Commémoration du 11 novembre : la mémoire portée par les collégiens de Descartes
Lors de la cérémonie du 11 novembre 2025, la Ville de Fontenay-le-Fleury a rendu hommage aux combattants tombés pour la France. Les élèves de 3ᵉ du collège René Descartes ont pris part à la cérémonie en lisant des textes de mémoire qu’ils avaient préparés dans le cadre de leurs recherches scolaires.
Cette année, leur travail a porté sur les parcours de soldats venus d’outre-mer et de pays alliés, dont les destins témoignent de la dimension mondiale du conflit. Grâce à leurs recherches, réalisées à partir des travaux du groupe ACHAC, elles ont présenté au public une série de portraits retraçant la diversité des engagements durant la Grande Guerre. Retrouvez ci-dessous l’intégralité des textes lus lors de la cérémonie.
Camille Mortenol – Guadeloupe (1859–1930)
Camille Mortenol est né en Guadeloupe en 1859 de parents anciens esclaves. Il intègre l’École Polytechnique en 1880. Il participe à la conquête de Madagascar en 1894 et est remarqué par le gouverneur de l’ile, le général Gallieni. En 1915, Gallieni, en charge de la défense de Paris, appelle Camille Mortenol pour protéger la capitale des attaques aériennes des avions et zeppelins allemands. Mortenol créé et multiplie les postes de guet, tes escadrilles, les projecteurs et tes canons antiaériens Ce système efficace décourage les Allemands. En 1919, le colonel Camille Mortenol est promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur et meurt à Paris en 1930.
Saint-Just Borical – Guyane (1887–1916)
Saint-Just Borical est né en 1887 en Guyane. Il est incorporé en 1915 dans l’armée française au 119e régiment d’infanterie, qui a besoin de nouvelles recrues. Le 26 mai 1916, le 119e régiment monte en ligne et doit tenir le secteur du bois de la Caillette et de la ferme Thiaumont, devant le fort de Douaumont près de Verdun. Les combats font rage, les Allemands voulant percer le front. Puis le 119e est envoyé le 30 mai dans Fleury qui n’est déjà plus qu’un amas de ruines. Le 1er juin, après un pilonnage intense, I ‘attaque allemande se déclenche sur un large front : la ligne française est percée. Le 119e a l’ordre de barrer la route du fort de Souville et de reprendre les positions perdues. Le 3 juin, il mène deux attaques dans le ravin du Bazile ; aussitôt arrêtées par un feu très meurtrier. L’ennemi déclenche à son tour deux vigoureuses contre-attaques que le 119e parvient à refouler, au prix de 22 tués et 176 disparus dans un terrain labouré par tes obus, dont Saint-Just Borical tombé quelques jours après son arrivée au front. C’est par hasard qu’en avril 2011, des touristes hollandais découvrent un squelette dans un sous-bois On retrouve une plaque d’identité sur son poignet gauche « Borical Saint-Just, Classe 1907 ». Le 14 octobre 2011, jour de la Saint- Just, il est officiellement inhumé à Cayenne Les 1 929 poilus guyanais — dont plus de 260 ne sont jamais rentrés au pays – s’incarnent désormais à travers lui.
Bakary Diallo – Sénégal (v.1892–1979)
Bakary Diallo est né, vers 1892, au Sénégal. Berger peul à I ’origine, il s’engage dans les tirailleurs sénégalais à 19 ans. Après la campagne du Maroc, il débarque à Sète, en août 1914 pour rejoindre le front. II est caporal. À la fin du mois de septembre 1914, dans la région de Reims, peu après la victoire de la Marne, il est d’abord blessé au bras et refuse d’être évacué, puis une balle lui fracasse la mâchoire. II va devoir suivre une longue convalescence dans divers hôpitaux À la fin de la guerre, il devient secrétaire du député du Sénégal, Blaise Diagne à I ‘Assemblée nationale. Alors qu’il ne savait ni lire, ni écrire en arrivant en France, Bakary Diallo publie, en 1926, un livre intitulé Force et Bonté, témoignage exceptionnel sur les tirailleurs sénégalais dans le conflit mondial. En 1928, Bakary Diallo revient au Sénégal où il meurt en 1979.
