Dans le Figaro, une étude récente, commandée par la Jewish Claim Conference, révèle que si 66 % des Français connaissaient l’existence du camp d’Auschwitz, seulement 6% connaissaient l’existence du camp de Treblinka. Et Michal Hausser-Gans d’expliquer la difficulté de décrire ce camp d’extermination proche de Varsovie qui, en 400 jours, fit un nombre de victimes équivalent au camp d’Auschwitz en près de quatre ans de fonctionnement. Le nombre de survivants ne dépassait pas quelques dizaines à la fin de la guerre : même le temps, dans ce camp disparu, y semblait aboli, la durée de survie des hommes, femmes et enfants déportés n’était que de quelques heures. Treblinka 1942 – 1943 : un livre de Michal Hausser-Gans, aux Éditions Calmann-Levy, autour de l’indicible camp d’extermination nazi !
Une sorte d’atelier à exterminer les Juifs de Pologne
Si Auschwitz fut l’usine du plan d’extermination des juifs d’Europe par les nazis, Treblinka fut une sorte d’atelier à exterminer les Juifs de Pologne. On dénombre entre 900.000 et 1.000.000 de victimes, essentiellement des Juifs venus des ghettos de Varsovie et autres villes polonaises, assassinées avec une efficacité rudimentaire. À Treblinka, pas de zyklon B, car trop coûteux, les prisonniers sont assassinés par le monoxyde de carbone issu de l’échappement de moteurs. Le camp ne tenait pas de registre et le nombre victimes n’est connu que par le comptage des wagons arrivant sur le site, les cadavres ayant été systématiquement brûlés dans des fosses à ciel ouvert. Michael Hausser-Gans explique que les bourreaux SS, pour certains d’origine autrichienne; affectés à Treblinka après à l’arrêt du programme T4 d’extermination des handicapés, étaient au nombre d’une trentaine d’officiers assistés d’environ deux cents gardes ukrainiens, qui utilisaient des “sonderkommandos” juifs exécutant les tâches les plus atroces, avant d’être régulièrement eux-mêmes assassinés.
La révolte
La révolte éclata le 3 août 1943. Les premières manifestations se traduisirent par des déportés qui s’enfuirent des trains et ensuite par ceux qui s’emparèrent de couteaux, de haches et de quelques armes, pressentant qu’ils allaient être exécutés. La révolte, peu organisée, fut rapidement matée (très peu de Juifs avaient reçu une formation militaire en Pologne), mais elle permit, en plus de la destruction partielle de 2 ou 3 chambres à gaz, à 700 prisonniers de s’échapper dans les forêts alentour, et si seuls 70 survécurent, ils furent les rares témoins du camp de Treblinka.
L’après-guerre
Fin 1943, afin de masquer ce crime absolu, la totalité du camp de Treblinka fut détruite pour être transformé en ferme avant l’arrivée de l’armée rouge. L’officier SS Kurt Franz fut chargé du démantèlement du camp et malgré son procès, il a été relâché pour raisons de santé avant de mourir dans son lit. Si le camp de Treblinka fit l’objet d’une procédure d’effacement méthodique par les nazis, la terre refusa d’effacer les traces de ce massacre. Afin de faire disparaître leurs crimes, les nazis plantèrent des lupins dans la terre. Mais un an plus tard, selon le témoignage, sur le site de Treblinka, du correspondant de guerre soviétique Vassili Grossman : « la terre rejette des fragments d’os, des dents, des objets, des papiers, elle refuse de garder le secret. Et les objets s’échappent de la terre, de ses blessures mal refermées. » Au lendemain de la guerre, il a été découvert des fosses de 5 à 6 étages pour dissoudre les corps.
L’historienne conclut son récit par : « Ce qu’il faut retenir, c’est que si ça a eu lieu, ça veut dire que ça peut avoir lieu. À travers ce morceau de l’histoire, il importe de sensibiliser les gens aux signes avant coureurs d’une telle abomination qui ne nous disait pas son nom. C’est le message contemporain de cette histoire ».
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Par Françoise Cariès. MagCentre.