Animateurs en EHPAD : Activités adaptées aux troubles du comportement - DYNSEO - App educative et jeux de mémoire

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Familles & aidants · Troubles du comportement

Un résident se lève pendant l'atelier, tourne autour de la table, cherche une sortie qui n'existe pas. Un autre repousse violemment le matériel qu'on vient de poser devant lui. Une dame, elle, ne dit plus rien depuis des jours et refuse d'entrer dans la salle d'animation. Pour un animateur en EHPAD, ces scènes font partie du quotidien, et elles posent chaque fois la même question : comment proposer des activités adaptées aux troubles du comportement sans forcer, sans aggraver, sans renoncer ? La réponse ne tient pas dans une recette unique. Elle tient dans une manière de regarder, de préparer et d'ajuster.

  • ⏱️ 23 min de lecture
  • 👥 Pour les familles et les aidants
  • 🔄 Mis à jour en septembre 2026

Cet article s'adresse aux animateurs, aux aides-soignants, aux psychomotriciens et aux familles qui participent à la vie de l'établissement. Il ne propose ni protocole médical ni prescription : le diagnostic, le traitement et le pronostic relèvent du médecin coordonnateur et de l'équipe soignante. Il propose autre chose, souvent plus difficile à trouver : une méthode concrète pour concevoir des activités qui tiennent compte du comportement de la personne, pour désamorcer plutôt que contenir, et pour transformer un moment redouté en un moment qui apaise.

L'essentiel en 30 secondes

En EHPAD, les troubles du comportement — agitation, déambulation, agressivité, apathie, anxiété, désinhibition — ne sont pas des caprices : ce sont le plus souvent des tentatives de communication chez une personne qui ne peut plus dire autrement ce qu'elle ressent. L'animateur qui l'a compris change de posture, et souvent le comportement change avec lui.

  • Chercher le sens — derrière un comportement, il y a presque toujours un besoin non satisfait : douleur, peur, ennui, fatigue, envie d'aller aux toilettes, besoin de bouger.
  • Observer avant d'agir — noter quand, où, avec qui, après quoi le comportement survient permet d'anticiper et d'adapter l'activité.
  • Adapter l'activité — la bonne activité, au bon moment, au bon niveau de difficulté, dans le bon environnement, apaise plus sûrement qu'aucune consigne.
  • Approche non médicamenteuse d'abord — la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande de privilégier les approches non médicamenteuses avant tout recours aux psychotropes dans les troubles du comportement liés à la démence.
  • Travailler en équipe — l'animateur observe et transmet ; il ne diagnostique pas. Tout signe nouveau ou inquiétant est signalé à l'équipe soignante et au médecin.

Troubles du comportement en EHPAD : de quoi parle-t-on ?

On regroupe sous l'expression « troubles du comportement » un ensemble de manifestations très différentes que l'on rencontre fréquemment chez les personnes âgées vivant en établissement, en particulier lorsqu'elles sont atteintes d'une maladie neurodégénérative comme la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée. Les professionnels parlent aussi de symptômes psychologiques et comportementaux de la démence (SPCD). Cette étiquette savante recouvre une réalité très concrète pour l'animateur : des comportements qui gênent la personne, les autres résidents, ou l'organisation de la journée.

Il est utile de les distinguer, car on ne répond pas de la même façon à un résident qui déambule sans fin et à un résident qui reste prostré dans sa chambre. Les uns sont dits « productifs » ou « perturbateurs » — ils s'expriment de façon visible et bruyante ; les autres sont dits « déficitaires » — ils se traduisent par un retrait, un repli, une disparition. Les seconds sont souvent moins signalés, précisément parce qu'ils dérangent moins ; ce serait une erreur de les négliger.

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L'agitation et la déambulation

La personne marche sans but apparent, entre et sort des pièces, cherche quelque chose ou quelqu'un. Souvent liée à un besoin de bouger, à une désorientation ou à une inquiétude qu'elle ne peut nommer.