Chérif ben Larbi Cadi – Algérie (1867–1939)
Chérif ben Larbi Cadi est né en Algérie en 1867. II est le premier musulman à intégrer l’École Polytechnique en 1887. En 1915 et 1916, Chérif ben Larbi Cadi combat dans la Somme en tant que chef d’escadron du 113ᵉrégiment d’artillerie lourde. Pour sa conduite au feu, il reçoit la Légion d’honneur et la Croix de guerre avec palme. II est ensuite chargé de protéger le fort de Douaumont en février 1916, ce qui lui vaut d’être cité à l’Ordre de la 11ᵉarmée de Verdun. À la fois diplomate et soldat, Chérif Cadi rejoint à l’été 1916 la mission militaire française au Hedjaz, au cœur de l’Arabie Saoudite actuelle. II devient conseiller militaire auprès du chérif de La Mecque pour l’aider à lutter contre les Ottomans, ce qui lui vaut de croiser l’Anglais « Lawrence d’Arabie », chargé d’une mission analogue, pour le compte de la Couronne britannique. Quittant l’armée en 1925, le colonel Chérif Cadi n’eut de cesse de promouvoir les relations entre la République française et l’Algérie jusqu’à sa mort en 1939.
Saiaeng Wahena – Nouvelle-Calédonie (1887–1918)
D’origine kanake, Saiaeng Wahena est né sur l’île de Lifou en Nouvelle-Calédonie en 1887. Il combattit durant la Première Guerre mondiale au sein du bataillon mixte du Pacifique, composé d’un millier de volontaires tirailleurs polynésiens et Néo-Calédoniens. Il découvre le froid mordant d’Europe de l’ouest et la guerre des tranchées. A partir d’avril 1917, le bataillon du Pacifique rattaché à la 72ème division d’infanterie, participe à d’âpres engagements notamment en Champagne, puis dans l’Aisne, en 1918, en particulier lors de la bataille du Matz face à la 18ème armée allemande dont il faut stopper l’offensive, puis lors de la bataille de la Serre, fin octobre 1918. C’est lors d’un assaut nocturne, en plein marécage, que Saiaeng Wahena meut à l’âge de 31 ans, devant le village de Vesles-et-Caumont, au nord-est de Laon, le 26 octobre 1918. Dix Tahitiens et trente-sept Néo-Calédoniens du bataillon du pacifique perdent aussi la vie dans l’assaut victorieux qui permet de reprendre le village aux Allemands, deux semaines avant l’Armistice du 11 novembre 1918.
Do Hûu Vi – Indochine (1883–1916)
Do Hûu Vi, est né en 1883, en Indochine française. II entre à l’École spécial militaire de Saint-Cyr en 1904. Quatrième indochinois à porter le casoar, il appartient à la promotion « Centenaire d’Austerlitz ». II devient pilote d’avion et démontre au Maroc en 1912 que l’avion est un moyen de reconnaissance remarquable. Au début de 1914, il est en Indochine pour faire des essais d’hydravions sur le Mékong et définir les bases d’une aviation aux colonies. Dès octobre 1914 à sa demande, il rejoint la France en guerre. II effectue alors de nombreux vols de reconnaissance. En avril 1915, il est victime d’un accident à l’atterrissage dans des conditions atmosphériques déplorables. Le bras gauche est cassé, la mâchoire et la base du crâne sont fracturée. II reste neuf jours dans le coma. Il ne pourra plus piloter. Cité trois fois, décoré de la Légion d’honneur, il n’a plus à faire preuve de son courage et de son patriotisme. Pourtant Do Hûu Vi demande à revenir dans l’infanterie et obtient le commandement d’une compagnie dans la Légion étrangère. Le capitaine Do Hûu Vi est tué le 9 juillet 1916 dans la Somme.
