Conférence de presse de Jean-Noël Barrot à l'occasion de son déplacement au Liban (6.02.26)

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Bonjour à toutes et tous,

Je suis au Liban pour la quatrième fois depuis ma prise de fonction. C’est le pays du monde dans lequel j’ai effectué le plus de visites bilatérales et c’est un signe du lien si particulier qui unit nos deux pays et nos deux peuples. Plus que des amis, des frères. Comme le disait le général de Gaulle dans une phrase qui est bien connue ici comme en France : « Dans tout cœur de Français, le nom seul du Liban fait remuer quelque chose de très particulier. Les Libanais ont été à travers les siècles le seul peuple dont jamais le cœur n’a cessé de battre au rythme du cœur de la France. »

Je mesure le chemin parcouru depuis ma première visite, le 30 septembre 2024, alors que la guerre faisait rage. Plusieurs milliers de morts, plusieurs dizaines de milliers de blessés, plus d’un million de déplacés, et que le Liban était enlisé dans la crise institutionnelle. Depuis, grâce au cessez-le-feu, à l’arrivée du nouvel exécutif, dont nous avons soutenu l’action avec constance, le pays a renoué avec l’espoir. Les dirigeants libanais ont pris des décisions fortes, pour la souveraineté du Liban, l’apaisement de ses relations avec ses voisins et son relèvement économique. Un État fort, disposant du monopole des armes et capable de protéger toutes les composantes de ce pays pluriel, ce n’est plus un rêve, c’est un horizon qui se précise.

Mais si nous saluons les avancées majeures accomplies par les autorités libanaises, cela ne nous empêche pas d’être lucides. Lucides sur l’ampleur des défis qu’il reste à relever, alors que la région se trouve à un tournant. J’ai rencontré aujourd’hui le président Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, le président du parlement Nabih Berri et mon homologue Joe Raggi. Et je verrai demain le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, à son retour de Washington.

À tous, j’ai passé le même message. La France se tient aux côtés du Liban pour concrétiser par l’action de ses décisions courageuses dans tous les domaines. Nous sommes au milieu du guet, sur la mise en œuvre du cessez-le-feu, sur le monopole de l’État sur les armes, sur les réformes financières. Il nous faut donc continuer à avancer avec détermination, malgré les tensions régionales et les pesanteurs internes.

Dans cette perspective, il me semble que nous avons trois priorités en commun. La première priorité, c’est la sécurité. À ce titre, la France est attachée au respect par toutes les parties de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, fruit des efforts de médiation franco-américains. Cela suppose qu’Israël se retire du territoire libanais, conformément à ses engagements, et que les civils soient protégés des frappes. Des discussions directes se sont ouvertes entre Libanais et Israéliens dans le cadre du mécanisme franco-américain de surveillance du cessez-le-feu pour la première fois depuis 40 ans, et nous nous en félicitons. C’est un pas important pour aller vers la paix.

Cela suppose aussi que l’État et les forces armées du Liban mettent en œuvre le plan pour le monopole des armes qui a été acté. Des progrès importants ont été effectués par l’armée libanaise à cet effet ces dernières semaines, malgré toutes les difficultés. Mais la situation reste fragile. Notre message dans ce contexte est simple : il faut consolider ce qui a été obtenu et continuer d’avancer. Pour cela, l’armée libanaise doit tenir durablement les zones où elle s’est déployée. Elle doit également passer à la deuxième phase du plan Bouclier de la nation, au-delà du seul sud du Litani.

Deuxième priorité, c’est la souveraineté. La France sera au rendez-vous pour mobiliser la communauté internationale afin de continuer d’appuyer le renforcement de l’État libanais. C’est l’objectif de la conférence de soutien aux Forces armées libanaises que nous accueillerons à Paris le 5 mars et qui sera coprésidée par le président Macron et par le président Aoun. Nous souhaitons obtenir des engagements concrets, coordonnés et utiles qui répondent aux besoins opérationnels des Forces armées libanaises et des forces de sécurité intérieure, notamment pour la mise en œuvre du plan de restauration du monopole de l’État sur les armes et pour la préparation du départ de la FINUL. Ces besoins sont connus : mobilité, logistique, équipement, formation, soutien technique, mais aussi capacités pour mieux sécuriser certaines zones et lutter contre les trafics. Ils doivent être priorisés en fonction des objectifs de l’armée libanaise.

