RezéVox - le podcast : Kseniia, de l’Ukraine à Rezé - Ville de Rezé

Compatibilité
Sauvegarder(0)
partager

Chaque mois, RezéVox donne la parole aux Rezéens et aux Rezéennes qui font la richesse de notre territoire. Aujourd’hui, vous allez entendre la voix de Kseniia. Elle a fui l’Ukraine avec sa petite-fille il y a quatre ans déjà. Elles ont tout laissé derrière elles. Leur appartement, leur famille, leurs amis, pour venir reconstruire une vie ici, à Rezé. Kséniia garde un souvenir intact de ce 24 février 2022, le jour où la guerre de grande ampleur a débuté.

J’étais chez moi dans mon appartement avec ma fille. C’est ma mère qui m’a appelée à 5h ou 6h du matin. Elle a dit : « Réveille-toi, prépare-toi. Sors et Cache-toi dans une cave ou viens chez nous parce que c’est dangereux, parce que la guerre a commencé ». Je me suis réveillée et j’ai préparé ma fille pour sortir. On est partis chez mes parents. On a pensé que ce n’était pas vrai au début, que ça s’arrêtait bientôt. Et on a attendu peut-être trois jours et on a compris que ça ne s’arrêterait pas. Kharkiv a été bloquée tout de suite. On n’avait pas de nourriture, la station service était bloquée. Il n’y avait pas de gazole. Et on a compris qu’on ne pouvait pas rester. C’est pour protéger notre enfant et notre vie. C’est mon père qui a dit, « Kseniia, prends ta fille et vas-y. Fais ce que tu peux parce que c’est vraiment dangereux.» On a demandé à tous les voisins, amis qui peuvent nous amener à la gare. Après, on a attendu à la gare presque toute la journée. A minuit, on a trouvé une place pour nous. On était 5 sur 3 sièges parce que tout le monde dormait par terre, partout. On ne pouvait pas prendre une grande valise. On a pris chacun quelques vêtements et nos papiers. C’est tout, pas de nourriture, pas d’eau, on est partis comme ça.

Elles ont traversé l’Ukraine, franchi la frontière polonaise à pied, puis parcouru l’Allemagne et sont enfin arrivées à Paris. Là, c’est le hasard qui les a conduites en Loire-Atlantique avec un premier port d’attache au camping VVF de La Turballe.

Notre première maison, on peut dire ça. Au début, on avait peur parce qu’on est arrivé à La Turballe à minuit et on n’a pas compris où on était ! Et le matin, on a vu cette belle vue sur l’océan et après on a compris qu’il y avait une ville à côté. Ensuite, on a essayé de comprendre comment ça marche, comment on peut avoir des papiers, comment on peut trouver du travail, scolariser notre enfant. Et petit à petit, on a commencé, on a utilisé toute notre force pour construire une vie normale à zéro.

Cette vie, Kséniia et sa fille la construisent pas à pas depuis trois ans, ici à Rezé. D’abord, il a fallu prendre des cours de français. Et puis, Kséniia a trouvé un emploi dans la blanchisserie d’insertion Hepdalé, quartier Château. Mais pour reconstruire une vie si loin de chez soi, il faut aussi mettre en attente, même provisoirement, ses ambitions et sa carrière.

En Ukraine, j’ai commencé comme secrétaire, secrétaire de comptabilité. J’ai évolué, j’ai été manager dans différentes entreprises. J’aime bien le contact avec les gens, avec les clients, avec les collègues. On s’entend bien ici et je pense que je peux bientôt évoluer, je peux progresser en français et je peux trouver une place plus confortable, dans laquelle je serais plus à l’aise.

Et c’est exactement l’ambition du chantier d’insertion Hepdalé, accompagner le retour à un emploi choisi. Même si les contours de la nouvelle vie de Kséniia se dessinent, une partie de son cœur est évidemment toujours en Ukraine.

C’est très triste, ça me touche de tout mon cœur. Si on parle de ça, je vais commencer à pleurer… Chaque jour, j’appelle mes parents et je leur demande comment ils vont parce que c’est important. Mon père ne peut pas partir. Et ma mère, elle est obligée de rester avec lui. Il ne lui semble pas possible de recommencer sa vie à zéro dans n’importe quel pays. C’est pour ça qu’il préfère rester là-bas. Mais c’est son choix… Je ne peux pas le changer…

Malgré sa peine immense, Kséniia mesure l’importance de la décision qu’elle a prise il y a quatre ans.

Je n’étais jamais venue en France. C’est pour ça que je ne peux pas dire comment j’avais  imaginé la vie ici. Mais maintenant, je me sens à l’aise. Je me sens vraiment comme si j’étais française parce que tout est très proche de moi, de mon cœur. J’aime trop le fromage, j’aime tous les fruits de mer, vos plages, j’aime… Tout de vous, j’aime tout, vraiment ! Je ne peux pas expliquer à quel point, de quelle manière je veux dire merci. C’est important pour nous.

Aujourd’hui, sa fille a 16 ans. Elle a passé le brevet des collèges avec succès et est entrée en classe de seconde générale. Kséniia, de son côté, poursuit son apprentissage du français et vise une formation pour devenir assistante administrative et commerciale. Prochaine rencontre Rezéenne, c’est dans un mois et c’est dans votre RezéVox !

Coordonnées
vsombrun