbites ». La proximité de l’équateur permet de bénéficier au maximum de l’effet de fronde, l’énergie fournie par la vitesse de rotation de la Terre. Cet effet apporte un complément de vitesse au lanceur qui nécessite ainsi moins d’énergie pour décoller. De plus, la Guyane, en tant que département français, offre un cadre politique et administratif stable. En 1964, le choix est officialisé. Quatre ans seulement après la décision d’implantation, trois pas de tir sortent déjà de terre, dont celui de la fusée-sonde Véronique, lancée en 1968. Le programme Diamant suit, ouvrant la voie à la grande aventure spatiale européenne.

Le véritable tournant survient en 1979 avec la réussite du premier lancement d’Ariane. Dès lors, l’Europe fait du CSG son port spatial, appuyée par la création d’Arianespace en 1980. Ariane 4 deviendra l’un des lanceurs les plus fiables de l’histoire (113 succès sur 116 vols), avant qu’Ariane 5 ne prenne le relais durant près de 30 ans. Vega vient compléter la gamme des lanceurs pour les petits satellites, tandis que Soyouz offre une capacité intermédiaire jusqu’à son retrait en 2022, conséquence de l’invasion russe de l’Ukraine.

Une nouvelle jeunesse !

Nous passons devant des bâtiments d’assemblage, des zones de préparation des satellites, des usines de propergol, la station météo et bien sûr les pas de tir. Chaque type de lanceur dispose en effet d’un ensemble de lancement spécifique.

« Si le CSG est un lieu historique, il est loin d’être figé dans le passé. Bien au contraire ! Il vit une nouvelle jeunesse, marquée par des lancements récents et des projets ambitieux », est-elle fière d’ajouter.

En effet, l’année 2024 a été charnière : c’est celle du premier vol d’Ariane 6, le 9 juillet. Un lancement très attendu qui a signé le retour de l’Europe sur le devant de la scène spatiale. Parallèlement, le lanceur léger de nouvelle génération Vega‑C a repris du service, confirmant la capacité du CSG à répondre à un large éventail de missions.

Ariane 6

Nous voici d’ailleurs face à la zone de lancement d’Ariane 6 : la ZL4 !

Devant nous se dresse l’impressionnant portique mobile de 89 mètres de haut et 49 mètres de large, véritable géant d’acier de 8 200 tonnes. Plus lourd que la charpente de la tour Eiffel ! Il s’agit du plus grand ouvrage mobile du monde.

Contrairement à la méthode employée pour Ariane 5, le premier et le second étage du lanceur sont assemblés à l’horizontale. Une fois assemblés, les deux étages sont transportés ici, à la ZL4. La partie avant du corps du lanceur est alors soulevée par le pont roulant, pour être placée à la verticale sur la table de lancement. Derrière les deux doubles portes, un véritable dédale d’escaliers et de plateformes métallique entoure le lanceur, permettant de s’en approcher pour réaliser les ultimes opérations d’assemblage et de préparation avant le décollage. Au moment du tir, le portique, monté sur 128 galets motorisés, recule lentement (à 7 m/min) pour libérer le lanceur.

Les deux structures en béton de chaque côté du pas de tir ont été conçues pour évacuer les gaz de combustion au décollage et pour réduire les effets vibratoires et acoustiques. Quatre mâts antifoudre permettent de protéger le lanceur en cas d’orage, au moment du compte à rebours.

À l’arrière, du haut de ses 90 mètres, une tour domine la zone. C’est le château d’eau. Il est alimenté depuis une réserve naturelle d’eau et contient plus de 1 200 m3 d’eau en son sommet. Relié à la table de lancement par une canalisation, ce réservoir sert à alimenter l’impressionnant système d’aspersion situé au pied du lanceur.

Lors du décollage d’Ariane 6, il déverse 800 000 litres d’eau en quelques dizaines de secondes, créant le fameux « déluge » destiné à refroidir et protéger la table de lancement des flammes et des vibrations sonores.

Ici également : une station météo et des installations de surveillance environnementale, pour évaluer les conditions météorologiques. « Le risque d’orage et le vent sont particulièrement surveillés. Et ce qui peut annuler un lancement c’est un vent dépassant les 36 km/h », nous précise notre guide.

Pause photo sur la route de l’Espace devant la zone de lancement d'Ariane 6.
La zone de lancement d’Ariane 6 au Centre Spatial Guyanais, cœur du nouveau dispositif de tir.
Un futur aéroport spatial

En 2025, le CSG a réalisé six lancements : quatre avec le lanceur Ariane 6 et deux avec Vega-C. Chacun de ces vols a permis de placer en orbite des satellites aux missions variées : observation de la Terre à des fins civiles ou militaires, météorologie, navigation, ou encore recherche scientifique.

Le Centre est aujourd’hui engagé dans une transformation profonde et souhaite ouvrir ses pas de tir à des opérateurs privés. Une ambition clairement affichée par Philippe Lier, directeur du CSG, lors de son intervention à l’issue de notre visite. « La Guyane doit au spatial près de 15 % de son PIB. Une activité particulièrement stratégique donc ! », explique-t-il. « Nous nous orientons vers un modèle aéroportuaire. Deux lanceurs aujourd’hui, six lancements cette année et notre objectif est d’atteindre 30 lancements par an d’ici 2030. » Le CSG se projette ainsi comme un véritable aéroport spatial.

Philippe Lier, directeur du CSG : « Notre objectif est d’atteindre 30 lancements par an d’ici 2030. »
Les savanes

À proximité des zones de lancement, la nature rappelle sa présence. C’est aussi ce qui rend le CSG particulièrement fascinant ; cette cohabitation entre une technologie de pointe et une végétation tropicale. Dans ces savanes et ces forêts préservées, plus de 700 espèces sont recensées, dont une vingtaine de jaguars. La chasse y est évidemment interdite.

Des « visites nature » sont organisées et permettent d’observer cette faune et de comprendre la cohabitation entre une activité industrielle de pointe et un environnement protégé.

Le temps nous a malheureusement manqué pour aller y flâner…

Un panneau routier assez rare que l'on peut appercevoir le long de la route : attention aux jaguars !
La salle de contrôle Jupiter 2

Après cette immersion dans l’aventure du CSG, retour à l’entrée, au cœur névralgique de la base : la salle de contrôle Jupiter 2.

Véritable tour de contrôle des lancements, c’est ici que tout se joue. Disposée en amphithéâtre, la salle vibre au rythme du compte à rebours et concentre toute la tension des instants décisifs.

À l’heure du lancement, l’ensemble des autorités opérationnelles, techniques et institutionnelles y est réuni. Face à un mur d’écrans et de voyants, cinq rangées de pupitres accueillent, dès trois heures avant le tir, les acteurs clés impliqués dans la mission. Ils surveillent en temps réel les paramètres affichés : cond

Coordonnées
AJT