Dans le cadre de notre nouvelle série « Patrimonialement vôtre » publiée sur nos réseaux sociaux (Instagram, X, LinkedIn et Facebook), nous revenons chaque mois sur 125 ans de combats pour le patrimoine. La source du Lison est la première publication de cette série.
À la Belle époque … un site naturel exceptionnel en danger
Dans le département du Doubs, la source du Lison, appelée aussi la reculée du Lison, est un site naturel situé dans le massif du Jura et la deuxième résurgence du Doubs. Une reculée est une « vallée échancrant le rebord d’un plateau calcaire (Jura, Languedoc, etc.) et se terminant brutalement vers l’amont en « bout du monde » (définition du Larousse).
À la fin du XIXe siècle, la spectaculaire source du Lison, immortalisée par le peintre Gustave Courbet, a pourtant bien failli disparaître à tout jamais. En effet, en 1899, un industriel, propriétaire d’un moulin à proximité, avait pour projet de capter l’eau de la source pour installer une turbine hydroélectrique en lieu et place de la cascade. Les habitants de Nans-sous-Sainte-Anne se mobilisèrent pour sauver la source, dont la commune était d’ailleurs propriétaire, et firent appel à leur député, Charles Beauquier, afin de porter l’affaire en justice.
La création de la SPPF et la source sauvée
C’est dans ce contexte que Charles Beauquier, avec les poètes Jean Lahore et Sully Prud’homme, créa en 1901 la Société pour la Protection des Paysages de France (SPPF) dont il sera président jusqu’en 1916.
Lors des deux procès, il prit fait et cause pour les habitants opposés au propriétaire du moulin. Ils obtinrent gain de cause en 1902. Le projet fut abandonné et la source sauvée. C’était la première victoire de la SPPF.
La révolution industrielle, les progrès techniques et les paysages affectés
Au XIXe siècle, la révolution industrielle changea profondément la société grâce aux progrès techniques. Même si des voix s’élevèrent pour alerter sur la menace pesant sur l’environnement, il fallut attendre le début du XXe pour qu’il y ait une vraie prise de conscience des conséquences de l’industrialisation qui abîmait et tendait à modifier profondément les paysages. La pollution générée par l’utilisation massive des énergies fossiles, particulièrement le charbon, affectait la santé et les milieux naturels.
La loi Beauquier
Afin d’inscrire cette victoire du Lison dans le marbre et désireux de sauvegarder l’harmonie esthétique des paysages, Charles Beauquier, député du Doubs, sera à l’origine de la première loi de protection de l’environnement – dite « Loi Beauquier », adoptée le 21 avril 1906, organisant la protection des sites et monuments naturels de caractère artistique. A la tribune de l’Assemblée nationale, le jour du vote, il déclara : « Défendons notre sol de France pied à pied, buisson par buisson, rocher par rocher, contre les laideurs industrielles ».
Ainsi, la loi créa dans chaque département une commission des sites et monuments naturels de caractère artistique chargée d’en dresser un inventaire en vue de leur protection et de leur classement.
C’est grâce à cette loi que le 2 mai 1912, le site de la source du Lison fut classé.
Modifiée en 1930, la loi Beauquier est toujours en vigueur et continue de protéger les plus beaux paysages de France.
De la SPPF à Sites & Monuments : 125 ans de défense du patrimoine et des paysages
Avec la contribution de Charles Beauquier, la SPPF devient une association pionnière de la défense des paysages, des sites naturels et donc de la reconnaissance de la valeur patrimoniale naturelle.
Pour rappel : La Société pour la Protection des Paysages de France (SPPF) fusionne en 1955 avec la Société pour la Défense de l’esthétique générale de la France (SDEGF) : elle prend alors le nom de Société pour la Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France (SPPEF). Depuis 2011, elle a progressivement pris comme nom d’usage celui de sa revue : Sites & Monuments, dénomination actée par les nouveaux statuts en 2022.