Voilà un film qui dérange ! Tiré d’une pièce de théâtre allemande, sa mise en scène nous impose une lecture angoissante, à la fois par un découpage en scènes tournées en très longs plans séquences, et par une caméra qui explore l’espace avec une violence qui atteint parfois les limites de la visibilité. Mais, c’est surtout par sa vision quelque peu désespérée du fanatisme religieux, dont la résurgence, version chrétienne, s’inscrit dans une forme de déliquescence de la société russe après 70 ans de communisme, que ce film nous interpelle. Le Disciple de Kirill Serebrennikov, avec Petr Skvortsov, Yuliya Aug et Alexander Gorchilin, ou le film de Veniamin le Terrible !
Un adolescent solitaire
Ce “disciple” (учени́к en russe, qui signifie aussi “élève”), est un adolescent solitaire, toujours habillé de noir, qui combat, la Bible à la main, la perversion du monde qui l’entoure : filles en bikini, éducation sexuelle ou théorie de l’évolution sont les cibles répétitives de sa vindicte délirante. Loin des violences de l’adolescence perturbée de “Mommy” (Xavier Dolan 2014), le film ne laisse aucune place à l’explication ou à la compassion pour ce personnage muré dans son intransigeance dogmatique, citant les passages les plus violents et les plus intolérants de la Bible, avec références écrites des textes à l’écran, comme pour mieux nous faire sentir la pesanteur de la menace qu’ils peuvent contenir.
Un héros négatif
Et contrairement aux jeunes lycéennes “radicalisées”, manipulées par un islamisme guerrier, décrites dans le film récemment sorti “Le ciel attendra”, ce psychotique Raskonlikov contemporain n’a même pas cette excuse extrinsèque à son fanatisme exterminateur, qui le conduira jusqu’au passage à l’acte.
Face à ce héros négatif se dresse une enseignante en biologie, science éminemment impure à l’aune des textes bibliques, tant sur l’origine des espèces de Darwin que sur la sexualité. Bien seule pour faire face à l’intolérance du “disciple”, elle sera rapidement lâchée, voire lynchée par une directrice d’établissement qui va chercher le soutien d’un pope opportuniste et bedonnant, qui propose de faire alliance au terroriste religieux, dévoilant incidemment et sans complexe son antisémitisme et sa vision étriquée et répressive de la sexualité.
Une proie fascinée par sa propre terreur
La grande force du film est sans doute dans cette dénonciation de la lâcheté institutionnelle, voire la complicité d’une école dans la totale incapacité de produire un discours cohérent, défendant les valeurs d’une démocratie trop facilement assimilées à la soi-disant immoralité de la société de consommation, par le pouvoir post-soviétique (présent par les portraits de Poutine jusque dans le bureau de la directrice). Et l’enseignante christique se clouera les pieds pour rester dans sa classe…
Le malaise provoqué par ce film vient sans doute de cette image de nos sociétés occidentales, qui ressemblent étrangement à cette proie fascinée par sa propre terreur…
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Par Gérard Poitou. MagCentre.