Nos experts vous présentent leur analyse complète de toute l’actualité sur les marchés de l’énergie à la date de clôture du 27 février 2026.
Marché de l'électricité
Électricité : entre accalmie et tensions latentes
Le marché européen de l’électricité vit une respiration apparente, mais le calme est trompeur. La baisse des prix du gaz et la production éolienne soutenue offrent un confort temporaire, tandis que les flux russes se réorganisent et que les stocks européens restent très bas, autour de 30 %.
Le carbone, miroir du gaz, suit cette dynamique avec des prix stables mais sensibles aux annonces politiques. Les fondamentaux sont clairs : l’Europe doit reconstituer ses réserves avant l’été, sinon le prochain hiver pourrait révéler la fragilité du système. Sur le plan français, la trajectoire énergétique se stabilise : six réacteurs EPR confirmés et une progression modérée des renouvelables offrent une visibilité bienvenue. Pourtant, l’Europe reste dépendante des marchés gaziers et carbone pour ses besoins structurels.
La logique est simple : investir et se couvrir maintenant plutôt que subir un marché volatil demain. Le signal est clair pour les acteurs : le calme est l’illusion d’une fenêtre d’opportunité, pas la fin des risques.
À la une
Blocage météo et marché
Le nord-ouest de l’Europe pourrait connaître une hausse des prix de l’énergie ce printemps, à cause de températures plus fraîches et de vents faibles.
Les modèles saisonniers signalent un début de mars doux, mais la fin du mois pourrait voir l’installation de blocages atmosphériques, ralentissant les flux d’air et affectant éolien et solaire. Un épisode de “final warming” fin mars pourrait accentuer cette instabilité.
Hydro et solaire : amortisseurs clés
Les réserves hydrauliques en France et en Espagne restent solides, offrant un coussin face aux tensions.
En revanche, la Scandinavie souffre d’un déficit de près de 20 % sur ses réservoirs, risquant de pousser les prix nordiques à la hausse et de provoquer des importations depuis le continent.
Prix et volatilité
En Allemagne, les variations du vent et du soleil dicteront les pics tarifaires matin et soir. En France, la combinaison hydropower-nucléaire pourrait stabiliser le réseau, mais le soleil décroissant risque de créer des tensions aux heures critiques.
Risques géopolitiques
Les attaques au Moyen-Orient font grimper le pétrole (+10 %) et le gaz européen, entraînant une hausse prévisible de 5 % des prix nordiques. L’incertitude reste forte, avec de possibles fluctuations intrajournalières importantes..
Tour d’horizon des autres faits marquants
France : PPE validée
Les députés ont rejeté les motions de censure contre la feuille de route énergétique (PPE). Six EPR, 55-80 GW de solaire, 35-40 GW d’éolien terrestre et 15 GW offshore sont confirmés, avec un déploiement plus modéré après l’expansion rapide 2023-2025.
Engie : turbulence et renouveau
Le trading d’Engie a vu son EBIT chuter de 52 % à 632 M€. Le nucléaire recule fortement, mais les renouvelables (+6,2 GW) et les infrastructures (+24 %) compensent. L’entreprise vise 95 GW de renouvelables et batteries d’ici 2030, dont 90 % des investissements 2026-2028.
Europe : pression sur le carbone
Dix États, dont l’Allemagne et la France, demandent un ETS européen plus souple pour protéger l’industrie. L’objectif : éviter la déindustrialisation tout en assurant stabilité et prévisibilité du marché, en attendant la réforme prévue en juillet et la mise en place du CBAM.
– Helder FARIA RUBIO,
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Marché du gaz
Gaz : le détroit d’Ormuz, talon d’Achille mondial
Le gaz est aujourd’hui au cœur d’un équilibre précaire. Le détroit d’Ormuz, passage stratégique du GNL qatarien et du pétrole, vit une paralysie logistique, accentuant la concurrence entre l’Asie et l’Europe.
Les stocks européens ne dépassent pas 30 %, et la reconstitution estivale sera déterminante. Chaque cargaison compte, surtout avec l’arrêt temporaire des champs israéliens et la hausse des besoins régionaux. À court terme, la douceur des températures et les flux de GNL africains offrent un répit, mais la structure reste fragile.
Le TTF oscille autour de 31 €/MWh, masquant une vulnérabilité de fond. Le pétrole, avec près de 20 % du trafic mondial transitant par Ormuz, ajoute une prime de risque structurelle. Dans ce contexte, attendre pour se sécuriser reviendrait à subir le marché plutôt que le gérer.
