Voltige

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Dans cette chronique sur Radio Notre-Dame du 25 mars 2026, Florence Gros, directrice de la Fondation OCH, revient sur le spectacle Voltige de Dorine Bourneton, que l’on peut voir au théâtre depuis plusieurs semaines.

Pierre-Hugues : Vous souhaitez nous parler d’une femme dont le destin a radicalement changé après un accident.

Connaissez-vous Dorine Bourneton, la première pilote paraplégique ? Dorine est initiée à l’aviation dès son plus jeune âge par son père, un pilote amateur. Elle fait son premier vol à l’âge de 15 ans et alors qu’elle n’a que 16 ans, elle est victime d’un crash d’avion. A cause de très mauvaises conditions météorologiques, l’avion de tourisme à bord duquel elle a pris place comme passagère s’écrase. Elle est seule rescapée et secourue après 12 heures de recherches mais ses graves blessures la privent définitivement de l’usage de ses jambes. Nous sommes alors en 1991.  Débute pour elle une longue et belle histoire faite de combats, de défis, d’amour pour la vie et de succès pour atteindre son rêve : devenir pilote … 

Pierre-Hugues : Devenir pilote, après un accident d’avion, c’est audacieux et peu commun.

De l’audace, Dorine en regorge et son histoire est en effet hors du commun. Elle la raconte et la joue, en ce moment à Paris, au théâtre du Montparnasse dans son spectacle Voltige. Dorine est depuis plusieurs années conférencière auprès d’entreprises ou d’écoles. Peut-être l’avez-vous déjà entendue ? Elle y partage les clés qui l’ont aidée à se reconstruire après son accident. Si ses conférences ne laissent pas indifférents, son spectacle nous transporte dans un voyage intérieur qui transmet un élan de vie incroyable. Elle y témoigne d’un double combat : se faire une place comme femme et se faire un nom comme personne handicapée ; tout cela dans le milieu de l’aviation. Après son accident, c’est en s’imaginant voler au côté d’Adrienne Bolland, une pionnière de l’aviation, qu’elle trouve cette énergie et ce désir de liberté qui vont lui permettre de repousser ses limites. Dorine va devenir ainsi la première femme paraplégique, pilote, puis pilote de voltige après avoir défendu la professionnalisation des pilotes handicapés.  

Pierre-Hugues : Qu’avez-vous particulièrement apprécié dans ce spectacle ?

La vérité et la profondeur de son témoignage. Le spectacle Voltige est poétique avec une mise en scène pleine de trouvailles et un témoignage poignant. La scène devient une vague, une piste d’envol, un avion… A la fin, vous applaudissez à la fois la performance de l’artiste sur scène et la vie de la personne. Tout au long du spectacle, Dorine nous fait passer par diverses émotions. Elle nous invite à rire devant l’absurdité de certaines situations comme le miroir d’une chambre PMR dans lequel elle ne peut se regarder car placé trop haut. Elle partage aussi sa colère et son amertume quand elle ne se sent pas entendue ou comprise. Avec humilité, elle rapporte des moments de vie très concrets. Notamment un passage dans un bain où elle laisse ses jambes, privées de toute sensation, être brûlées par l’eau trop chaude. On imagine là sa détresse, son découragement. Elle parle aussi avec beaucoup de simplicité de son désir d’être aimée et d’aimer. Comme elle le dit dans son spectacle, « oui je suis en fauteuil mais ce ne sont pas des jambes qui vont m’emmerder ». Elle choisit de se dépasser pour vivre pleinement sa vie, et elle le fait avec brio. Elle incarne assez bien une prière de Sainte Thérèse de Calcutta : La vie est beauté, admire-la ; la vie est un rêve, réalise-le ; la vie est un défi, relève-le ; la vie est un combat, accepte-le ; la vie est une aventure, ose-la ; la vie est bonheur, mérite-le… Dorine mérite vraiment les applaudissements chaque soir de représentation. Allez voir son spectacle !

Chronique de Florence Gros sur RND – 25 mars 2026

Coordonnées
Maxime Jaly