Quand l'eau rejaillit au village : un projet 360 en Côte d'Ivoire

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Mars 2025. Le véhicule brinquebale sur la piste déformée par les précipitations, au travers des plantations de cacaoyers. Une piste large au sortir du goudron, qui a fini par s’amenuiser et ne laisser passage qu’aux deux roues. La localité atteinte, Asswarékro, est un village fait de cases bâties à quelques mètres les unes des autres, sans clôtures. Les visiteurs sont accueillis par le porte-parole du chef de la localité qui déclare : « Quelqu’un qui vient vers toi, dans un endroit aussi enclavé, il veut ton bien ».

Rassemblés sous un haut anacardier, les leaders de la communauté accueillent l’équipe du district sanitaire de Daloa, du Ministère de la Santé et de la Fondation Raoul Follereau. Des chaises surgissent, en plastique, en bois, aux accoudoirs gravés du nom du chef du village. Les salutations d’usage sont initiées par Odilon Camara, le coordonnateur adjoint du projet : « Nous voulons vous remercier et vous présenter la mission. Vous savez qu’une consultation a déjà été faite dans la communauté, nous venons aujourd’hui pour réaliser la mission de dépistage auprès des écoliers et écouter vos besoins. » Les hommes du village se concertent, à voix basse et le chef – fondateur du campement – accepte la mission.

« Je ne trouve pas d’eau pour ma famille »

Dans la ruelle principale qu’emprunte le groupe d’hommes, deux femmes observant leurs enfants jouer, se tiennent à côté d’une pompe à motricité humaine. À leurs pieds, une dizaine de bidons jaunes et verts, capuchons ouverts. « L’eau, là ça ne donne pas, quand on veut prendre de l’eau, au bout d’un moment, ça coupe et il faut attendre 2 heures de temps avant que ça reprenne », soupire une jeune mère de 4 enfants, « alors quand il n’y a pas d’eau, on va chercher dans le village voisin, c’est loin ». Une autre femme renchérit : « on n’a pas l’eau même pour se laver, ça fait 3 jours que je viens chercher l’eau ici et je ne trouve pas d’eau pour ma famille ! alors je vais dans les bas-fonds, c’est très sale. L’eau est mauvaise, et les enfants tombent malades ».

La pompe a été installée en 2018, sur initiative de la chefferie qui a mobilisé la communauté pour financer l’ouvrage. « Le forage n’est pas allé assez jusqu’à la nappe phréatique, et de la boue remonte et bouche les tuyaux » constate Odilon Camara. L’adjoint au chef, Ambroise, cultivateur, précise : « Il faut 40 minutes pour que l’eau remonte, seulement deux familles peuvent venir puiser de l’eau ici chaque jour, car le débit est trop faible. Alors les femmes vont dans les bas-fonds, et nous avec des tricycles quand on peut on va chercher de l’eau dans un village voisin. » Les habitants déplorent les maladies atteignant leurs enfants – le pian, les maux de ventre, les migraines – pour lesquels ils ont également construit sur leurs fonds 6 classes : « Avant, on avait les moyens, on a construit le village petit à petit et on a mis en place une gestion des déchets, mais depuis 5 ans, il y a très peu de pluies, les cultures meurent et on reste dans la pauvreté. »

Un projet « 360 » qui englobe le renforcement de l’accès à l’eau potable

« La déforestation entraîne une variation de la flore et du climat, et de là une rareté des pluies qui est dommageable pour les populations » confirme le médecin de santé publique Konan Léandre. Depuis les années 1960, le pays a en effet perdu environ 90% du couvert forestier (IFFN du Ministère ivoirien des Eaux et forêts). « La qualité de l’eau n’est pas bonne, soit il faut la filtrer, soit il faut creuser des forages. »

Le Dr Léandre est le coordonnateur d’un projet global dit « 360 » conduit par l’équipe venue de Daloa à Assawrékro. Les projets 360 sont réalisés dans les 10 districts sanitaires de la Côte d’Ivoire où la lèpre est le plus endémique. Dans le district de Daloa, le projet est mené, en soutien du Ministère de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle, par la Fondation Raoul Follereau, avec la Fondation FATOM. Les projets 360 comprennent : un dépistage des maladies tropicales négligées (MTN) cutanées , une distribution de traitements préventifs aux cas contacts, et des activités liées à l’eau, l’hygiène et l’assainissement pour les villages les plus touchés, tel celui d’Assawrékro. Géographe de la santé travaillant avec la Fondation, le Dr Elysée Agodio explique : « il y a un lien très étroit constaté entre le manque d’eau, d’hygiène et d’assainissement et le développement des MTN cutanées, ici même à Assawrékro le village est propre mais les habitants manquent d’eau : cette pompe pour 1000 habitants ne donne pas assez d’eau, et un premier cas de lèpre a été dépisté. »

L’objectif pour les équipes des projets 360 est la durabilité du développement par le renforcement des capacités communautaires. Aussi s’accompagne-t-il d’une sensibilisation de la population et d’une formation des infirmiers du district sur les MTN cutanées, afin que tous soient capables de reconnaître tôt les signes de ces maladies et que les malades puissent être dépistés rapidement et traités sans séquelles.

Et l’eau rejaillit…

Février 2026. Un an plus tard, les informations qui parviennent du village sont des images de liesse : l’eau jaillit du forage, les habitants sont regroupés et remplissent les bidons de la communauté.

Adama Sylla, contrôleur des travaux de la Fondation Raoul Follereau précise les étapes suivies : « L’implantation géophysique a été entièrement réalisée. Cette étape préalable a permis d’identifier avec précision les points favorables au forage, en tenant compte des caractéristiques hydrogéologiques du site.
La réalisation du forage est achevée, et la profondeur atteinte est conforme aux prescriptions techniques, garantissant l’accès à une nappe exploitable et durable.
Enfin, l’équipement des forages a été effectué avec l’installation de colonnes, de crépines, et les dispositifs nécessaires à l’exploitation sécurisée de l’ouvrage. »

Les essais réalisés ont confirmé la viabilité de l’ouvrage pour alimenter un mini-château d’eau et la mise en place d’un réseau de borne-fontaine dans le village. L’ingénieur prévoit l’achèvement des travaux à la fin du mois de mars.

https://www.raoul-follereau.org/wp-content/uploads/2026/02/VIDEO-2026-02-11-21-05-17.mp4

Coordonnées
Marie-Capucine Gaitte