Mia Yi Pao – Chine (1894–1918)
Dès 1916, la Chine fournit de la main-d’œuvre à la France et ù la Grande-Bretagne, pour remplir les fonctions d’ouvriers, de dockers, de salariés agricoles, de terrassiers, d’employés de voirie, etc… avant de déclarer la guerre à l’Allemagne le 1er aout 1917. Sur les 140.000 Chinois venus, 20.000 vont mourir sous les bombardements ou décimés par les maladies. Mia Yi Pao a son nom gravé dans la pierre de la nécropole nationale de Vic-sur-Aisne. « Mort pour la France, le 2 septembre 1918, décédé des suites de ses blessures, à I ambulance de Jaulzy, dans l’Oise. » II avait 24 ans Musulman, Mia Yi Pao avait quitté son pays, alors en pleine instabilité politique, pour échapper aux persécutions religieuses et s’était engagé dans la Légion étrangère en 1918. Si une centaine de travailleurs chinois ont été reconnus « morts pour la France », Mia Yi Pao est le seul combattant parmi eux.
James Reese Europe – États-Unis (1881–1919)
James Reese Europe, né en 1881 aux Etats-Unis est chef d’orchestre, compositeur, spécialiste du ragtime et du jazz. En 1917, lorsque les États-Unis entrent en guerre, il est très célèbre. II s’engage volontaire au 15ᵉrégiment de la Garde Nationale de New York, constitué d’Afro-Américains. Ayant convaincu une cinquantaine de musiciens de s’engager, il constitue un orchestre au sein du régiment. Comme il est le chef de l’orchestre, le grade de lieutenant lui est attribué. 100.000 soldats afro-américains vont être envoyés en France dans l’intendance ou le génie, car il n’y a pas de Noirs dans les unités combattantes américaines. James Reese Europe débarque ã Brest le 27 décembre 1917 sous les acclamations, car son orchestre interprète la Marseillaise et les premiers airs de jazz joués en France. Enfin, les Américains admettent que des régiments noirs soient envoyés sur le front, s’ils sont intégrés à des divisions françaises. Ainsi, les Harlem Hellfighters de James Reese Europe, rentrent dans la 16e division d’infanterie française et combattent en Champagne de juillet à novembre 1918. De sa période combattante, James Reese Europe a laissé des œuvres aux titres évocateurs, tel « En patrouille dans Ie No Man’s Land ». Il meurt à Boston en 1919. Premier citoyen afro-américain à avoir des funérailles publiques, il repose au cimetière national d’Arlington.
David “Dave” Gallaher – Nouvelle-Zélande (1873–1917)
La Nouvelle-Zélande, comme tous les autres territoires de I’Empire britannique, participe à l’effort de guerre. Néo-ZéIandais et Australiens constituent un corps d’armée spécifique : I’Australian and New Zealand Army Corps (ANBAC). Au total, 129.000 Néo-ZéIandais s’enrôlent, 18.500 vont mourir au combat. David « Dave » Gallaher est auréolé de gloire en tant que capitaine et sélectionneur de l’équipe de rugby des All Blacks, quand il décide d’endosser l’uniforme. Dans les tranchées du front Ouest, il est plongé dans l’une des plus effroyables batailles livrées par les troupes de la Couronne britannique Passchendaele (août – novembre 1917) ou troisième bataille d’Ypres, qui coûta la vie à 250.000 soldats britanniques, néo-zélandais et australiens. David Gallaher tombe le 4 octobre 1917, à l’âge de 44 ans. Douze autres joueurs des All Blacks sont morts durant la Première Guerre mondiale, dont neuf sur le sol français. Aujourd’hui, le trophée Dave Gallaher est remis au terme des rencontres entre les équipes de rugby de France et de Nouvelles-Zélande.
Douglas Grant – Australie (1885–1951)
Douglas Grant, de son vrai nom Poppin Jerri, fut recueilli à 2 ans, en 1887 par le directeur du Musée de Sydney, après le massacre de ses parents par des colons. II est l’un des 300 Aborigènes à servir dans l’armée australienne durant la Première Guerre mondiale, une démarche loin d’être aisée dans une société alors profondément raciste à l’égard des autochtones. II rejoint le front français en août 1916. Douglas Grant est fait prisonnier à Bullecourt, le 11 avril 1917, au cours de la bataille d’Arras qui fit près de 150.000 soldats alliés tués, blessés ou disparus. Prisonnier de guerre en Allemagne, il devient responsable du bureau britannique de la Croix-Rouge au sein de son camp. Douglas Grant fascine les autorités allemandes et les anthropologues étonnés par ses origines aborigènes associées à une arfaite éducation très britannique. Devenu un symbole national pour les droits des Aborigènes, Douglas Grant repose depuis 1951, à Sydney.