💢

L'agressivité

Verbale (cris, insultes, opposition) ou physique (elle repousse, frappe, griffe). Presque toujours défensive : la personne se sent menacée, envahie ou incomprise, et réagit comme elle le peut.

😟

L'anxiété

Peur diffuse, questions répétées, besoin d'être rassuré en permanence, parfois angoisses vespérales en fin de journée. La personne cherche des repères qui lui échappent.

😶

L'apathie

Perte d'initiative, indifférence, retrait des activités et des relations. À ne pas confondre avec la dépression, même si les deux peuvent coexister. C'est un trouble à part entière, souvent sous-estimé.

🙊

La désinhibition

Comportements sociaux inadaptés : propos crus, gestes déplacés, familiarité excessive. Ils choquent l'entourage mais relèvent de l'atteinte cérébrale, pas d'une intention.

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Les troubles du rythme

Inversion jour/nuit, réveils nocturnes, somnolence diurne. Ils désorganisent la journée et fatiguent la personne, ce qui aggrave à son tour les autres comportements.

Ces catégories ne sont pas étanches. Une même personne peut déambuler le matin, s'opposer au moment de la toilette, s'apaiser l'après-midi et s'angoisser au coucher. Le comportement varie selon le moment, l'état de fatigue, la présence d'un visage familier, la douleur, l'environnement sonore. C'est précisément cette variabilité qui rend le travail de l'animateur passionnant et exigeant : il n'existe pas de réponse figée, seulement des ajustements permanents.

💡 Un comportement n'est pas une identité

Dire « c'est un résident agressif » enferme la personne dans son symptôme et oriente d'avance toutes les interactions vers la méfiance. Il est plus juste, et plus utile, de dire « ce résident a présenté un comportement d'agressivité ce matin, dans telle situation ». La nuance n'est pas cosmétique : elle ouvre la recherche de ce qui a déclenché le comportement, au lieu de le figer en trait de caractère.

Pourquoi ces comportements apparaissent

Le point de bascule, pour un animateur, c'est le jour où il cesse de voir le comportement comme un problème à faire disparaître et commence à le voir comme un message à décoder. Chez une personne dont les capacités de langage et de raisonnement sont altérées, le comportement devient un mode d'expression. Elle ne fait pas exprès ; elle fait avec ce qu'il lui reste. La question n'est donc pas « comment le faire arrêter ? » mais « qu'est-ce qu'il essaie de me dire ? ».

Chercher le besoin derrière le comportement

Derrière la plupart des comportements se cache un besoin non satisfait. La personne a mal quelque part mais ne peut pas le formuler. Elle a besoin d'aller aux toilettes et ne trouve plus le chemin. Elle s'ennuie profondément et cherche à occuper son corps. Elle a peur d'un environnement qu'elle ne reconnaît plus. Elle est épuisée par une journée trop chargée en stimulations. Elle a soif, elle a chaud, elle a froid, elle a faim. Autant de causes banales qui, chez une personne qui ne peut plus les exprimer par des mots, ressortent sous forme de cris, d'opposition ou de déambulation.

Ce que l'on observeCe que cela peut vouloir dire
La personne s'oppose systématiquement à la toiletteDouleur au mouvement, gêne, peur de l'eau, sentiment d'intrusion dans son intimité
Elle déambule surtout en fin d'après-midiFatigue, baisse de la lumière, angoisse vespérale, besoin de retrouver un repère du soir
Elle crie de façon répétitiveDouleur non soulagée, ennui, besoin de contact, environnement sonore agressif
Elle refuse d'entrer dans la salle d'animationTrop de monde, trop de bruit, peur de l'échec devant les autres, activité inadaptée
Elle repousse le matériel qu'on lui présenteConsigne incomprise, activité perçue comme infantilisante, sentiment d'être forcée
Elle ne participe plus à rienDouleur, dépression, apathie, effets d'un traitement — à signaler à l'équipe soignante

Ce tableau n'est pas une grille de diagnostic : c'est une invitation à formuler des hypothèses. L'animateur n'établit pas la cause, il la suppose, il teste un ajustement, il observe le résultat. C'est une démarche d'essai réfléchi, pas une science exacte, et elle donne de bien meilleurs résultats que la contrainte.

