Mis à jour le 22/05/2026
Enseignante-chercheuse en mathématiques appliquées au sein de l’équipe-projet Astral, Marie Chavent développe des méthodes d’analyse de données utilisées dans des domaines aussi variés que l’écotoxicologie, l’agroalimentaire ou encore la finance. Entre transmission, recherche et résilience, elle incarne un parcours où les opportunités se saisissent autant qu’elles se construisent.
"Elles font le numérique" est une série qui met en lumière les parcours et les réalisations de femmes scientifiques dont les recherches en sciences du numérique façonnent notre avenir. Pour ce 18e numéro nous avons échangé avec Marie Chavent, professeure de l’université de Bordeaux en mathématiques appliquées. Découvrez son parcours, ses projets et sa vision de la place des femmes dans la recherche.
Histoire et parcours
Pourrais-tu nous retracer ton parcours ?
J’ai fait mes études supérieures en région parisienne, avec une licence puis un master en mathématiques appliquées à l’Université Paris-Dauphine. En deuxième année de master, un peu par hasard, un enseignant m’a proposé un stage orienté recherche chez Inria, étant lui-même impliqué dans une équipe-projet. J’ai donc fait ce stage puis on m’a proposé de continuer en doctorat. Pendant trois ans, j’ai réalisé une thèse en analyse de données multidimensionnelles, entre l’Université Paris-Dauphine et Inria.
Après ma thèse, j’ai candidaté à des postes d’enseignante-chercheuse, et j’ai eu rapidement un poste de maîtresse de conférences à Bordeaux.
Mes débuts ont été un peu atypiques : j’étais en IUT, dans un département où il n’y avait pas vraiment de mathématiques. En parallèle, j’étais accueillie à l’Institut de mathématiques de Bordeaux pour poursuivre mes recherches. Ensuite, j’ai obtenu une mutation vers une UFR de mathématiques, puis plus tard l’équipe-projet Astral chez Inria, au moment de sa création (l’équipe s’appelait alors à l’époque CQFD).
Rejoindre le monde de la recherche a toujours été une évidence au cours de ton parcours ?
Non, pas du tout. J’avais fait un master en statistiques, mais je ne me projetais pas spécialement dans la recherche. Je me voyais plutôt travailler dans un institut public, comme Eurostat par exemple.
Faire de la recherche s’est fait un peu par hasard, au fil des opportunités. Si on ne m’avait pas proposé ce stage, je n’aurais probablement pas suivi ce chemin je pense !
Est-ce que la recherche est aujourd’hui une passion ?
Je suis avant tout enseignante-chercheuse, et je ne me verrais pas faire uniquement de la recherche. J’aime beaucoup enseigner. C’est différent, on a un retour direct, on voit à quoi ça sert, on forme des étudiants… et j’aime ce contact avec les jeunes.
Mon métier est assez diversifié, même si ça veut aussi dire qu’on a parfois moins de temps pour la recherche, entre l’enseignement et les responsabilités administratives. Dans une carrière, il y a des périodes où on fait plus de recherche, d’autres plus d’enseignement. Ça évolue.
Recherche et ambition
Peux-tu nous parler plus précisément de tes travaux de recherche au sein d’Astral ?
Je fais des mathématiques appliquées, plus précisément des statistiques, et aujourd’hui on parlerait plutôt de science des données ou de machine learning. Mon cœur de métier, c’est de développer des méthodes et des algorithmes pour répondre à des problèmes concrets.
Je ne suis pas spécialisée dans un type de données ou un domaine particulier. Au contraire, je développe des méthodes suffisamment génériques pour pouvoir être utilisées dans différents contextes.
Je collabore avec des chercheurs dans des domaines très variés : par exemple en comptabilité financière, en écotoxicologie, ou encore sur des données liées aux plantes ou aux poissons.
L’idée, c’est de proposer des outils qui peuvent servir à plusieurs communautés, avec des implémentations informatiques que je mets à disposition.
Quel impact souhaites-tu avoir à travers tes travaux de recherche ?
Je pense que le principal impact que je souhaite avoir, c’est que les méthodes que je développe soient utilisées. Et c’est le cas : je le vois notamment à travers les citations de mes articles, qui sont repris dans des domaines très différents, dans différents pays.
C’est ça qui est important pour moi : que mes recherches servent réellement ! Et j’en suis très fière.
Parité et inclusion
Quelle est ta vision de la place des femmes dans ces disciplines ?
Au sein des mathématiques appliquées, les femmes sont clairement sous-représentées ! Dans mon équipe par exemple, je suis la seule femme. Pour moi, c’est important d’avoir de la diversité (dans toutes ses formes !). Les femmes et les hommes peuvent avoir des approches et des sensibilités différentes, et c’est complémentaire. Ça permet une ouverture, et c’est primordial dans le travail scientifique.
En dehors de la recherche
As-tu une philosophie ou un mantra dans la vie ?
Je dirais que ce qui me caractérise, c’est la résilience.
J’ai connu des échecs, mais ça ne m’a jamais empêchée de continuer. J’ai toujours gardé ma ligne de conduite, en faisant des choix qui me correspondaient. Et au final, ça m’a permis d’avoir aussi des réussites.
Pour terminer, est-ce qu’il y a un conseil que tu voudrais partager avec les prochaines générations, notamment avec les lycéennes ou étudiantes en plein questionnement d’orientation scolaire ?
Je leur dirai qu’il ne faut pas hésiter à se projeter, à aller rencontrer des personnes pour comprendre les métiers.
Et surtout, il faut savoir saisir les opportunités. On peut échouer et ce n’est pas grave : l’important c’est de continuer, poursuivre son chemin sans se fermer de portes.
Il faut aussi se faire confiance. On peut faire des choses intéressantes, même sans un parcours académique "parfait".