La situation des finances publiques début 2026

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Le déficit public devrait s’élever à 161 Md€ en 2025, soit 5,4 points de PIB, en amélioration de 0,4 point par rapport en 2024. Contrairement aux deux années précédentes, les finances publiques n’ont pas dérivé en 2025 et les objectifs des textes financiers adoptés en début d’année, aussi modestes étaient-ils, ont été atteints. Il s’agit cependant d’une toute première marche, qui ne permet pas de stabiliser la dette publique, laquelle atteint un nouveau sommet.

Une modeste réduction du déficit public en 2025, imputable à 23 Md€ de hausses d’impôts

Pour enrayer les deux années noires qu’ont connues les finances publiques en 2023 et 2024, les projets de textes financiers pour 2025 déposés par le Gouvernement en octobre 2024 prévoyaient un ajustement majeur de 1,1 point de PIB partagé entre 40 Md€ d’économies et 20 Md€ de hausses d’impôts. Ces objectifs ont été revus à la baisse : l’exercice 2025, dont les résultats sont encore provisoires, devrait se traduire par une réduction du déficit de 0,4 point, exclusivement imputable à 23 Md€ de hausses d’impôts.

Parallèlement, la dépense publique primaire (c’est-à-dire hors charge de la dette) augmenterait de 1,3 % en volume, soit un rythme supérieur à la croissance de l’activité économique (0,9 %). Cette dynamique est toutefois contrastée entre les différentes administrations publiques. La progression des dépenses de l’État et de ses opérateurs atteindrait 1,0 % en volume et contrairement aux deux années précédentes, les dépenses locales (+0,8 % en volume), en net ralentissement, seraient quasi-neutres sur le déficit. Comme en 2024, ce sont les dépenses sociales qui enregistreraient la plus forte croissance, avec +2,2 % en volume, sous l’effet de dépenses d’assurance-maladie en accélération et, plus largement, de prestations sociales encore dynamiques. Les charges d’intérêts, quant à elles, progresseraient de près de 5 Md€ pour atteindre 65 Md€, sous l’effet du refinancement progressif du stock de dette à des taux de marché plus élevés. 
Cette réduction du déficit public en 2025 reste largement insuffisante pour enrayer la hausse du ratio de dette publique, qui progresserait de 3,1 points de PIB pour atteindre 116,3 points (soit 3 465 Md€), un niveau supérieur au pic enregistré en 2020.
Les finances publiques françaises demeurent parmi les plus dégradées de la zone euro, avec, comme en 2024, le déficit public le plus élevé et le troisième rang des pays les plus endettés, derrière la Grèce et l’Italie. Cette détérioration se répercute sur les conditions de financement de la dette publique, les taux français sur les obligations d’État à 10 ans ayant dépassé depuis deux ans ceux de la plupart des autres pays les plus endettés de la zone euro et s’établissant en février 2026 à un niveau très proche des taux exigés en Italie et en Grèce, dont le ratio de dette est pourtant supérieur.

Un effort de réduction de déficit à prolonger en 2026

Les objectifs de maîtrise de la dépense publique ont de nouveau été revus à la baisse entre les projets initiaux de l’automne 2025 et les textes financiers adoptés début 2026. À cet égard, la réduction du déficit prévue, à nouveau à hauteur de 0,4 point de PIB, reposerait sur un effort qui serait, contrairement à 2025, réparti entre hausses d’impôts (12 Md€) et économies en dépenses (11 Md€), ces effets étant contrebalancés par une nouvelle hausse marquée de la charge de la dette (+9 Md€). 
Des risques importants entourent toutefois la réalisation de cet objectif en 2026, tant en recettes (stratégies d’adaptation des contribuables aux surtaxes exceptionnelles, inflation plus faible que prévu), qu’en dépenses (risques de dépassements sur les dépenses de santé en l’absence de réformes structurelles, matérialisation incertaine des économies prévues sur l’État et ses opérateurs). 
De surcroît, la réduction du déficit à 5,0 points de PIB – un niveau encore supérieur à celui atteint en 2022 – serait insuffisante pour faire baisser le ratio de dette publique. Ce dernier continuerait d’augmenter et atteindrait 118,6 points de PIB fin 2026.

Un rythme de réduction du déficit qui ne répond pas à l’enjeu de soutenabilité de la dette

La France a reporté depuis de nombreuses années les efforts budgétaires nécessaires au retour durable sous 3 % de déficit, condition indispensable pour assurer la soutenabilité de la dette publique. Tout report supplémentaire ferait perdre encore plusieurs années et exposerait à une hausse des taux d’intérêt qui compliquerait davantage l’ajustement à réaliser : la persistance d’un déficit important et le refinancement progressif du stock de dette publique à des taux de marché plus élevés devraient ainsi porter les dépenses d’intérêts à plus de 100 Md€ à l’horizon 2029, contraignant de manière croissante le reste de la dépense publique et les marges de manœuvre pour financer les priorités nationales. 
Les deux années perdues en 2023 et 2024 et la révision à la baisse des ambitions en 2025 et 2026 ont déjà un coût : même avec un effort ambitieux et poursuivi dans la durée de réduction du déficit public de 0,6 point par an à partir de 2027, conforme à nos engagements européens mais supérieur à ce qui a été accompli en 2025 et à ce qui est prévu pour 2026, le retard accumulé au cours des dernières années ne permettrait que de revenir, en 2035, au niveau de dette atteint en 2025.
Dans ce contexte, la Cour alerte de nouveau : un effort graduel, cohérent et poursuivi dans la durée reste indispensable pour revenir à un niveau d’endettement maîtrisé et prévenir le risque d’une charge d’intérêts qui deviendrait insoutenable.

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