Savez-vous pourquoi les soviétiques ont su envoyer Gagarine en orbite avant les américains ? Parce que les toilettes pour personnes de couleur se trouvaient à des miles de la salle de calcul des trajectoires des capsules spatiales de la NASA, et que la seule personne capable de calculer cette équation cruciale pour un vol habité, perdait chaque jour un temps précieux à s’y rendre, car elle était noire et femme… Voilà un peu vite résumé ce biopic, qui nous dévoile le destin réel de trois femmes noires américaines, impliquées dans la conquête de l’espace par les américains, jusqu’à leur triomphale conquête de la lune par la NASA. Les figures de l’ombre de Theodore Melfi, avec Taraji P. Henson, Octavia Spencer et Janelle Monáe, ou le film de l’espace des femmes !
Le récit de trois combats
Étaient-elles amies ? Se sont-elles mariées ? Ont-elles eu des enfants ? le film nous offre, comme toujours, c’est la loi du genre, des réponses plus ou moins fondées sur la vie privée de ces trois femmes. Mais peu importe, le récit de leurs trois combats, de chacune d’elle pour la reconnaissance de son travail et de sa compétence scientifique. Et l’hommage que leur rend ce film en soulignant le rôle déterminant qu’elles ont pu jouer dans cette formidable conquête du ciel devenue quasiment légendaire dans l’histoire contemporaine des États-Unis, sont une nouvelle fois l’occasion de dénoncer le lien profond entre racisme et sexisme.
Le combat de ces femmes noires
Et ce film est vraiment une illustration de ce génie propre au cinéma américain, dans cette double capacité à décrire le combat de ces femmes noires, leur humiliation quotidienne par des blancs globalement racistes et sexistes, se heurtant inlassablement au mur de la ségrégation, leur courage à affronter ces difficultés avec une désarmante constance, et ensuite, à réinscrire ce combat dans la grande saga des années Kennedy, illustrée par la conquête de cette nouvelle frontière spatiale.
Notre rapport à notre passé
“Les figures de l’ombre” nous fait prendre conscience, volontairement ou involontairement, de deux choses : l’extraordinaire moteur de progrès social induit par la rivalité est/ouest, obligeant l’Amérique à dépasser les schémas réactionnaires dans lesquels elle semble retomber aujourd’hui, mais aussi et surtout cette incroyable capacité de son cinéma, à faire de son passé récent, dans une approche critique sans concession, un réservoir de fictions dans lequel la ségrégation raciale tient une place considérable.
Le jour où notre cinéma national, l’un des plus prolixes au monde parait-il, sera capable de prendre à bras le corps notre histoire contemporaine pour nous parler, par exemple, de la colonisation, nous aurons sans doute fait un grand pas en avant dans notre rapport à notre passé…
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Par Gérard Poitou. MagCentre.