Être autonome
Après une licence de psychologie à Lyon, elle effectue un stage d’un an dans une maison de rééducation pour jeunes filles, ce qui la marque profondément. La solidarité et l’accompagnement des jeunes en difficulté seront des valeurs qui guideront ses engagements dans le rugby et le bénévolat.
En 1968, Wanda s’installe à Paris « sur un coup de tête ». Elle enchaîne les missions d’intérim et rejoint rapidement l’entreprise Lubrizol, à La Défense, où elle entame une carrière exemplaire qui durera 29 ans.
Elle finira responsable du personnel et des services généraux des bureaux de Paris, tout en poursuivant des formations diplômantes au CNAM de Paris : psychologie du travail, sociologie du travail, études juridiques, techniques financières et comptabilité des entreprises et, enfin, droit du travail et de la Sécurité sociale. Mais avant tout cela, pour être autonome, elle travaille le soir et le week-end, enchaînant missions d’intérim et ménages dans les bureaux parisiens. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre son futur mari, qui la croisait à la fin de son service et l’emmenait au restaurant. « C’est comme ça qu’il m’a conquise », s’amuse-t-elle à dire.
« J’étais fauchée mais je voulais réussir et montrer à ma famille que je m’en sortais seule », se souvient-elle.
Naissance de la section féminine chiroquoise
La famille de Wanda étant à Lyon et celle de son mari à côté du Mont Saint-Michel, le jeune couple décide alors de s’installer à Chilly-Mazarin, parfait compromis pour aller d’un côté ou de l’autre de la famille, ce qu’ils feront souvent, ainsi que pour mener leur carrière professionnelle à Paris.
C’est ainsi qu’ils achètent un appartement sur plan au domaine du Château en 1972.
Wanda découvre alors un club de rugby encore modeste mais vivant. Dès 1975, elle s’y implique en devenant successivement
secrétaire, trésorière et présidente. En 1978, pour l’organisation d’une fête du rugby, « nous avons monté une équipe féminine juste pour une démonstration », raconte-t-elle. Poussée par Henri Fléchon, alors président de l’Association française de rugby féminin (AFRF), elle commence à jouer elle-même, donnant naissance à la section féminine chiroquoise.
Championnes de France
Au départ, le club n’y croyait pas et les résultats étaient modestes, mais Wanda persévère. Sous sa direction, l’équipe féminine de Chilly-Mazarin prend progressivement de l’ampleur et décroche même deux titres de championnes de France, en 1991 et 1996, en battant notamment des équipes prestigieuses comme Toulouse. « À cette époque, le rugby féminin compte seulement 500 licenciées, contre plus de 50 000 aujourd’hui », relativise Wanda, « mais les filles donnaient tout alors qu’elles ne recevaient rien. » Avec son mari, ils accueillent chez eux les joueuses qui
viennent de loin par leurs propres moyens, et les encouragent ainsi à vivre pleinement leur passion.
Première femme arbitre fédérale
Parallèlement à cette ascension, Wanda se forme et innove : elle devient arbitre fédérale, « la première femme en France à exercer cette fonction ». Puis, en 1995, elle devient la première femme élue au comité directeur de la Fédération Française de Rugby. Elle y assume de multiples responsabilités : Présidente du Rugby Féminin, manager des équipes de France féminines, cheffe de délégation des U20 masculins et marraine du pôle France.
Sous sa direction et son impulsion, l’équipe de France féminine de rugby, composée de nombreuses Chiroquoises, a régulièrement brillé sur la scène internationale à la fin des années 1990 et au début des années 2000, décrochant à plusieurs reprises la 3ème place en Coupe du monde et remportant trois grands chelems dans le Tournoi des Six Nations (2002, 2004, 2005), s’imposant ainsi comme l’une des meilleures équipes européennes et mondiales. Son engagement est reconnu par la République : chevalier de l’Ordre national du Mérite en 1999, puis chevalier de la Légion d’honneur en 2008, ainsi que de nombreuses distinctions pour son bénévolat.
Elle est aujourd’hui secrétaire générale de la Fondation Albert-Ferrasse, dédiée aux grands blessés du rugby.
Les joueuses chiroquoises
Wanda se souvient de toutes les joueuses chiroquoises qu’elle a côtoyées, telles que Sabine d’Andréa, « maintenant docteure en biologie ! », Marie-Laure Brunet-Macé, Valérie Sorbier, Valérie Chapard, Valérie Auvray, Valérie Lenoir, Catherine Organo, Valérie Bouillon, Marjorie Hans, Sophie Gaydal, Nathalie Françoise-Ponthieux, Aline d’Hooge, Anne Dupont (encore Chiroquoise), Corinne Fages, et de celles qui se sont illustrées ensuite : Chloé Pelle, Émilie Boulard, Coralie Bertrand ou encore Lina Guérin. Lorsque les baisses de dotations départementales ont commencé à fragiliser l’équilibre du club, Wanda voit avec lucidité les limites. Même si, sans ces contraintes financières, les féminines évolueraient sans doute encore au plus haut niveau sous les couleurs de Chilly-Mazarin, elle reconnaît que suite à la « très triste disparition de l’équipe féminine senior », rejoindre le club de Massy a constitué pour les jeunes joueuses Chiroquoises « un choix sportif pertinent ».
« J’ai pu faire tout ce que j’ai fait parce que mon mari était là. C’était un peu mon secrétaire particulier. Il m’accompagnait, m’encourageait, m’aidait. Il s’occupait des repas, des courses en plus de son travail. C’était un homme moderne qui m’a toujours beaucoup soutenue », se rappelle
l’octogénaire. Aujourd’hui, elle commence à « laisser sa place aux jeunes », transmettant son expérience à son successeur en laissant un héritage immense. Grâce à son engagement, des générations de joueuses, dont de nombreuses Chiroquoises « qui n’avaient rien mais donnaient tout », ont pu pratiquer le rugby et progresser dans un milieu encore largement masculin à l’époque et ainsi faire briller le rugby féminin en France.
Toujours membre du club de Chilly-Mazarin, elle espère que les valeurs de solidarité, de persévérance et de fraternité qu’elle a incarnées continueront à être transmises aux jeunes générations chiroquoises.