En 1988, Éliane Baracetti devient présidente du Grenoble Relations publiques (GREP) . Elle a 32 ans. Cette nomination, bien plus qu’un simple changement de direction, marque un tournant symbolique : celui d’un secteur de la communication longtemps masculin, qui commence à s’ouvrir largement aux femmes.
Alors que Com2Grenoble s’apprête à fêter ses 60 ans en 2027, cette étape rappelle à quel point l’histoire du club reflète les mutations de toute une profession.
Du GREP à la communication : un métier qui se réinvente
Créé à la fin des années 1960, le GREP rassemblait alors des cadres issus de l’industrie grenobloise. Les relations publiques y étaient perçues comme une fonction plutôt institutionnelle, hiérarchisée, et très masculine. Mais entre les années 1970 et 1988, le secteur se transforme en profondeur. On passe progressivement des « relations publiques » à une « communication » plus stratégique, plus proche du marketing, ce qui ouvre la voie à de nouveaux profils et de nouvelles façons de travailler.
Avec la démocratisation des études supérieures et l’essor du tertiaire, les compétences recherchées évoluent : le marketing, la rédaction, la médiation culturelle prennent de l’importance. La profession s’ouvre, et de nouvelles voix font leur entrée.
Éliane Baracetti : un symbole au bon moment
Éliane Baracetti arrive justement à la tête du GREP alors que ce basculement est en cours. Elle incarne une nouvelle génération : formée aux enjeux modernes de la communication, elle porte une vision moins rigide, moins institutionnelle du métier. La presse locale la présente d’ailleurs, en octobre 1988, comme une jeune présidente investie à la fois dans la communication et dans la vie culturelle locale.
Sa nomination est significative à plus d’un titre : elle rompt avec le profil type des dirigeants du club (en termes d’âge et de genre) ; elle représente l’arrivée d’une génération formée à de nouvelles pratiques ; et elle fait d’une femme une actrice légitime des relations publiques dans un environnement local prestigieux, aux côtés des structures culturelles, des collectivités et des entreprises émergentes.
Son parcours ensuite ne fait que confirmer cette cohérence. Secrétaire générale de la Maison de la culture de Grenoble dans les années 1990, directrice de La Rampe à Échirolles, adjointe à la culture à Grenoble, puis directrice du Grand Angle à Voiron jusqu’à sa retraite : Éliane Baracetti a traversé quatre décennies à la croisée de la communication et de la culture publique, sans jamais cesser de s’engager. Cette grande figure de la culture en Isère est décédée en 2020.
Les chiffres de la transformation
Quarante ans plus tard, le paysage a radicalement changé. Aujourd’hui, les femmes représentent environ 60 % des professionnels de la communication en France. Dans le journalisme, elles constituent plus de la moitié des nouveaux entrants. Et depuis les années 2000, les formations en communication accueillent une majorité d’étudiantes.
Ce que le GREP des années 1980 pressentait à peine est devenu la norme. Rappel des évolutions :
- Années 1980 : le secteur commence à se féminiser avec l’arrivée massive des femmes dans l’enseignement supérieur.
- Années 1990 : la bascule s’opère. Les femmes deviennent majoritaires dans les formations et parmi les nouveaux entrants.
- Aujourd’hui : la communication est l’un des secteurs les plus féminisés de l’économie, avec généralement entre 65 % et 75 % de femmes selon les spécialités.
Données récentes et paradoxes (2020-2025)
Si les études récentes confirment cette majorité féminine, elles pointent aussi un « plafond de verre » qui résiste :
- Les femmes sont très présentes, souvent plus de 60 % dans la communication et les industries culturelles (études Ministère de la Culture – Chiffres clés de la communication 2024 et INSEE)
- En agence, elles peuvent représenter jusqu’à 70 % des équipes créatives ou en relations publiques. (études sectorielles Syntec Conseil / Udecam)
- Mais leur part chute brutalement dans les comités de direction et aux postes de directeurs généraux, où elles peinent souvent à dépasser 30 à 40 %.
Cette progression n’est pas un hasard. Les femmes ont investi un secteur qui valorise des compétences qu’on leur a longtemps longtemps stéréotypées comme féminines : l’écoute, la relation, la clarté dans la communication. Des qualités qui sont devenues stratégiques pour les organisations. Pourtant, comme le soulignent des chercheuses telles que Marlène Coulomb-Gully ou Sylvie Damian-Gaillard, la féminisation des effectifs ne s’est pas traduite par une égalité dans l’accès aux postes de direction. Les métiers techniques (data, IA) restent majoritairement masculins, et des inégalités salariales ou symboliques persistent.
L’exemple d’Éliane Baracetti reste à la fois un signal d’ouverture et une exception dont il faut mesurer la portée.
Quand le nom change, le métier aussi
Les différentes dénominations adoptées par Com2Grenoble au fil du temps racontent plus qu’une simple stratégie de communication : elles illustrent la métamorphose du secteur. Chaque changement de nom, des relations publiques à la communication globale, puis numérique et stratégique, marque un redéploiement des priorités, une ouverture à de nouveaux acteurs, et une évolution des identités professionnelles.
La féminisation y a pleinement participé, renouvelant les pratiques, les réseaux et les sujets portés par le club, comme l’événementiel culturel, la médiation ou les enjeux sociaux.
Une transformation durable
Trente-neuf ans après la nomination d’Éliane Baracetti, la féminisation des métiers de la communication reste l’une des transformations majeures du secteur. Elle a changé les effectifs, les méthodes, les valeurs.
En célébrant ses 60 ans, Com2Grenoble célèbre aussi cette évolution : celle d’un club né dans un univers d’hommes de l’industrie, qui s’est peu à peu ouvert à une génération plus diverse, plus innovante, et résolument tournée vers l’avenir.
Pour aller plus loin :
- Données statistiques et rapports institutionnels
- AACC & Observatoire des métiers de la communication. (2024). Baromètre de l’emploi en agences de communication : Mixité et parité. https://www.aacc.fr/economie-du-secteur
- Afdas / Observatoire des métiers. (2023). Étude prospective sur les compétences et l’emploi dans la communication et la publicité. https://www.afdas.com/observatoire/etudes-par-branche/communication
- INSEE (2024, 27 février). Répartition des personnes en emploi par sexe et catégorie socioprofessionnelle (Données annuelles 2023). https://www.insee.fr/fr/statistiques/2489222
- Ministère de la Culture. (2023). Chiffres clés de la culture et de la communication 2023 : Diversité et parité dans les secteurs culturels. https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-de-synthese/Chiffres-cles-de-la-culture-et-de-la-communication
2. Articles de revues scientifiques
- Dupré, D., & Lépine, V. (2023). Les enjeux du genre dans les pratiques professionnelles des communicant·es : quelles avancées ? Questions de communication, (43), 213-234.
- Pélissier, N., & Marti, M. (Dir.). (2021). Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles en communication ? Communication & professionnalisation, (12).
3. Entretiens et ressources professionnelles
- Buch, E. (s.d.). Les relations presse, un monde de femmes ? [Interview par Cision]. Com’On Leaders.
- Coulomb-Gully, M. (2026, 11 février). Femmes, sciences et médias. [Entretien]. Revue Miroir, Université Toulouse Jean Jaurès.
Texte et visuel : ©Bouchra Benteta