Célébration du 82e anniversaire de la libération de Dinard

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Au programme : allocution du Maire de Dinard Arnaud Salmon, ravivage de la flamme, dépôt de gerbes au pied du monument aux morts et exécution des hymnes nationaux (Grande-Bretagne, Etats-Unis, France) par l’École de musique Maurice Ravel de Dinard et chantés par Julie Fauvel.

L’école de musique Maurice Ravel a encore une fois offert au public un remarquable moment rempli d’émotions : bravo les artistes !

Après la cérémonie, un vin d’honneur était offert par la municipalité au sein du square Jean Moulin.

Discours d’Arnaud Salmon :

Quand commence le débarquement le 6 juin 1944, il y a presque 4 années que les Allemands, arrivés le 17 juin 1940, occupent Dinard.

4 années de privations et d’abus, pendant lesquelles notre beau pays a sombré dans la barbarie nazie. 4 années placées sous le signe de la peur, de la violence et des privations de liberté.

En parallèle de l’occupation, la résistance heureusement s’installe. D’abord à l’appel du général de Gaulle, avec les forces françaises libres pour combattre avec les alliés, puis les forces françaises combattantes et les forces françaises de l’intérieur chargées en France même de renseigner sur l’occupant, participer à l’évasion des aviateurs alliés abattus, préparer le débarquement et la reprise du combat sur le territoire national.

Le cercle infernal répression – attentats se met en place et beaucoup de français seront arrêtés, torturés, fusillés ou déportés, y compris des Dinardais. Nombre ne reviendront pas. Certains lieux de la commune en gardent le témoignage : Paul AUDRIN, Georges PIAN, André CHAPRON, Michel RENAUT, Raphaël VEIL. Ce sont les noms de nos dinardais. Ils font partie de notre vie quotidienne et tiennent, à jamais, une place dans nos mémoires. Qu’ils soient, en ce jour de commémoration, remerciés, une fois encore, de leur sacrifice.

La libération se profile quand le général Patton lance 3 forces mobiles pour conquérir le plus rapidement possible la Bretagne, vers les ports militaires d’abord, Lorient et Brest, et le troisième doit longer la côte nord afin de prendre à revers les forces qui tiennent le mur de l’Atlantique.

Le mur de l’Atlantique à Dinard est partie prenante de la zone de défense de Saint-Malo, dont le front fortifié passe au sud de Pleurtuit entre Rance et Frémur. Une première tentative de prendre Saint-Malo par surprise échoue le 5 août. Les Dinardais savent que la libération approche, car les canons allemands de la ville participent aux combats. Les Américains doivent monter une attaque en règle qui sera conduite par la 83e division d’infanterie, renforcée par le 121e régiment d’infanterie qui aura la mission de prendre Dinard.

Le 121e est un régiment quasiment inexpérimenté qui va devoir faire face à un adversaire particulièrement redoutable, le colonel Bacherer qui fait la guerre pratiquement en continue depuis 1939 et qui participe à la retraite de Normandie avec les restes de sa division. Il dispose de surcroît de chars ce dont les Américains ne se doutent pas. Il va leur falloir 6 jours de combat et de nombreux renforcements pour franchir la ligne de défense de Pleurtuit. Le 121 va perdre 400 de soldats, dont 1/3 de tués, lors de ces combats.

Le journal de marche et des opérations du 121e Régiment d’infanterie précise : « le 14 aout 1944 : ça va être l’assaut sur la ville de Dinard. Ayant percé toutes des fortifications permanentes, ce sera l’opération finale de notre mission. Aucun contact avec l’ennemi n’a été signalé par les patrouilles de reconnaissance. L’heure H est fixée à 09h30. »

Le 15 août 1944, Le 2ème bataillon du 330ème régiment d’infanterie américain prend le relais du 331ème et les tanks entrent dans notre Ville, sous la conduite du Lieutenant LEE, lieutenant de la Royal Air Force et sujet britannique demeurant à Dinard qui les conduit depuis Dinan déjà. Le lieutenant LEE, n’est autre que le grand-père de notre ami Hervé Jean, ici présent et, comme chaque année, je le salue chaleureusement ainsi que sa famille.

