La disparition de l’illustrateur Clément Oubrerie, le 1ᵉʳ mars 2026 à l’âge de 59 ans, a rappelé l’importance d’un auteur qui aura profondément marqué la bande dessinée contemporaine. Dessinateur et réalisateur, il laisse derrière lui une œuvre riche, construite au croisement de la BD, de l’illustration jeunesse et de l’animation. Formé aux arts graphiques à l’ESAG, Oubrerie commence sa carrière dans les années 1990 par l’illustration de livres pour enfants, domaine dans lequel il réalise plusieurs dizaines d’ouvrages avant de se tourner vers la bande dessinée. Son trait souple et expressif s’impose rapidement avec la série Aya de Yopougon, écrite par Marguerite Abouet, qui obtient le prix du meilleur premier album au Festival d’Angoulême en 2006 et rencontre un succès international. Mais son œuvre dépasse largement ce seul succès. Curieux des passerelles entre art, littérature et histoire, il multiplie les projets : adaptation de Zazie dans le métro de Raymond Queneau, biographie dessinée de Pablo Picasso dans la série Pablo avec Julie Birmant, albums consacrés à Isadora Duncan ou encore à Salvador Dalí. Voici donc notre sélection, certes subjective et non exhaustive, des meilleurs livres (BD) de Clément Oubrerie à lire absolument !
Aya de Yopougon
Parue en 2005, la bande dessinée Aya de Yopougon marque l’entrée remarquée dans le neuvième art du dessinateur Clément Oubrerie et de la scénariste Marguerite Abouet. Dès son premier volume, la série s’impose comme une chronique vive et lumineuse du quotidien en Côte d’Ivoire à la fin des années 1970, dans le quartier populaire de Yopougon, à Abidjan. Au centre du récit, Aya, dix-neuf ans, jeune femme studieuse et déterminée, observe avec lucidité les rêves, les maladresses et les contradictions de son entourage.
À travers une galerie de personnages hauts en couleur — amies inséparables, familles envahissantes, prétendants plus ou moins sérieux — les auteurs esquissent une comédie humaine pleine d’humour et de tendresse. Le dessin souple et expressif d’Oubrerie accompagne parfaitement l’écriture vive de Marguerite Abouet, donnant à cette fresque sociale une énergie communicative.
Couronné par le prix du meilleur premier album au Festival d’Angoulême en 2006, l’album inaugure une saga qui comptera plusieurs tomes et sera traduite dans de nombreuses langues.
Voltaire amoureux
Avec Voltaire amoureux, le dessinateur Clément Oubrerie s’empare d’une figure monumentale de la pensée française pour en révéler une facette plus intime : celle d’un jeune homme ambitieux, amoureux et encore en devenir. Loin du philosophe figé dans les manuels scolaires, la bande dessinée suit les débuts mouvementés de Voltaire, alors connu sous le nom de François-Marie Arouet, dans la société brillante et impitoyable de la Régence.
À peine sorti de la Bastille, le futur auteur de Candide connaît ses premiers triomphes au théâtre tout en cherchant à s’imposer dans un monde dominé par l’aristocratie et les intrigues de cour. Amours contrariées, ambitions littéraires et coups d’éclat composent le portrait d’un jeune écrivain déjà prêt à défier les puissants et les dogmes.
Clément Oubrerie restitue cette période avec un sens aigu du récit et un dessin souple, plein d’élan, qui donne chair à l’effervescence intellectuelle du XVIIIᵉ siècle. L’album mêle biographie, fresque historique et comédie sentimentale, rappelant que derrière la figure austère du philosophe des Lumières se cachait un tempérament passionné et volontiers irrévérencieux.
Pablo
Avec la série Pablo, le dessinateur Clément Oubrerie et la scénariste Julie Birmant proposent une plongée romanesque dans les jeunes années de Pablo Picasso, bien avant que son nom ne devienne celui d’un géant de l’art moderne. L’album s’ouvre dans le Paris de la Belle Époque, lorsque le jeune peintre espagnol arrive à Montmartre, fauché mais animé d’une ambition féroce. Dans les ateliers glacés du Bateau-Lavoir, au milieu des poètes et des peintres, se dessine peu à peu le destin d’un créateur hors norme.
