L’approche low-tech au service de la résilience numérique des organisations : stratégies d'adaptation face aux fluctuations - Cigref

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Dans un contexte de crises multiples et de vulnérabilité croissante des systèmes numériques, le Cigref, en partenariat avec l’Institut du Numérique Responsable (INR), publie son nouveau rapport : « L’approche low-tech au service de la résilience numérique des organisations : stratégies d’adaptation face aux fluctuations ». Ce document explore la manière dont l’approche low-tech constitue un cadre conceptuel pertinent et un levier opérationnel pour renforcer l’adaptation et l’autonomie stratégique et technologique des organisations.

Pourquoi la low-tech s’invite-t-elle dans l’agenda des DSI ?

Le numérique représente aujourd’hui une part significative de l’empreinte environnementale des organisations. Au-delà de la seule dimension écologique, le secteur fait face à des tensions sur les ressources critiques et à une inflation des prix des composants.

L’approche low-tech ne propose pas un retour en arrière, mais une démarche de conception et de gestion guidée par trois principes fondamentaux:

  • Accessibilité : garantir des outils simples, appropriables par le plus grand nombre et économiquement viables.
  • Utilité : se concentrer sur les besoins essentiels des métiers et des utilisateurs.
  • Durabilité : favoriser des solutions robustes, réparables et moins gourmandes en ressources.

Une démarche prospective à horizon 2035-2040

S’appuyant sur une méthode prospective conduite avec le soutien de Futuribles, ce rapport identifie les menaces futures les plus plausibles susceptibles d’affecter les organisations et leurs systèmes numériques, analyse les atouts et les limites des principes low-tech face à ces enjeux, et formule enfin des recommandations, parfois opérationnelles, parfois exploratoires. 

Trois scénarios de rupture à horizon 2035-2040 ont été définis par le groupe de travail, choisis en raison de leur criticité au regard de la dépendance accrue des organisations aux technologies numériques, ainsi que de leur forte probabilité d’occurrence :

  • Scénario 1. L’emballement des conflits mondiaux, cristallisé par l’invasion de Taïwan par la Chine, entraîne des ruptures d’approvisionnement technologique majeures (semi-conducteurs, métaux critiques), aggravant la situation de multi-dépendance critique de l’Europe ;
  • Scénario 2. La croissance explosive des usages numériques, dopée par l’essor fulgurant de l’IA générative et agentique, contraint à un rationnement énergétique et hydrique conduisant les autorités publiques à imposer des quotas d’usage ;
  • Scénario 3. L’intensification des phénomènes climatiques extrêmes occasionne de plus en plus de dégâts matériels sur les infrastructures numériques et énergétiques, impactant ainsi directement la continuité des services numériques. 

L’élaboration de ces scénarios s’appuient sur une constellation de signaux faibles : ruptures d’approvisionnement en semi-conducteurs, hausse des prix des composants pesant sur les budgets des DSI, délestage ou panne énergétique d’ampleur, infrastructures détruites par des événements climatiques, générant l’arrêt temporaire d’activités… Force est de constater que ces événements, identifiés comme « signaux faibles » dans la démarche prospective, façonnent déjà notre réalité (restrictions chinoises sur l’exportation de métaux essentiels comme le gallium et le germanium en réponse aux tarifs douaniers américains ; envolée des prix de la mémoire RAM de +40% à +60% prévue en 2026 ; black-out dans la péninsule ibérique en avril 2025, etc.).

Un cadre de réflexion pour une « juste technologie »

Le rapport souligne que la low-tech est avant tout une démarche de discernement technologique. Il ne s’agit pas d’opposer la « high-tech » à la « low-tech« , mais de trouver le bon curseur pour chaque usage.

Cette approche permet de répondre à plusieurs enjeux stratégiques :

  • Amélioration de la résilience : des systèmes moins complexes sont souvent plus faciles à maintenir en condition opérationnelle face à des crises ou des ruptures de chaîne d’approvisionnement.
  • Réduction de l’empreinte carbone : en prolongeant la durée de vie des équipements et en luttant contre l’obsolescence logicielle.
  • Maîtrise des coûts : en simplifiant les architectures et en limitant la dérive des services cloud ou SaaS non essentiels.

Vers une mise en œuvre opérationnelle

Ce rapport propose des pistes concrètes pour intégrer la pensée low-tech au sein des directions numériques:

  1. Valoriser l’existant : privilégier la maintenance et l’évolution des systèmes en place grâce aux compétences internes, plutôt que leur remplacement systématique.
  2. Questionner le besoin dès la conception : adopter une approche « design to cost » et « design for environment ».
  3. Favoriser l’écoconception logicielle : réduire la charge inutile sur les infrastructures et les terminaux.

Un appel à la transformation culturelle

L’adoption de la low-tech nécessite une évolution profonde de la culture d’entreprise plus agile et durable, capable de s’adapter à un environnement en constante fluctuation. Comme l’indique le rapport, il s’agit de passer d’une logique de performance par la puissance technologique à une logique de performance par la robustesse et la résilience.

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