Au Bénin Paulin Aoulou aide les personnes touchées par les maladies tropicales négligées cutanées à reprendre place au sein de leurs communautés.
Arrivés adolescents au centre de Madjrè, amputés chacun d’une jambe des suites de la lèpre, Bernardin et Moïse voyaient l’avenir sombrement. Jusqu’au jour de leur rencontre avec Paulin Aoulou : « j’ai reçu les deux frères et leur mère, nous avons beaucoup échangé sur le handicap, ils ont compris qu’ils étaient des personnes à part entière et qu’une vie hors du centre était possible ». Paulin travaille avec eux sur l’estime de soi et les aide à lancer une activité économique. « Je suis rempli d’espoir ! » s’exclame Bernardin, « je n’imaginais pas qu’un jour quelqu’un m’aiderait à réaliser mon rêve d’avoir un commerce et de rentrer dans ma communauté ».
Une rencontre marquante pour Moïse, Bernardin et leur mère ©FRF – MC Gaitte[
Socio-anthropologue, Paulin Aoulou est chargé, depuis janvier dernier, du projet Réinsertion sociale de la Fondation Raoul Follereau au Bénin. « Enfant déjà, je cherchais un métier pour être sur le terrain, aux côtés de la population » se remémore-t-il. Sur le terrain, il l’est chaque semaine : depuis Cotonou, Paulin sillonne le pays pour accompagner les patients de cinq centres spécialisés dans la prise en charge des maladies tropicales négligées cutanées, tel celui de Madjrè. Les patients anxieux mais aussi leurs garde-malades viennent toquer à sa porte. Certains lui confient la peur d’une opération, d’autres la crainte d’avoir laissé conjoint et enfants au village : à chacun, Paulin offre une écoute attentive et des conseils. « J’aide le patient à retrouver un équilibre mental, je lui rappelle qu’il n’est pas tout seul ».
Avant et après les opérations chirurgicales, Paulin Aoulou visite les patients et rassure les plus inquiets. ©FRF – MC Gaitte[
Pour les anciens malades restés vivre dans les centres, Paulin met en place un accompagnement spécifique. L’hospitalisation de longue durée a pu engendrer la perte d’un travail ou des difficultés familiales : « dans ces cas-là, c’est tout un problème, ils appréhendent de rentrer » constate-t-il. Alors Paulin se rend dans les villages et sensibilise les communautés. « Je leur pose des questions : cette personne de chez vous est aujourd’hui guérie, comment envisagez-vous son retour ? et je clarifie, j’oriente, afin de faciliter la réinsertion ».
Pour Bernardin et Moïse, le retour prend forme : l’ouverture d’un commerce pour l’aîné, l’arrivée d’un moulin à légumes pour le cadet et une communauté qui les attend. C’est ainsi que Paulin Aoulou conçoit son travail : permettre aux patients de retrouver, avec dignité, leur place au sein de leurs communautés.