Nous travaillons en étroite coordination avec les États-Unis et l’Arabie saoudite et les autres membres du Quintet, le Qatar et l’Égypte, qui coorganiseront la conférence avec nous à une contribution collective, ciblée, construite avec les autorités libanaises. Une réunion se tiendra à ce titre dans quelques jours dans la région avec les principaux partenaires et amis du Liban pour préparer le soutien qui sera apporté lors de la conférence du 5 mars. L’envoyé personnel du président de la République, Jean-Yves Le Drian, poursuivra ses efforts de mobilisation.

Troisième priorité : la reconstruction et le redressement. Le Liban doit œuvrer à restaurer la confiance, celle de ses citoyens, des entreprises, des déposants, de la diaspora. Cette confiance dépend de la situation sécuritaire, mais aussi des décisions économiques et financières claires sur lesquelles les autorités libanaises peuvent agir pour stabiliser le pays dans la durée. La France est prête à soutenir, le moment venu, la mobilisation internationale pour la reconstruction et à accueillir à Paris une conférence dédiée. Mais cela suppose que les réformes engagées soient poursuivies, que les textes nécessaires soient votés et que les décisions prises soient appliquées.

Une loi sur le secret bancaire et une loi de résolution bancaire ont été votées. Reste pour mener à bien la difficile restructuration et conclure un accord avec le FMI qui permettra le réengagement des bailleurs, la loi sur la répartition des pertes. Les pertes du système financier libanais sont telles que toute loi qui entreprend de les solder implique des choix difficiles et des sacrifices. Mais ce chemin ardu est le seul qui peut permettre de tourner la page de la terrible crise économique que connaît le pays depuis 2020. Il en va de la responsabilité de la classe politique libanaise vis-à-vis des générations futures.

Mesdames et Messieurs,

Un chemin d’espoir s’est ouvert pour le Liban, mais tout reste à construire. Vous avez une fenêtre d’opportunité unique, saisissez-la. Certains acteurs continuent de rejeter les décisions prises par les autorités légitimes. Leur fuite en avant suicidaire expose le pays aux destructions et à la désolation. Nous les appelons à la raison. L’équation régionale a changé à la faveur des récents conflits, chacun doit en tirer les conséquences.

Les Libanais sont épuisés et veulent reconstruire leur pays sur des bases saines et apaisées. Face à l’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran, ils aspirent à ne pas être, comme ce fut le cas pour Gaza, entraînés dans un conflit qu’ils n’auront pas choisi. La dissociation est une condition de la sécurité du Liban.

La communauté chiite a toute sa place dans le pays sur le plan politique et économique au sein d’un État qui protège toutes les communautés et dont nul ne peut être exclu. Il n’y aura pas de salut pour le Liban en opposant les communautés les unes aux autres.

Il serait tout aussi dangereux que de s’en remettre une fois de plus au développement extérieur pour espérer résoudre les défis du Liban, en misant sur la chute du régime iranien, la fin du conflit israélo-palestinien ou les évolutions de la Syrie. Oui, la région bouge. La Syrie et l’Irak se reconstruisent, l’essor des pays du Golfe est toujours plus spectaculaire, l’Iran peut faire face à de grandes transformations. Mais précisément, le Liban doit à tout prix éviter d’être à la remorque par procrastination et immobilisme de ces évolutions.

Je le dis d’autant plus volontiers que les crises qui m’ont amené à effectuer cette tournée au Proche-Orient nous rappellent la force singulière, malgré toutes ses fragilités, du modèle libanais. Quand on voit le régime iranien réprimer avec une violence insoutenable les protestations pacifiques de son peuple, on mesure le prix des libertés libanaises. Quand on voit des affrontements communautaires menacer la stabilisation de la Syrie, pour la troisième fois en un an, on mesure la valeur du pluralisme libanais.

Alors oui, la France croit profondément à la nécessité, dans cette région bouleversée, de préserver cette exception singulière, ce pays qui, comme l’a dit le président de la République, est toujours plus important et plus grand que lui-même parce que s’y joue la possibilité d’une civilisation. Cette possibilité, vous pouvez compter sur la France pour la défendre aux côtés du Liban, des Libanaises et des Libanais.

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Q - Monsieur le Ministre, vous venez de parler, d’évoquer la conférence qui va se tenir à Paris le 5 mars et vous avez parlé d’engagement. Peut-on vraiment s’attendre à un vrai soutien de la part des pays du Golfe pour soutenir l’armée libanaise ? Et quelle sera la contribution de la France ?

Deuxièmement, concernant la FINUL, il y aura un vide à la fin de l’année 2026 au Liban. Est-ce que la France, il y avait des infos, comme quoi la France serait prête, et d’autres pays européens, de garder des troupes ou d’envoyer des troupes plus tard ?

