La fonction anticipation stratégique et prospective au ministère des armées

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La fonction anticipation stratégique et prospective (ASP) doit permettre au ministère des armées et des anciens combattants de mieux préparer la nation aux conflits futurs et à leur caractère hybride. Cette fonction, qui n’avait pas encore fait l’objet d’un contrôle de la Cour, a été consacrée par les derniers livres blancs sur la défense et la sécurité nationale ainsi que par la revue stratégique de 2017. Relancée depuis 2022, cette fonction porte sur des enjeux variés, modèle d’armée, programmes d’armement, emploi des forces, analyse géopolitique ou extension des domaines de conflictualité. Le rapport de la Cour relève que, malgré cette nouvelle dynamique, la fonction ASP peut encore gagner en cohérence dans son pilotage, s’appuyer davantage sur des acteurs externes au ministère et être mieux articulée au niveau interministériel, notamment par un renforcement du rôle du Secrétaire général pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN).

La Cour relève plusieurs observations :

  • Depuis 2022, la fonction ASP est portée au plus haut niveau au sein du ministère et s’est traduite par plusieurs réorganisations, notamment à l’état-major des armées et à la direction générale de l’armement. La Cour relève toutefois que cette dynamique peut encore gagner en cohérence dans son pilotage.
     
  • La complexité de cette fonction tient à la diversité des acteurs qui y contribuent et aux finalités différentes qu’ils poursuivent. Cette diversité conduit à des définitions de l’anticipation stratégique et de la prospective qui ne sont pas pleinement partagées. Cette complexité se traduit par un foisonnement d’instances, qui s’écarte de la comitologie initialement prévue pour piloter la fonction. La Cour relève également une profusion de livrables de natures variées, sans que leur impact sur la qualité de la fonction ASP et sur les arbitrages qui en découlent puisse toujours être apprécié, en dépit des ressources humaines mobilisées.
     
  • La comparaison internationale avec les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède met en évidence la faiblesse relative du modèle français, qui s’appuie encore trop peu sur des ressources externes au ministère, notamment les think tanks et la recherche académique. L’effort de structuration de cet écosystème peine à se mettre en place, pour des raisons budgétaires mais aussi en raison d’un intérêt encore limité des universités pour ces sujets.
     
  • La capacité à explorer pleinement le champ des possibles peut également être limitée par des contraintes internes. Certains champs de l’ASP demeurent en outre insuffisamment investis, notamment la dimension internationale et interministérielle.
     

La Cour souligne la difficulté inhérente à l’exercice d’anticipation stratégique et prospective, dont l’efficacité ne peut pleinement s’apprécier qu’a posteriori. Elle estime néanmoins que le rôle du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale doit être renforcé afin de mobiliser l’ensemble des ministères concernés par les enjeux de défense et de sécurité nationale. Elle considère également qu’un document cadre prospectif, révisé à échéances régulières et prenant appui sur la revue nationale stratégique, permettrait de mieux structurer la démarche d’ASP de défense.

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