Burundi : sur le terrain, le projet Amagara Yacu renforce la formation des soignants et la sécurité transfusionnelle

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Au Burundi, renforcer durablement le système de santé est essentiel pour améliorer l’accès à des soins de qualité. Cela passe notamment par la formation continue des professionnels de santé et par la sécurisation de l’accès aux produits sanguins.

Déployé avec le soutien de l’Agence Française de Développement (AFD), le projet Amagara Yacu (« Notre santé » en kirundi) vise à répondre à ces enjeux. Mis en œuvre par un consortium de partenaires, ce programme contribue à moderniser la formation des soignants et à renforcer le système national de transfusion sanguine.

Le projet s’articule autour de deux axes principaux :

  • la formation continue des professionnels de santé,
  • le renforcement de la sécurité transfusionnelle.

Sur le terrain, ces actions participent à consolider les bases d’un système de santé plus résilient au Burundi et à améliorer la prise en charge des patients.

Former les soignants au Burundi grâce au e-learning

Dans de nombreux contextes, l’accès à la formation continue représente un défi pour les professionnels de santé. S’absenter plusieurs jours pour suivre une formation peut fragiliser l’organisation des services. Cela est particulièrement vrai dans les établissements où les ressources humaines sont limitées.

Pour répondre à ce défi, Amref Health Africa a développé, en partenariat avec l’Institut National de Santé Publique (INSP), un dispositif pilote de formation hybride. Ce dispositif combine apprentissage en ligne et sessions pratiques.

À l’hôpital régional de Ngozi, une salle dédiée au e-learning permet à plusieurs professionnels de santé de suivre des modules de formation continue.

Pour les professionnels de santé, cette approche présente un avantage majeur : elle permet de renforcer les compétences sans interrompre les services de santé.

« Cette formation en ligne permet aux prestataires de soins, infirmiers, sages-femmes et médecins, de suivre des cours pour renforcer leurs capacités sans toutefois s’absenter de leur service », explique le Dr Eric Manirakiza, chargé e-learning et responsable du volet formation pour Amref Health Africa. « Cela permet de diminuer l’absentéisme et la vacance de poste pendant les formations ».

Au total, près de 40 professionnels de santé participent actuellement à ce cycle pilote certifiant, qui pourrait être étendu à l’échelle nationale.

Une formation hybride pour renforcer les compétences des soignants

La formation en ligne constitue la première étape d’un dispositif plus large. Elle est complétée par des sessions de formation en présentiel, organisées notamment dans la province de Muramvya.

Ces sessions permettent aux participants de valider les connaissances acquises en ligne. Elles permettent aussi d’approfondir les aspects pratiques de la prise en charge des patients.

Ce volet pratique représente un réel défi pour le secteur de la santé publique au Burundi.

Les apprenants y échangent avec les formateurs. Ils analysent des situations concrètes et discutent des conditions de prise en charge dans leurs établissements de santé.

Cette approche hybride vise à combiner la flexibilité de l’apprentissage en ligne avec les bénéfices de l’échange direct entre professionnels.

Numériser la formation médicale au Burundi

La mise en place de ces formations repose également sur un important travail de conversion numérique des modules pédagogiques.

Dans ce cadre, Amref Health Africa collabore avec Abacu Health. Le consultant Yannick Ndabaneze accompagne la transformation des supports de formation continue vers des formats numériques. Ces contenus sont ensuite accessibles sur la plateforme de e-learning.

Ce travail implique l’adaptation pédagogique des contenus existants. Il nécessite également leur structuration pour permettre un apprentissage en ligne efficace.

Les autorités nationales jouent aussi un rôle central dans cette transformation. Le Secrétariat Exécutif des Technologies d’Information et Communication (SETIC) participe à la mise en place de ces outils numériques. Ces derniers visent à moderniser la formation médicale continue au Burundi.

Renforcer la transfusion sanguine dans le système de santé burundais

Le second pilier du projet Amagara Yacu concerne le renforcement du système national de transfusion sanguine. Cet enjeu est majeur pour la prise en charge de nombreuses urgences médicales. C’est notamment le cas pour les complications obstétricales ou certaines interventions chirurgicales.

Au Centre Provincial de Transfusion Sanguine (CPTS) de Ngozi, les équipes travaillent quotidiennement. Elles assurent la collecte, l’analyse et la distribution des produits sanguins nécessaires aux établissements de santé.

La visite des installations a mis en évidence plusieurs défis. Les infrastructures actuelles sont devenues étroites et vétustes face à l’augmentation des besoins.

Pour améliorer les conditions de travail et renforcer les capacités de collecte, un nouveau centre de transfusion sanguine a été construit dans le cadre du projet Amagara Yacu.

Lors de la mission, ce bâtiment attendait encore la livraison de certains équipements. Il devait également être raccordé aux réseaux d’eau et d’électricité par la REGIDESO.

Malgré ces contraintes, les actions menées dans le cadre du projet contribuent déjà à renforcer l’ensemble de la chaîne transfusionnelle.

« Le projet est venu appuyer tout ce processus, de la veine du donneur à la veine du receveur », explique Nicodème Ndikumana, responsable du volet transfusion sanguine pour Amref Health Africa. « Il y a toute cette logistique de la collecte, le transport et le personnel soignant qui est formé… In fine, c’est pour sauver des vies ».

Grâce aux campagnes de sensibilisation et au renforcement logistique, les collectes de sang ont significativement augmenté dans les districts concernés.

Vers un système de santé plus résilient au Burundi

Au-delà des actions menées sur le terrain, le projet Amagara Yacu contribue également à renforcer les cadres institutionnels. Il permet aussi de développer les capacités des partenaires nationaux.

« Le grand succès du projet, c’est la mise en place du cadre réglementaire et l’outillage des partenaires sur les deux volets, la transfusion sanguine et la formation continue », souligne Roderik Gross, coordinateur du projet Amagara Yacu.

Ces avancées constituent une base importante pour assurer la durabilité des initiatives mises en place.

Vers la pérennisation des acquis

Alors que la première phase du projet arrive à son terme, les partenaires travaillent désormais à la consolidation des acquis. Ils réfléchissent également à leur pérennisation.

« Pour une éventuelle phase 2, la pérennisation reste un sujet important : comment l’INSP va continuer la formation en ligne et quels mécanismes seront mis en place par le Centre National de Transfusion Sanguine après l’appui du projet », explique Roderik Gross.

En renforçant les compétences des professionnels de santé et les infrastructures essentielles, comme la transfusion sanguine, le projet Amagara Yacu contribue à consolider les bases d’un système de santé plus résilient au Burundi.

Il permet également d’améliorer durablement l’accès à des soins de qualité pour les populations.

Pour en savoir plus sur le projet Amagara Yacu : https://www.amref.fr/projet/amagara-yacu/

Coordonnées
Nancy MAALOUF