MLI 002 / 0626 / OBS 032
Harcèlement administratif /
Intimidation
Mali
25 juin 2026
L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, un partenariat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vous prie d’intervenir de toute urgence concernant la situation suivante au Mali.
Description de la situation :
L’Observatoire a été informé du harcèlement administratif à l’encontre de M. Malick Konaté, journaliste, reporter d’images pour divers médias internationaux et directeur de la chaîne d’information en ligne Horon TV et défenseur des droits humains, ainsi que de Mme Kadidia Fofana, militante et ancienne conseillère municipale, qui plaide pour la restauration de la démocratie au Mali, ainsi que pour les droits des femmes et des enfants.
Le 18 juin 2026, le ministre d’État malien chargé de l’Économie et des Finances, M. Alousséni Sanou, a signé l’arrêté n°2026-1409/MEF-SG portant inscription de douze personnes physiques, dont M. Malick Konaté et Mme Kadidia Fofana, sur la liste nationale des sanctions financières ciblées, pour une période de six mois renouvelables. L’arrêté prévoit le gel immédiat de l’intégralité de leurs biens et ressources économiques. Pris sur le fondement de l’Ordonnance n°2024-011/PT-RM du 30 août 2024 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, l’arrêté retient à l’encontre des douze personnes inscrites, dont les deux défenseur·es, des motifs identiques : « soutien manifeste au JNIM et au FLA », « promotion et apologie du terrorisme », « association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes » et « facilitation de la perpétration d’actes terroristes ».
M. Malick Konaté s’était publiquement exprimé sur l’état du pays depuis la prise de pouvoir par les militaires, en dénonçant la corruption et les violations des droits humains au Mali. Menacé de mort et contraint à l’exil depuis fin 2022, M. Konaté réside hors du Mali. Mme Kadidia Fofana est depuis 2018 présidente du collectif Les Amazones, un collectif d’organisations qui lutte contre les violences sexuelles et basées sur le genre (VSBG) au Mali. Elle a dû quitter le Mali en septembre 2023 en raison des injures, du harcèlement et des menaces d’arrestation dont elle faisait l’objet de la part des autorités maliennes.
L’Observatoire rappelle que ces sanctions s’inscrivent dans un contexte de rétrécissement systématique de l’espace civique et démocratique documenté depuis le coup d’État du 18 août 2020 et celui du 24 mai 2021. Les défenseur·es des droits humains, journalistes, opposant·es politiques et acteur·ices de la société civile font l’objet d’une recrudescence d’attaques et de mesures restrictives de la part des autorités militaires maliennes, dans le but de les réduire au silence et d’entraver leurs activités. L’utilisation de l’outil de gel administratif des avoirs — initialement conçu pour cibler des flux de financement du terrorisme — pour sanctionner des journalistes et des militant·es dont l’activité est publique, pacifique et relevant de l’exercice de leurs droits fondamentaux, représente un détournement grave et préoccupant de cet instrument. Déjà en mai 2026, la liste nationale de sanctions financières ciblées avait été élargie pour inclure le Dr Etienne Fakaba Sissoko, économiste et professeur de l’Université des sciences sociales et de gestion de Bamako, victime de harcèlement judiciaire pour ses prises de position critiques sur la gestion du pays et ses appels au retour à l’ordre constitutionnel au Mali.
L’Observatoire rappelle également que le gel des avoirs prononcé par voie administrative sans décision judiciaire préalable, sans notification individuelle, sans exposé de motifs circonstanciés et sans voie de recours effective, est incompatible avec les garanties du droit à un procès équitable et du droit à un recours effectif. De même, qualifier des actes journalistiques, des prises de parole publiques ou un militantisme pacifique de « facilitation d’actes terroristes » sans preuves concrètes, individualisées et contrôlables, dans le respect du principe de légalité et des garanties procédurales, constitue une atteinte directe aux libertés d’expression, d’association, d’opinion et de la presse. L’Observatoire appelle ainsi les autorités militaires au pouvoir au Mali à respecter les articles 14, 15 et 17 de la Constitution malienne et la Loi n° 2018-003 relative aux défenseurs des droits de l’homme ainsi que les obligations internationales auxquelles le Mali est partie, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (articles 2(3), 14, 19 et 22) et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples (articles 7, 9, 10, 11 et 14).
L’Observatoire condamne fermement l’inscription de M. Malick Konaté et de Mme Kadidia Fofana sur la liste nationale des sanctions financières ciblées, qui semble uniquement viser à sanctionner leurs activités légitimes de défense des droits humains et appelle les autorités maliennes à lever immédiatement les sanctions financières prononcées à leur encontre, ainsi qu’à mettre fin à toute forme de harcèlement à l’encontre des défenseur·es des droits humains et journalistes au Mali.
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités maliennes en leur demandant de :
– Lever immédiatement les sanctions financières imposées à M. Malick Konaté et à Mme Kadidia Fofana, ainsi qu’à toutes les personnes visées sur la seule base de leurs activités journalistiques, ou de défenseur·es des droits humains ;
– Garantir que toute mesure de gel des avoirs repose sur des preuves concrètes, individualisées et contrôlables, dans le respect du principe de légalité et des garanties procédurales ;
– Mettre en place des mécanismes de recours accessibles, indépendants et effectifs pour les personnes inscrites sur la liste nationale des sanctions financières ciblées ;
– Mettre fin au harcèlement judiciaire, administratif et financier contre les défenseur·es des droits humains, journalistes et membres de la société civile ;
– Respecter et protéger le droit à la liberté d’expression, d’association, d’opinion et de la presse, ainsi que les garanties du droit à un procès équitable et à un recours effectif, conformément aux obligations internationales auxquelles le Mali est parti.
Adresses :
• Colonel Assimi Goita, Président de la Transition au Mali, Email : presidencemali@koulouba.ml, X : @GoitaAssimi, @PresidenceMali
• Abdoulaye Maiga, Premier Ministre du Mali, Email : contact@primature.gouv.ml, abkone79@yahoo.fr, X : @Gal_Abd_Maiga
• Mahamadou Kassogué, Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme ; Garde des Sceaux, Email : pegnin@yahoo.fr
• Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale du Mali, Email : maeci.courrier@diplomatie.gouv.ml, X : @AbdoulayeDiop8
• Commission Nationale des droits humains du Mali, Email : cndhmali@yahoo.fr, X : @MaliCndh
• Mission permanente de la République du Mali auprès du Royaume de Belgique, des Pays-Bas, du Grand-Duché de Luxembourg, du Royaume-Uni et Représentation permanente auprès de l’Union européenne et du Groupe Afrique Caraïbes et Pacifique, Belgique, Email : info@amba-mali.be
• Abdoulaye Tounkara, Ambassadeur, Mission permanente de la République du Mali auprès de l’Office des Nations Unies et des autres organisations internationales à Genève, Email : info@missionmali.ch
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques du Mali dans vos pays respectifs.
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Paris, Genève, le 25 Juin 2026
Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet appel.
L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseur·es des droits humains victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et l’OMCT sont membres de ProtectDefenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseur·es des droits humains mis en œuvre par la société civile internationale.
Pour contacter l’Observatoire, appeler La Ligne d’Urgence :
· E-mail : alert@observatoryfordefenders.org
· Tel FIDH : +33 1 43 55 25 18
· Tel OMCT : + 41 22 809 49 39