The Father de Florian Zeller, ou le film d'un terrible huis clos familial ! - CulturAdvisor

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Premier film de Florian Zeller, dont le scénario est tiré de sa pièce de théâtre, The Father a remporté des récompenses ; en veux tu, en voilà. Sur le thème de la perte de la réalité par un vieil homme atteint de troubles profonds, le scénario va jusqu’au bout. Servi par des interprètes hors pairs, ce propos terrible d’une heure quarante se regarde avec intérêt, mais sans passion. The Father de Florian Zeller, avec Anthony Hopkins, Olivia Colman et Mark Gatiss, ou le film d’un terrible huis clos familial !

On est dans un très bel appartement londonien où un homme âgé écoute de l’opéra

Images des pièces bien meublées, de la cuisine, des objets. Et cet homme déambule dans ces pièces avec l’insouciance du quotidien. Une femme entre et le rapport père-fille se déroule devant nous : Anthony, puisqu’il s’appelle comme son interprète Anthony Hopkins, ne reconnaît pas sa fille, lui demande ce qu’elle vient faire chez lui. C’est par des scènes comme celle là que Florian Zeller installe ce qui fait tout l’intérêt du film : où est vraiment la réalité. Parce qu’on apprend assez vite que l’appartement est celui d’Anna, qu’Anthony vit chez elle, même s’il ne l’admet pas. Surtout, que l’appartement change parfois. La cuisine a la même disposition, mais les placards sont anciens, puis modernes lorsqu’Anna y est. Pleins de détails comme celui-là font vaciller les certitudes du spectateur.

The Father de Florian Zeller, avec Anthony Hopkins, Olivia Colman et Mark Gatiss, ou le film d’un terrible huis clos familial !

Le temps, en tout cas la chronologie, n’est pas fiable elle non plus

Un poulet sert de repère. Anna vient de l’acheter, le pose sur la table de la cuisine, le met au four, puis le mange avec son père à table. Mais ces différentes séquences ne sont pas dans l’ordre. Certaines sont vécues deux fois. Parce que la réalité, donc la chronologie, se trouve confrontée à la puissance du vécu totalement subjectif d’Anthony, qui ne fait plus toujours le lien entre les différents éléments. Et les personnages qui gravitent autour du couple père fille sont eux aussi remis en question : mari d’Anna, amant, infirmière de jour, personnel de maison de retraite ? Les dialogues entremêlent tous ces gens pour raconter l’histoire, qui sans doute se déroule dans la tête défaillante d’Anthony, mais qui aussi peut être la réalité. On ne saura pas vraiment tout avec certitude.

The Father de Florian Zeller, avec Anthony Hopkins, Olivia Colman et Mark Gatiss, ou le film d’un terrible huis clos familial !

Un huis clos total

Surtout, que le film n’hésite pas à traiter les personnages « normaux » de la même façon qu’Anthony. Anna, en l’occurrence, à qui la douleur et la fatigue font venir des envies de meurtre. Ou son amant, qui rudoie Anthony et devient à ses yeux un membre du personnel de la maison de retraite. Ces « jeux » de rôles font la force du récit. Qui finit mal, bien sûr. Mais qui montre très bien la douleur de ces gens chez qui la perte de réalité n’est pas tout à fait constante, et qui vivent donc des moments de conscience extrêmement douloureux.

Ce huis clos total ne tient que par l’éblouissant jeu des deux acteurs, Hopkins bien sûr, mais Olivia Colman aussi, expressive avec peu, émouvante. On sent le théâtre derrière, même si les images très soignées déroulent un cinéma élégant, qui décrit minutieusement l’enfermement d’un homme dans son propre monde. Ce qu’au fond tout le monde redoute le plus, autant pour soi que pour les proches. D’où une obligatoire distance.

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Par Bernard Cassat. MagCentre.

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