Les causes qui ne se voient pas

Certaines causes échappent complètement à l'observation directe et relèvent du soin. Une infection urinaire, une constipation, une douleur dentaire, un fécalome, une déshydratation, un effet indésirable de médicament : tous peuvent provoquer une modification brutale et inexpliquée du comportement chez une personne âgée. La règle est simple et importante : tout changement de comportement soudain doit faire suspecter une cause physique et être signalé sans délai à l'équipe soignante. Un résident habituellement calme qui devient d'un coup agité ou confus n'a pas « empiré » : il a peut-être un problème de santé aigu. Ce réflexe fait partie du rôle de l'animateur autant que de celui du soignant.

⚠️ Ne jamais banaliser un changement brutal

Une aggravation rapide de la confusion, une somnolence inhabituelle, une douleur exprimée par le visage ou le corps, une fièvre : ce ne sont pas des « troubles du comportement » de plus, ce sont des signaux d'alerte médicaux. Prévenez l'infirmière ou le médecin. En cas de détresse vitale (perte de connaissance, difficulté respiratoire, malaise grave), contactez les services d'urgence de votre pays selon la procédure de l'établissement. L'animation attendra.

Observer avant d'agir : la clé de l'animateur

Avant de concevoir la moindre activité, il faut connaître la personne. Pas seulement son diagnostic, mais son histoire, ses habitudes, ce qui la faisait vibrer avant, ce qui la met en colère aujourd'hui. Un ancien menuisier n'aura pas les mêmes ressources qu'une ancienne institutrice ; une personne qui a élevé six enfants ne réagira pas comme une personne qui a vécu seule toute sa vie. L'histoire de vie n'est pas un détail sentimental : c'est la matière première de l'animation adaptée.

Repérer les moments et les déclencheurs

L'observation structurée fait gagner un temps considérable. Il ne s'agit pas de surveiller, mais de comprendre les régularités. Un outil simple, souvent enseigné dans les formations aux troubles du comportement, consiste à décrire trois moments : ce qui se passe avant le comportement (l'élément déclencheur), le comportement lui-même (décrit de façon factuelle, sans interprétation), et ce qui se passe après (la conséquence, y compris la réaction de l'entourage). En reliant ces trois moments sur plusieurs jours, des schémas apparaissent : tel résident s'agite toujours après le déjeuner, tel autre à l'approche d'un soignant précis, tel autre quand la télévision est allumée trop fort.

  1. Décrire, ne pas interpréter. « Monsieur a repoussé la table et s'est levé » est une observation. « Monsieur était énervé contre moi » est une interprétation. On note d'abord les faits.
  2. Noter le contexte. Heure, lieu, personnes présentes, niveau de bruit, activité en cours, événement inhabituel (visite, absence, changement de chambre).
  3. Repérer les précurseurs. Souvent, un comportement de crise est précédé de petits signes : agitation des mains, regard qui se durcit, respiration qui s'accélère, phrases répétées. Les repérer, c'est pouvoir intervenir avant.
  4. Transmettre. Une observation qui reste dans la tête d'une seule personne ne sert à rien. Elle se consigne dans les transmissions et se partage en réunion d'équipe.

Cette démarche demande de la rigueur, mais elle transforme la pratique. Au lieu de réagir dans l'urgence à des comportements qui semblent surgir de nulle part, l'animateur commence à les anticiper. Il déplace un atelier bruyant, il propose une activité de mouvement au résident qui déambule habituellement à cette heure-là, il évite de solliciter frontalement le résident qui a besoin de temps. L'observation ne remplace pas l'action : elle la rend juste.

