Ici n’est plus ici de Tommy Orange, ou le livre de 12 récits des peuples Indiens d'Amérique ! - CulturAdvisor

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« Ici n’est plus ici », premier livre d’un jeune auteur « autochtone » américain, descendant des Cheyennes, suit le cours de douze récits qui nous entraînent, sans nous lâcher, jusqu’à leur dénouement. Cet ouvrage de Tommy Orange, construit avec rigueur et originalité, raconte les enclenchements tragiques qui poussent les personnages dans une violence qui les submerge. Récits magnifiques qui tentent de transmettre la problématique des peuples Indiens décimés, puis niés, depuis plus de deux siècles par les colons Blancs. Ici n’est plus ici de Tommy Orange, aux Éditions Albin Michel, ou le livre de 12 récits des peuples Indiens d’Amérique !

L’Indien des villes

Jusqu’à la fin des années 70, le dessin d’une tête d’indien servait de mire à la télévision américaine. De la mire à la cible, il n’y a qu’un pas que Tommy Orange indique d’abord, franchit ensuite. Son prologue, comme dans les tragédies antiques, définit le sujet : l’Indien des villes. Pas celui des clichés folkloriques, mais ces Indiens « intégrés », sortis des réserves pour venir vivre en ville. Comme lui-même, qui a grandi à Oakland. C’est d’ailleurs là que se situe son récit.

Un récit sobre et prenant

Ou plutôt ses récits. Les histoires de douze personnages, plus bien sûr tous leurs proches, hommes, femmes et enfants, que seule leur condition d’ « autochtones » rapprochent. Tous blessés profondément, tous à devoir lutter contre les terribles séquelles du génocide originel mené par les Blancs. Alcoolisme, drogue, morts en voiture, abandon des parents, prison, ils ont tous en eux des trous douloureux qu’il leur faut colmater. Tommy Orange ne verse aucune larme dans ces récits. Contrairement aux tragédies dont il utilise pourtant certains mécanismes, il décrit sans pathos le quotidien, le vécu. De l’intérieur. Ses personnages assument les errements collectifs ou individuels, analysent parfaitement la situation, ce qui ne les empêche pas d’être eux-mêmes perdus, et de tomber eux aussi dans les pièges qu’ils connaissent. Jeunes ou adultes, hommes ou femmes, ils affrontent leurs démons en face. Et c’est bien sûr l’une des forces de ce livre.

Ici n’est plus ici de Tommy Orange, aux Éditions Albin Michel, ou le livre de 12 récits des peuples Indiens d’Amérique !

Un destin sous le signe de la violence

Toutes les histoires vont en fait converger vers un seul point, le grand pow-wow d’Oakland. Pour des raisons totalement différentes, ils vont tous y participer. Avec un suspens narratif de type policier. Et comme dans l’histoire américaine, les enclenchements inévitables de situations deviennent absolument cauchemardesques pour ces Indiens, qui après avoir été décimés par les Blancs, se massacrent entre eux. La violence est le maître mot de leur destin, violence passée de laquelle ils n’arrivent pas à s’extraire, violence physique, mais aussi violence sociétale, relationnelle. Violence du désespoir, mais surtout violence de la perte de culture indienne. Et pourtant, que d’efforts pour la retrouver !

Des terres et des habitants volés par les colons

Tommy Orange brasse tous ces thèmes essentiels avec une simplicité et une justesse impressionnantes. Il nous emmène dans ces petits univers qui tous appartiennent à la même histoire, celle d’arriver à être soi-même, alors que les Blancs, majoritaires et qui ont modelé ce pays à leur image, leur ont volé la connaissance de leur identité.

En ces temps de Black lives matter, cette autre minorité, tout de même entièrement légitime sur ce sol, essaye de ne pas mourir dans ce qui n’est même plus leur pays. « Pour les Autochtones de ce pays, partout aux Amériques, se sont développés sur une terre ancestrale enfouie le verre, le béton, le fer et l’acier, une mémoire ensevelie et irrécupérable. Il n’y a pas de là, là : ici n’est plus ici. »

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Par Bernard Cassat. MagCentre.

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Hakim Aoudia