La série suit l’artiste entre 1900 et 1912, au fil de rencontres décisives avec les figures du Paris artistique — Guillaume Apollinaire, Max Jacob ou encore Henri Matisse — qui nourrissent son imaginaire et accompagnent l’éclosion de son œuvre. Loin d’une biographie académique, Pablo privilégie la vie quotidienne, les passions amoureuses et les enthousiasmes d’un artiste encore en quête de lui-même.
Le trait souple et lumineux de Clément Oubrerie restitue avec vivacité l’effervescence du Montmartre bohème, ses cafés enfumés, ses ateliers d’artistes et ses nuits fiévreuses. Récompensée notamment par le Grand Prix RTL de la bande dessinée 2012, cette fresque graphique mêle histoire de l’art et récit initiatique avec un rare sens du mouvement.
Les Royaumes du Nord
Avec la série Les Royaumes du Nord, le dessinateur Clément Oubrerie s’attaque à l’adaptation en bande dessinée d’un monument de la fantasy contemporaine : la trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman. Publiée chez Gallimard et scénarisée par Stéphane Melchior, cette série graphique transpose avec ambition l’univers foisonnant imaginé par l’écrivain britannique.
L’intrigue suit la jeune Lyra, orpheline élevée dans un collège d’Oxford, dont la vie bascule lorsqu’elle se retrouve mêlée à une mystérieuse affaire d’enfants disparus. Très vite, l’enquête la conduit vers les contrées glacées du Nord, territoire d’expéditions scientifiques, de sociétés secrètes et de créatures extraordinaires. Dans ce monde parallèle, chaque être humain est accompagné d’un « daemon », animal qui incarne son âme et révèle sa véritable nature.
Au fil des volumes, l’adaptation déploie une véritable fresque d’aventure où se croisent savants, explorateurs, sorcières et ours en armure. Le dessin souple et expressif de Clément Oubrerie restitue avec fluidité la richesse de cet univers, mêlant paysages polaires, villes brumeuses et scènes d’action spectaculaires.
À mains nues
Avec À mains nues, le dessinateur Clément Oubrerie s’éloigne de la fiction pour s’attaquer à une trajectoire bien réelle : celle de Suzanne Noël, pionnière de la chirurgie esthétique et figure singulière du féminisme au XXᵉ siècle. Écrite par la romancière Leïla Slimani et publiée aux Les Arènes, la bande dessinée retrace en deux volumes l’itinéraire d’une femme qui, dans un monde dominé par les hommes, choisit de suivre sa vocation envers et contre tout.
Le récit débute dans le Paris du début du XXᵉ siècle, où Suzanne Noël se lance dans des études de médecine à une époque où les femmes sont encore rares dans les amphithéâtres universitaires. Chirurgienne audacieuse, elle se spécialise dans la reconstruction des visages abîmés par la guerre, redonnant espoir aux « gueules cassées » de la Première Guerre mondiale.
Mais À mains nues ne se contente pas de raconter une carrière médicale. La bande dessinée suit aussi une femme confrontée aux drames personnels, aux résistances sociales et aux combats politiques de son temps. Suzanne Noël deviendra ainsi une figure internationale de la chirurgie esthétique et une militante engagée pour l’indépendance des femmes.
Jeangot
Dans Jeangot, Clément Oubrerie (au dessin et à la couleur) s’associe à Joann Sfar pour offrir une trilogie de bande dessinée singulière et inventive, publiée par Gallimard. Loin d’une biographie académique, cette série réinvente la vie du légendaire guitariste manouche Django Reinhardt sous la forme d’une fable animalière attachante et pleine de swing. Une façon originale de mêler roman graphique, humour et hommage à une icône du jazz.
Le personnage de Jeangot Renart, renard au grand cœur, naît dans une roulotte et adopte un petit hérisson nommé Niglaud contre toute attente. Ensemble, ils traversent le Paris de l’entre‑deux‑guerres, jouant de la guitare dans les rues, affrontant les défis de la vie nomade et explorant les rythmes d’une époque en effervescence. Cette métaphore animale permet au récit d’aborder avec fantaisie la musique, l’amitié et la survie dans un contexte historique riche et coloré.
Le dessin d’Oubrerie, dynamique et expressif, donne vie à cette odyssée hors normes, où les scènes de guinguette, de tournée et de complicité créent une ambiance à la fois poétique et vivante.
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Hakim Aoudia.