💡 Des supports pour objectiver

Consigner ses observations sur un support partagé aide toute l'équipe à voir les mêmes choses. Le catalogue d'outils DYNSEO propose des supports imprimables pour noter et transmettre, notamment une carte des signaux d'alerte utile pour repérer précocement les changements. L'observation partagée vaut toujours mieux que l'impression individuelle : elle réduit les malentendus et fait émerger les régularités.

Les principes d'une activité vraiment adaptée

Une activité n'est pas adaptée parce qu'elle est « pour personnes âgées ». Elle est adaptée parce qu'elle correspond à ce que cette personne, ce jour-là, peut faire, aime faire et supporte de faire. Quelques principes reviennent dans toutes les approches reconnues et guident la conception.

Viser la réussite, pas la performance

Rien n'aggrave plus sûrement un trouble du comportement que le sentiment d'échec. Une personne qui n'arrive pas à faire ce qu'on lui demande se sent diminuée, humiliée, et se défend : elle refuse, elle s'énerve, elle se retire. La règle d'or est donc l'ajustement du niveau. L'activité doit être suffisamment simple pour être réussie, et suffisamment stimulante pour ne pas ennuyer. Ce point d'équilibre est propre à chaque personne et il évolue ; il faut le chercher en permanence, quitte à simplifier en cours de route sans jamais le souligner.

Solliciter les capacités préservées

La maladie d'Alzheimer et les maladies apparentées n'effacent pas tout d'un coup. Longtemps, la mémoire émotionnelle, la mémoire ancienne, les gestes automatiques appris toute une vie et la sensibilité à la musique restent accessibles. Une personne qui ne se souvient plus du prénom de sa fille peut encore chanter une chanson de son enfance, plier du linge, éplucher des légumes ou marquer le rythme. S'appuyer sur ce qui reste, plutôt que de buter sur ce qui a disparu, c'est offrir à la personne l'expérience rare, en institution, de se sentir compétente.

Respecter le rythme et le choix

Proposer n'est pas imposer. Une personne a le droit de refuser une activité, et ce refus doit être entendu comme une information, pas comme un échec de l'animateur. Parfois il suffit de revenir plus tard, de reformuler, de s'installer à côté sans rien demander. Le sentiment de garder un minimum de contrôle sur sa journée est, en lui-même, un facteur d'apaisement pour une personne qui a tout perdu par ailleurs : son domicile, son autonomie, ses repères.

PrincipeCe que cela change concrètement
Réussite avant performanceOn simplifie sans le dire, on valorise l'effort et non le résultat
Capacités préservéesOn s'appuie sur la musique, le geste, l'émotion, la mémoire ancienne
Rythme respectéSéances courtes, pauses fréquentes, on s'arrête avant la fatigue
Choix laisséOn propose deux options concrètes plutôt qu'une question ouverte
Sens et familiaritéOn relie l'activité à l'histoire de vie de la personne
Sécurité affectiveUn visage connu, un ton calme, un cadre stable rassurent plus que les mots

Ces principes se retrouvent dans plusieurs approches non médicamenteuses reconnues et enseignées : l'approche Montessori adaptée aux personnes âgées, qui mise sur l'autonomie et les gestes utiles ; la thérapie de validation, qui accueille l'émotion de la personne au lieu de la corriger ; la stimulation multisensorielle de type Snoezelen ; la réminiscence, qui s'appuie sur les souvenirs anciens. Aucune n'est une baguette magique ; toutes reposent sur le même socle : le respect de la personne et l'ajustement à ce qu'elle peut vivre sans être mise en difficulté.

Un support de stimulation pensé pour les seniors

EDITH réunit des jeux de stimulation cognitive au niveau ajustable, pensés pour les personnes âgées, y compris en cas de maladie d'Alzheimer ou de Parkinson. Un appui simple pour proposer, en individuel ou en petit groupe, une activité qui valorise plutôt qu'elle ne met en échec.

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