L’homme face à la machine, la leçon du pape Léon XIV

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Pierre-Hugues : Notre Pape Léon XIV vient de sortir une belle et longue lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle Magnifica Humanitas (humanité magnifique), comment la Fondation OCH réagit-elle à ce texte ? En quoi cette encyclique change-t-elle le regard de l’Eglise sur le handicap et la vulnérabilité ?

C’est intéressant de voir que ce texte a fait immédiatement la une des journaux bien au-delà des médias chrétiens parce qu’il critique les dérives de l’intelligence artificielle et que, surtout, il apporte une réflexion essentielle sur ce qui définit notre humanité : la vulnérabilité, la limite et, par extension, la place des personnes handicapées dans notre société. On ne parle plus seulement d’inclusion sociale, de charité ou de droit. Le pape affirme une vérité qui peut bousculer certaines mentalités : « C’est à travers nos limites que l’être humain peut pleinement s’épanouir ». Pour lui, une humanité qui chercherait à éliminer toute imperfection physique ou mentale ne serait plus une humanité magnifique, mais une humanité robotisée. L’encyclique rappelle que nos fragilités sont le point de départ de la relation humaine. C’est parce que nous sommes limités et dépendants des autres que naissent la compassion, l’entraide, l’amour véritable.

Pierre-Hugues : Comment le pape parle-t-il du transhumanisme ?

Le transhumanisme prône l’usage des sciences et des technologies pour améliorer les capacités humaines et éliminer la souffrance ou le handicap. Cela peut être une aide véritable mais, face à cela, le pape lance un avertissement et dénonce une forme de « techno-eugénisme » feutré. Il explique que la volonté obsessionnelle de réparer ou de rendre parfait l’être humain cache en réalité un mépris profond pour ceux qui ne rentrent pas dans les standards de la rentabilité économique ou de l’harmonie esthétique.  En voulant créer un homme augmenté, on prend le risque de déshumaniser la société. Le texte souligne le danger d’une fracture anthropologique majeure : si la valeur d’une vie se mesure à l’aune de ses performances ou de ses puces de silicium, que restera-t-il pour protéger les plus vulnérables ? L’encyclique réaffirme la dignité intrinsèque, inaltérable et absolue de chaque personne, indépendamment de ses capacités physiques ou cognitives.

Pierre-Hugues : Comment l’encyclique propose-t-elle de construire une société plus juste à l’ère de l’intelligence artificielle ?

Vous avez raison Pierre-Hugues de préciser, par votre question, que Léon XIV ne se contente pas de critiquer, il propose une feuille de route pour une écologie humaine intégrale, ce dont l’OCH est convaincu. Il appelle à placer les personnes en situation de vulnérabilité au centre, et non plus à la périphérie de nos décisions politiques, économiques, sociales, ecclésiales … L’intelligence artificielle doit être un outil au service de la communion, pas de la sélection. Le pape demande aux scientifiques et aux législateurs de concevoir des technologies qui soutiennent l’autonomie sans jamais chercher à remplacer le lien humain. En conclusion, on pourrait dire qu’une société juste, selon Magnifica Humanitas, est une société qui accepte de ralentir son rythme pour que personne ne reste sur le bord du chemin. Les personnes handicapées sont les gardiennes de notre sensibilité en comparaison à la froideur des algorithmes. Notre grandeur ne réside pas dans notre capacité à singer les machines par une perfection stérile, mais dans notre aptitude à aimer, à protéger et à honorer la beauté de notre propre fragilité

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Maxime Jaly