R - Vous avez bien résumé les sujets que je suis venu aborder aujourd’hui à Beyrouth avec les autorités libanaises. Il est important pour que la conférence du 5 mars soit un succès, qu’elle permette d’engranger des soutiens au service du renforcement des Forces armées libanaises, que sur les fondements de la première phase du désarmement, la deuxième phase puisse s’engager. Il convient aussi que les besoins opérationnels des Forces armées libanaises puissent être détaillés. Une réunion se tiendra dans les prochains jours dans la région pour faire le point sur ces questions et permettre de mettre en face de ces besoins opérationnels les moyens financiers apportés par les partenaires et amis du Liban.

Et puis, comme vous l’avez rappelé, il nous faut d’ores et déjà anticiper le retrait de la FINUL qui s’engagera à la fin de l’année 2026 et qui s’étira jusqu’à la fin de l’année 2027. De ce point de vue-là, c’est autour d’abord du renforcement des Forces armées libanaises que nous devons construire l’avenir post-FINUL, et c’est ensuite en fonction des orientations des autorités libanaises, du président Aoun, que nous construirons une solution, à partir des Nations unies, associant toutes celles et ceux, tous les partenaires qui souhaiteront apporter des réponses en soutien à la nécessité pour le Liban d’être soutenu, mais à partir d’objectifs précisément définis.

Q - Vous avez parlé du régime d’Iran. Alors, est-ce que c’est vrai que vous avez transféré des messages aux autorités libanaises à propos de l’engagement du Hezbollah s’il y a une guerre entre les États-Unis et l’Iran ?

Deuxièmement, les divergences ou bien les désaccords entre Trump et le président Macron vont-elles affecter le résultat de la conférence de soutien à Paris ?

Et j’ai encore une question. Est-ce que vous allez vous engager vraiment dans le mécanisme du côté civil ? Aujourd’hui, au Liban, on parle du côté civil et non pas du mécanisme qui est consisté de cinq parties. Est-ce que vous allez vous engager dans ce mécanisme ? Parce qu’il y a des informations selon lesquelles seuls les États-Unis et, de l’autre côté, Israël, seront dans ce mécanisme, le mécanisme civil, c’est-à-dire l’ambassadeur Issa ?

R - Une escalade militaire dans la région est un risque que nous devons éviter par tous moyens. Il n’est ni dans l’intérêt des pays de la région, ni dans l’intérêt de la France. C’est la raison pour laquelle, lorsque les États-Unis, qui se sont mis en situation de lancer une opération militaire sur l’Iran, ont proposé que des négociations puissent se tenir, nous avons appelé l’Iran à se saisir de cette possibilité en se préparant à faire des concessions majeures et à modifier radicalement leurs postures. Cela commence par la cessation de toute forme de répression à l’encontre du peuple iranien, la libération des prisonniers, l’arrêt des exécutions, le rétablissement d’Internet et des communications, la restitution au peuple iranien des clés de son propre avenir. Il faut évidemment que l’Iran, et c’est l’objet des discussions qui, si je comprends bien, se sont tenues en Oman aujourd’hui, doit aussi renoncer à être une puissance déstabilisatrice dont le programme nucléaire, le programme de missiles, le programme balistique et le soutien à des groupes terroristes dans la région soulèvent des menaces pour les pays du Proche et du Moyen-Orient comme pour les pays européens.

S’agissant du mécanisme, vous savez qu’il est au cœur…

Q - (inaudible)

R - Comme je viens de vous le dire, le Liban ne doit laisser aucune perturbation extérieure, qu’elle provienne d’une escalade militaire dont je viens de rappeler que nous devons tout faire pour l’éviter, ou qu’elle provienne d’ailleurs au moment où des chantiers ambitieux sont ouverts pour créer les conditions de la stabilité, de la souveraineté et de la prospérité. Donc il est évident que si toutefois nous assistions à une escalade régionale, qu’il conviendrait que, dans l’ensemble de la région, les groupes soutenus par l’Iran exercent la plus grande retenue pour ne pas aggraver une situation qui déstabiliserait profondément le Proche et le Moyen-Orient.

