Le sort de Narges Mohammadi continue d’inquiéter - Chilly Mazarin

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Dernières infos du 14 février 2026 

La Fondation Narges annonce que Narges Mohammadi, militante des droits humains et lauréate du prix Nobel de la paix, a été transférée de manière secrète et brutale à la prison générale de Zanjan le mardi 10 février 2026.
Ce transfert forcé est intervenu après 61 jours de détention au centre de détention du ministère du Renseignement à Mashhad, sans préavis à sa famille ni à son avocat, et dans un black-out médiatique total.

Taghi Rahmani, militant politique et époux de Narges Mohammadi, a confirmé cette violation de ses droits sur son compte X, déclarant : « Narges a été transférée à la prison de Zanjan. Ce transfert a été effectué sans en informer sa famille ni son avocat. Il est important de noter que Narges réside à Téhéran ; cet acte visait à l’exiler et à la harceler. » Faisant référence à des incidents antérieurs, M. Rahmani a ajouté : « Narges a déjà été transférée à la prison de Zanjan, ce qui avait provoqué de vives protestations ; or, elle y est de nouveau transférée.»

Les tentatives répétées de sa famille pour lui rendre visite dans le quartier des femmes de la prison générale de Zanjan sont restées vaines, et les autorités judiciaires et pénitentiaires n’ont fourni aucune explication claire. Après plusieurs jours de ce transfert clandestin, Narges Mohammadi a finalement pu le confirmer ce matin, au 65e jour de sa détention, lors d’un bref appel téléphonique avec son avocat, Mostafa Nili. Plus tard dans la journée, M. Nili a partagé des détails bouleversants sur l’état de santé de sa cliente. Selon lui, Mme Mohammadi a été transférée du centre de détention de Mashhad mardi dernier à 4 h du matin. Bien que les agents lui aient affirmé qu’elle était transférée à Téhéran, sa ville de résidence, elle a finalement été transférée à Zanjan.
Concernant son état physique, l’avocat a écrit : « Lors de notre brève conversation, elle a évoqué les violences subies lors de son arrestation, la pression des interrogatoires et notamment les coups violents portés à la tête. Ces coups lui ont causé des vertiges, une diplopie et une vision trouble.
Son corps porte encore des ecchymoses et des marques de violences physiques graves. »

Mostafa Nili a souligné que, compte tenu des antécédents médicaux de Mme Mohammadi et de la suspension de sa peine l’année dernière pour raisons médicales, son maintien en détention représente un risque grave et irrémédiable pour sa santé. Il a conclu que son exil à Zanjan est non seulement inhumain, mais également « contraire aux lois en vigueur, notamment au Code de procédure pénale ».

Ce transfert intervient alors que la prison de Zanjan demeure un établissement général pour les personnes condamnées pour des crimes tels que le meurtre et les infractions liées aux stupéfiants, sans quartier spécifique pour les prisonniers politiques.

La prison de Zanjan, d’une capacité d’environ 2 500 détenus, est un établissement où le taux d’exécutions est élevé et qui manque même des commodités les plus élémentaires.

Mme Mohammadi a un passé douloureux d’exil dans cette prison.
Le 17 mai 2012, après avoir été placée à l’isolement dans le quartier 209 d’Evin, elle y a été exilée à titre de sanction. Le 25 décembre 2019, suite à sa manifestation à Evin contre les massacres du « Novembre sanglant », elle a de nouveau été violemment agressée et exilée à Zanjan. Des images de ces attaques, divulguées ultérieurement par le groupe « Edalat-e Ali », montraient le sang de Mme Mohammadi sur le sol de la prison : des blessures subies après avoir été projetée contre une vitre alors qu’elle prenait des anticoagulants. Elle a ensuite raconté comment des agents se sont assis sur elle et l’ont agressée physiquement dans le véhicule de transfert, déclarant : « Ils m’ont attrapée par les mains et les pieds et m’ont jetée dans la voiture comme du bétail alors que je n’avais pas mon hijab, et l’un des agents s’est assis sur mes jambes.»

Mme Mohammadi, arrêtée récemment le 12 décembre 2025 à Mashhad lors d’une cérémonie commémorative pour Khosrow Alikordi, a été soumise à de longs et lourds interrogatoires et privée de soins médicaux malgré sa santé fragile. Selon son avocat, elle a été condamnée, dans sa dernière affaire, à 7 ans et demi de prison, à une interdiction de voyager de 2 ans et à 2 ans d’exil à Khosf. Elle encourt désormais un total de 18 ans de prison, sur une peine cumulée de 44 ans.

La Fondation Narges condamne avec la plus grande fermeté ces violations inhumaines et brutales perpétrées contre Narges Mohammadi et tous les prisonniers politiques, et exige sa libération immédiate et inconditionnelle.
Au titre du respect de ses droits fondamentaux, nous exigeons son transfert immédiat au quartier des femmes détenues à la prison d’Evin, une évaluation médicale urgente par des spécialistes indépendants de confiance pour sa famille, et une visite immédiate de représentants de Médecins Sans Frontières et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Par ailleurs, la garantie d’un accès direct à ses avocats et à sa famille, ainsi que la possibilité de leur passer des appels téléphoniques réguliers, constituent un droit fondamental ; toute privation de ces droits s’apparente à de la torture et à une atteinte continue à ses droits sécuritaires.

Nous alertons sur la détérioration quotidienne des conditions de vie des prisonniers politiques en Iran.
Ce que subit cette lauréate du prix Nobel est un exemple frappant de la violence systémique perpétrée contre les militants de la société civile.

Lorsqu’une personnalité de renommée internationale est traitée avec une telle brutalité, le sort des prisonniers anonymes et des condamnés à mort est d’autant plus préoccupant.

Nous appelons la communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les observateurs internationaux à réagir fermement.
Nous exigeons une pression internationale pour que les rapporteurs de l’ONU soient autorisés à se rendre en Iran afin de rencontrer directement Narges Mohammadi et tous les prisonniers politiques, en particulier ceux qui sont inconnus et ceux condamnés à mort.

La République islamique doit savoir que le monde est témoin de cette injustice et ne permettra pas au régime de poursuivre la répression des militants civils et politiques.

Fondation Narges 14 février 2026

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