La revue Nature Medicine publie les principes fondateurs et les résultats préliminaires d’un projet pionnier pour cartographier l’exposome chimique humain. Portée par France Exposome et ses partenaires de l’infrastructure de recherche européenne EIRENE*, l’initiative iChemAtlas a pour ambition de dresser une cartographie de l’ensemble des contaminants chimiques auxquels nous sommes exposés et qui peuvent avoir des impacts sur la santé.
*Inserm, France – EHESP, Rennes, France – Irset, Rennes, France – Laberca, Oniris VetAgroBio, INRAE, Nantes, France – Université de Rennes, France – Ineris, Verneuil-en-Halatte, France – Université Paris Cité, Paris, France – Toxalim, INRAE, Toulouse, France.
Comprendre les expositions pour mieux les prévenir
La population mondiale est quotidiennement exposée à des centaines de contaminants chimiques (PFAS, phtalates, insecticides, bisphénols, dioxines et bien d’autres). Pour certains d’entre eux (pesticides ou plastifiants par exemple) les effets cancérigènes, neurotoxiques, reprotoxiques ou immunotoxiques sont désormais bien établis, mais les effets cumulés de ces mélanges complexes restent largement inconnus. Ce manque de données est un frein majeur à la conception de politiques de santé publique adaptées, qui devraient prendre en compte l’ensemble des expositions réelles auxquelles les populations sont soumises.
Pour pallier ce manque de données, France Exposome coordonne iChemAtlas (Human Internal Chemical Exposome Atlas), un effort collaboratif réunissant 20 partenaires internationaux, avec pour ambition de produire une première cartographie de l’exposome chimique interne (ensemble de petites molécules exogènes et de leurs produits de biotransformation présents dans les échantillons biologiques humains pouvant provenir de produits de consommation, de l’alimentation, de médicaments et des diverses expositions d’origine environnementale…). Elle s’appuie sur un réseau international de plateformes de spectrométrie de masse – une technologie d’analyse qui permet l’identification et la quantification de contaminants chimiques présents dans des échantillons biologiques complexes.
Donner accès à un inventaire représentatif des expositions chimiques
Publiée dans Nature Medicine, cette correspondance pose les fondements conceptuels de l’initiative, en présente les premiers résultats et trace la feuille de route à venir.
Les premiers résultats montrent la présence de mélanges complexes incluant plus de 250 substances chimiques dans le sang et les urines des échantillons étudiés. iChemAtlas s’est attaché, dans un premier temps à rechercher les molécules fréquemment détectées, incluant des contaminants interdits depuis plusieurs décennies.
Dans un second temps, le consortium élargira ses travaux à des molécules émergentes, souvent négligées dans les études populationnelles en raison de la complexité analytique qu’elles impliquent. Grâce à la spectrométrie de masse à haute résolution iChemAtlas sera en mesure de produire des empreintes chimiques comprenant des dizaines de milliers de signaux pouvant correspondre à des substances chimiques encore peu ou pas étudiées. A ce jour, plus de 350 000 substances ou mélanges de substances sont répertoriés dans les bases de données internationales, soulignant l’ampleur du défi.
Arthur David, enseignant-chercheur à l’EHESP rattaché à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail (UMR Inserm 1085) et l’IR France Exposome, est le premier auteur de cette publication dans Nature Medicine.
Il explique : « Nous invitons les chercheurs et institutions du monde entier à rejoindre cette initiative et à contribuer à cette cartographie. Dans une démarche de science ouverte, nous prévoyons de développer un site web dédié permettant de partager les données issues de cette cartographie, afin de favoriser leur réutilisation par la communauté scientifique et les acteurs de santé publique. Il est indispensable que les mélanges de contaminants soient mieux pris en compte dans la réglementation, la recherche biomédicale et la pratique clinique, et que l’évaluation des expositions chimiques devienne un véritable outil de santé publique ».