L’Europe bénéficie d’une offre abondante de GNL, mais la compétition avec l’Asie et les risques géopolitiques imposent une stratégie proactive.
À la une
Hormuz en alerte et le gaz sous tension
Le détroit d’Hormuz, par lequel transite près de 20 % du gaz naturel liquéfié mondial, est quasi paralysé. La mort de l’ayatollah Khamenei, suivie de frappes israéliennes sur Téhéran, a plongé la région dans l’incertitude.
Les navires de LNG évitent désormais le passage, menaçant de retarder les exportations clés du Qatar et des Émirats et de faire flamber les prix.
Escalade militaire
La riposte iranienne sur des installations américaines, combinée à de nouvelles frappes israéliennes, renforce la crainte d’un conflit plus large.
Les États-Unis ont mobilisé la plus importante force aéronavale dans la région depuis 20 ans, tandis que Trump promet une riposte sans précédent si l’Iran attaque.
Chaîne d’approvisionnement menacée
Avec l’arrêt du transit, les marchés européens et asiatiques devront compter davantage sur leurs stocks, déjà bas. Les champs gaziers israéliens de Leviathan et Karish ont suspendu leur production par précaution, ajoutant une pression supplémentaire sur le marché mondial.
Répercussions économiques
Les prix mensuels du gaz européen ont bondi de près de 25 % lundi matin. L’Europe scrute la réaction iranienne : un conflit prolongé pourrait provoquer des tensions politiques et financières majeures, rappelant l’impact des coupures russes survenues après l’invasion de l’Ukraine.
Tour d’horizon des autres faits marquants, par notre expert
Allemagne : sécurité assurée
Malgré la crise au Moyen-Orient, l’Allemagne reste protégée grâce à des importations diversifiées et liquides, sans dépendance directe à Hormuz.
Qatar : navigation suspendue
Face aux tensions, le ministère qatari des Transports a demandé une suspension temporaire de la navigation maritime pour protéger les navires et le personnel.
Vaisseaux en retrait
Les navires LNG ralentissent ou font demi-tour avant le détroit, perturbant le flux attendu et augmentant les risques pour les assurances maritimes.
Israël : production arrêtée
Les champs Leviathan et Karish ont suspendu leur production, l’État garantissant l’alimentation domestique et priorisant la sécurité du personnel, en attendant l’évolution de la situation.
– Helder FARIA RUBIO
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie
Zoom sur l'énergie verte
Biogaz Français au Ralenti
En 2025, la filière française du biogaz reste quasi statique. La capacité des centrales est inchangée à 560 MW, avec seulement 12 MW supplémentaires en trois ans, soit +2%. Les nouvelles installations de méthanisation n’ont pas vu le jour, laissant la capacité totale à 300 MW.
Sur le dernier trimestre, le biogaz n’a couvert que 0,6% de la demande électrique française. Selon le ministère de la Transition écologique, le développement de la filière connaît un ralentissement marqué, avec seulement 55 MW de projets en cours.
Biométhane : Croissance Modérée
Les injections de biométhane dans le réseau gazier ont progressé de 8% pour atteindre 15,5 TWh en 2025, mais ce rythme est inférieur de 40% à celui de 2024. Le biométhane représente désormais 3,3% des volumes totaux injectés.
À ce rythme, la filière atteint seulement 35% de l’objectif fixé pour 2030 (44 TWh/an) dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, soulignant l’écart entre ambitions et réalisations.
Hydro : GOs en Hausse
Les garanties d’origine (GOs) pour l’hydroélectricité européenne ont progressé, portées par un déficit hydrologique en Scandinavie et une demande accrue. Le Cal 25 s’échangeait à 0,30-0,60 €/MWh, le Cal 26 à 0,96 €/MWh et le Cal 27 à 1,30 €/MWh.
La hausse est alimentée par des achats de couverture avant échéances réglementaires et un manque d’offre, même si un léger retour de précipitations pourrait freiner cette dynamique.
Éolien : un potentiel freiné
En 2025, l’UE a ajouté 15,1 GW de capacité éolienne, portant le total à 246 GW (+6%), mais la production a légèrement reculé à 465 TWh. Les contraintes réseau et la météo ont limité l’exploitation, réduisant le facteur de charge moyen à 22% contre 24% en 2024.
Les nouvelles installations offshore performent mieux (42-55%), mais le potentiel est freiné par un maillage électrique insuffisant et la persistance de la limitation de production.
– Helder FARIA RUBIO
Responsable Intelligence Economique chez Capitole Energie