Les Allemands se sont retranchés dans les fortifications de la côte. L’artillerie américaine canonne la ville depuis 8h30 du matin. Dès 10h30 des Dinardais signalent la présence de soldats américains au boulevard du Villou près du bunker hôpital construit par les Allemands. À 11h les unités à l’ouest de Dinard ont atteint la mer près du port Blanc. À l’est par l’entrée principale, la résistance allemande est plus sérieuse en raison de la présence de plusieurs Bunkers et de blindés.

Doury, 1er adjoint qui remplace le maire arrêté dès le débarquement raconte : « tandis que la commune lutte contre le feu en centre-ville, on voit arriver les soldats américains se postant au coin de chaque rue. Je me porte au-devant d’eux pour les recevoir et leur souhaiter la bienvenue. Je me fais accompagner par Mme de la Mettrie qui étant américaine, à son franc parler avec eux et me présente à l’officier. Vers 15h toute la ville est prise sauf la villa Nahant et la pointe du Moulinet dont le pont d’Émeraude saute, sans qu’il y ait eu à vrai dire des combats de rue, excepté à Saint-Énogat où pour pouvoir venir de la place du calvaire à Michelet il a fallu 4 heures aux Américains. »

Là aussi il y avait des positions fortifiées allemandes. Les derniers occupants se rendront le 15 août après la capitulation du colonel Bacherer, alors qu’il était retranché à la Garde Guérin à Saint-Briac. Des obus tombent encore sur la ville mais ils sont allemands et proviennent des Batteries de Cézembre. Saint-Malo, quant à elle, est libérée le 17 août, et la reddition de Cézembre, pilonnée à partir de la côte d’Émeraude, a lieu le 2 septembre.

La joie est présente sur tous les visages bien sûr mais Dinard va devoir être reconstruite : près de 150 bâtiments ont été détruits par les bombardements et les incendies ; sur les 3000 chambres d’hôtels que comptaient la commune avant-guerre, plus de 1600 sont détruites soit par les bombardements soit par les destructions faites par les Allemands. 13 des plus grands hôtels de la ville sont sinistrés.

En 1948, seuls 2 hôtels auront été reconstruits. En attendant la clientèle touristique d’avant-guerre va rejoindre le sud de la France. Dinard ne retrouvera jamais son faste d’antan.

Le monument aux morts avec les tous les noms de militaires, de résistants, de déportés, de civils tués lors des bombardements imposent un devoir de mémoire. Grâce à eux, grâce à nos libérateurs, grâce à l’ensemble des sacrifices des forces alliées, nous vivons en paix depuis l’armistice du 8 mai 1945. Depuis 81 ans déjà. Et pourtant, un peu partout dans le monde, la guerre est toujours présente, avec son lot de drames et d’injustices notamment pour les populations civiles. Est-ce à dire que l’homme ne veut pas comprendre ? Est-ce à dire que certains d’entre nous n’ont que faire des leçons du passé ? Je vous laisserais juge mais le vœu que je forme en ce jour est que les conflits actuels trouvent enfin une issue et que la paix puisse être rétablie. Car nous sommes peu, ici, à avoir connu la guerre et c’est justement pour cette raison qu’il nous faut insister sur l’importance de cette paix que nous vivons quotidiennement. Je m’adresse à nos amis anciens combattants avec un respect profond. Vous avez connu des guerres, vous l’avez vu de vos propres yeux. La guerre n’est jamais propre, jamais rapide mais toujours terrible.

Il est, ainsi, de notre devoir, citoyens et élus de ne jamais oublier ces sacrifices : ceux des personnes citées sur ce monument mais aussi toutes celles et ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir leurs noms gravés sur un monument français. Pensons aussi à nos militaires présents sur le théâtre de conflits internationaux, pensons à nos pompiers qui ont affronté récemment le feu partout en France au péril, parfois, de leurs vies. Enfin pensons à nos forces de l’ordre qui aident aussi à maintenir la paix au sein de notre territoire français et veille sur votre sécurité pour que vous puissiez jouir, justement, de ce climat paisible. Je leur adresse à toutes et tous ma plus profonde reconnaissance.

Merci à vous d’être présents ce jour et merci de votre engagement au quotidien pour que la paix perdure. Nous sommes fiers, chaque année, de partager ce moment de recueillement avec vous tous.

Vive Dinard libérée, Vive la République et Vive la France !

Coordonnées
Cédric Lirochon