- L’adoption par l’Assemblée nationale sénégalaise d’une loi doublant les peines de prison réprimant les relations homosexuelles marque un durcissement inquiétant.
- Le texte porte désormais ces peines à cinq et à dix ans d’emprisonnement et étend la répression aux actions dites de « promotion » de l’homosexualité.
- Cette législation viole les obligations internationales du Sénégal et expose davantage les personnes LGBTIQ+ ou perçues comme telles à la stigmatisation, aux violences et aux arrestations arbitraires.
- La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) appelle Bassirou Diomaye Faye, Président de la République du Sénégal, à ne pas promulguer une loi profondément discriminatoire à l’encontre d’une partie de sa population.
Paris, Dakar, le 17 mars 2026. Une nouvelle loi adoptée le 11 mars 2026 par l’Assemblée nationale sénégalaise renforce drastiquement la répression visant les personnes LGBTIQ+. En portant à cinq et à dix ans de prison les peines prévues par le code pénal pour « actes contre nature » et en introduisant des sanctions contre toute forme supposée de « promotion » de l’homosexualité, le législateur franchit un seuil supplémentaire dans la pénalisation de l’homosexualité. Dans un contexte déjà marqué par des arrestations et des violences contre des personnes « accusées » d’être homosexuelles, cette évolution législative ne peut qu’alimenter un climat d’hostilité étouffant.
« Le Sénégal choisit aujourd’hui de durcir une législation qui cible et stigmatise une partie de sa population. En étendant la répression à celles et ceux qui défendent les droits des personnes LGBTIQ+, les autorités sénégalaises violent clairement leurs engagements internationaux », déclare Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Une telle loi ne protège personne : elle expose davantage encore des individus déjà vulnérables aux violences, aux arrestations arbitraires et aux humiliations. »
Cette loi fait également peser de graves menaces sur la liberté d’expression et d’association et sur les défenseur·es des droits humains, les organisations de la société civile, les journalistes et les avocat·es engagé·es dans la protection des droits fondamentaux. En interdisant, dans des termes vagues, toute action ou appui qui viserait à « promouvoir l’homosexualité, la bisexualité, la transexualité », le texte risque de criminaliser des activités légitimes de défense des droits humains. En mentionnant des « pratiques assimilées, au même titre que la zoophilie ou la nécrophilie », la rédaction de ce texte montre bien l’influence de groupes conservateurs à la rhétorique complotiste, qui tentent depuis des années de faire adopter une telle loi, n’hésitant pas, comme ici, à lancer des accusations aussi grotesques que violentes.
Dans un contexte où l’espace civique est déjà sous pression, une telle disposition expose ces acteurs et actrices à des poursuites judiciaires, à des actes d’intimidation et à des campagnes de stigmatisation, en violation des garanties reconnues par la Déclaration des Nations unies sur les défenseur·es des droits humains. La protection de celles et ceux qui œuvrent pacifiquement pour les droits et la dignité de toutes et tous constitue pourtant une obligation de l’État.
Le Sénégal est lié par plusieurs instruments internationaux et régionaux qui garantissent le droit à la vie privée, à la non-discrimination et à la protection contre les traitements cruels, inhumains ou dégradants. En aggravant la repression des relations entre personnes de même sexe et en visant toute forme de soutien ou d’expression liée aux droits des personnes LGBTIQ+, cette législation contredit frontalement ces engagements.
Le discours politique porté par plusieurs député·es, ainsi que plusieurs personnalités sénégalaises, faisant de l’homosexualité une « attaque culturelle occidentale et néo-coloniale » pour justifier ces persécutions reflète un imaginaire savamment instrumentalisé pour inscrire l’homophobie dans un récit souverainiste. L’héritage colonial des législations anti-LGBT+ est prouvé.
Par ailleurs, l’adoption de cette loi constitue une victoire pour les mouvements anti-droits et anti-genre du Sénégal, dont une partie appelle de ses vœux l’instauration d’une société régie par les normes conservatrices. Elle présage également des assauts futurs contre les droits fondamentaux d’autres groupes minoritaires.
L’abandon de cette loi et la mise en conformité du droit sénégalais avec les obligations régionales et internationales du pays constituent désormais une exigence urgente pour garantir la protection des droits fondamentaux de toutes et tous.