Puis s’agissant du mécanisme, vous savez qu’il est au cœur de cet accord que nous avons facilité avec les États-Unis à la fin du mois de novembre 2024 et qui a permis, contrairement à beaucoup de choses que j’entends ou que je lis, de prémunir le Liban contre une rechute dans la guerre et dans une escalade telle que nous l’avons connue entre le mois de septembre et le mois de novembre 2024, qui menaçait de précipiter le pays dans l’abîme. Au sein de ce mécanisme, des militaires français agissent au quotidien aux côtés de militaires américains pour documenter les violations de l’accord de cessez-le-feu et exercer une pression sur les parties sans laquelle je ne suis pas certain que la phase 1 du plan de désarmement, comme le cessez-le-feu lui-même, tiendrait à ce jour. Et donc nous continuerons, avec nos partenaires américains, de prendre toutes les mesures nécessaires pour accompagner les autorités libanaises dans les chantiers que j’évoquais, celui du monopole des armes, celui de la reconstruction et du redressement économique, celui de l’apaisement des relations avec le voisinage immédiat du Liban.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez parlé de la nécessité de donner à l’armée libanaise les moyens de désarmer le Hezbollah. C’était une déclaration avant que vous n’arriviez à Beyrouth. Est-ce que la France se tiendrait aujourd’hui aux côtés des autorités libanaises si elle prenait la décision de désarmer le Hezbollah par la force ?

R - La France a salué le plan Bouclier de la nation qui a été présenté courageusement par les autorités libanaises au mois d’août dernier. Et par sa présence ou par la présence des 700 militaires français qui servent sous les drapeaux de la FINUL, elle a contribué très directement aux progrès réalisés en matière de désarmement du Hezbollah. Ensuite, et pour la suite, j’ai dit l’importance de la poursuite de ce plan de désarmement, ce plan Bouclier de la nation, l’horizon au Liban, comme dans d’autres pays de la région, c’est un État fort, souverain, disposant du monopole des armes, capable de protéger toutes les composantes de la société libanaise et de vivre en paix et en sécurité avec son voisinage. Mais comme je l’ai dit aussi, la finalité est bien de protéger et de permettre à toutes les composantes de la société libanaise de bénéficier pleinement de ces chantiers si ambitieux qui sont menés. Il ne s’agit pas de dresser les communautés les unes contre les autres mais bien de les associer et qu’elles soient convaincues des objectifs qui sont ceux des autorités libanaises et que nous partageons. Donc aucune procrastination, mais une logique qui associe toutes les composantes de la société libanaise au relèvement national. Merci, une dernière question.

Q - Bonsoir, Monsieur le Ministre, et bienvenue au Liban. Ma question concerne la FINUL. Y aura-t-il des troupes françaises post-FINUL après que le mandat de la FINUL se terminera en 2026, en 2027 ? C’est ma première question. Et ma deuxième question, vous avez mentionné des « choix suicidaires », vous avez mentionné la communauté chite au Liban, est-ce que vous pouvez élaborer un peu ce discours ? Merci.

R - Je viens de le faire. Renoncer au monopole des armes, considérer que des milices peuvent continuer au Liban à protéger des communautés, c’est renoncer à ce nouvel espoir qui est né l’année dernière et auquel nous sommes très attachés. Dresser, par ailleurs, ce qui est un autre écueil, les communautés les unes contre les autres, les opposer, les mettre en concurrence, c’est là encore une vision qui est contraire au modèle pluraliste du Liban. Et donc le bon chemin, qui est une ligne de crête, se situe entre ces deux écueils. Je crois que c’est celui que veulent emprunter les autorités libanaises et nous les soutenons dans cet effort.

La FINUL, puisque vous ne l’avez pas fait, je vais, une nouvelle fois, rendre hommage aux 700 militaires français de notre contingent au sein de la FINUL, avec lesquels j’ai eu le privilège et le plaisir de passer le réveillon l’année dernière, et qui, par leur action, depuis ma visite et celle du président de la République en début d’année dernière, action redoublée et action coordonnée, plus encore que cela n’était le cas auparavant avec les Forces armées libanaises et le mécanisme, a permis de soutenir et d’accélérer le désarmement du Hezbollah au sud du Litani.

Quant à la suite, vous le savez, la France s’est mobilisée, je me suis mobilisé personnellement pour que le calendrier du retrait de la FINUL ne soit pas incompatible avec les objectifs qui sont ceux des autorités libanaises aujourd’hui. Et je vous l’ai dit, alors que nous préparons cette conférence de soutien aux Forces armées libanaises le 5 mars, j’ai d’ores et déjà engagé à mon niveau des discussions avec le président Aoun. J’aurai une conversation avec le commandant Haykal demain au sujet de l’après-FINUL. Mais vous comprenez bien qu’il faut faire les choses dans l’ordre. Et la première étape, c’est de bien définir ce que s

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