L’édito du président

Compatibilité
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2026 marque-t-elle un tournant irrémédiable dans l’histoire de la presse française ? Les faits semblent donner corps à un virage radical.

Si l’économie a souvent été marquée par des ruptures, balayant à chaque révolution industrielle ou technologique le « monde d’avant », celle en cours dans l’univers des médias est d’une violence rare.

La baisse de diffusion des titres print, l’augmentation du coût du papier, la crise de la publicité, la difficulté à trouver un modèle économique viable pour le web, le fléchissement du lectorat encouragé par des réseaux sociaux bêtifiants et addictifs, et désormais l’invasion sans complexe de l’IA dans les rédactions, ébranlent le secteur de la presse comme jamais.

Elles conduisent les journalistes en poste vers des horizons incertains, sous la coupe d’un management souvent déficient ou pire, toxique. Les pigistes, eux, vivent une précarisation insensée de leur activité.

Toujours en quête d’économies et de profits maximisés – le mal endémique du capitalisme dévoyé -, plusieurs groupes de presse, arc-boutés à l’amélioration de leurs résultats financiers plutôt qu’au bien-être de leurs salariés – considérés cyniquement comme des variables d’ajustement -, ont mis en place des restructurations d’une agressivité inouïe.

Des exemples ? Le PSE (Plan de « Sauvegarde » – choquante appellation – de l’Emploi) en cours au sein du groupe Prisma Media, propriété de Louis Hachette Group, filiale de Vivendi aux mains de Vincent Bolloré. Près de 300 postes sont concernés au sein des titres du pool (Femme Actuelle, Télé-Loisirs, Capital…). Le groupe EBRA (L’Est Républicain, Le Progrès, le Dauphiné Libéré…) a annoncé en juin 2026 un PSE prévoyant jusqu’à 400 suppressions de postes. Centre France (La Montagne, L’Yonne Républicaine…) a lancé en avril un PSE pour soustraire 152 postes.

Près de 60 emplois chez Bayard (La Croix…), une quarantaine chez Marie-Claire, une vingtaine chez Infopro Digital (L’Usine Nouvelle, LSA…)… Le comble du cynisme a été atteint par le Journal des Entreprises, racheté en juillet 2026 par la société Overland Média au Groupe Le Télégramme. Aux 35 journalistes de ce titre, on a signifié leur départ, remplacés par des contenus assistés par l’IA…

On ne reviendra pas ici sur l’offensive extrême droitière concomitante qui fait basculer des titres historiques dans un registre politique inédit. Le JDD et Valeurs Actuelles ont montré l’exemple. Jusqu’à VSD, repris discrètement cet été par Vianney d’Alençon, entrepreneur marqué très à droite, proche de Vincent Bolloré et des milieux catholiques traditionalistes, président d’honneur de l’École Supérieure de Journalisme (ESJ). L’homme a fait fortune dans les bijoux religieux, sous la marque Laudate…

La presse d’opinion, légale, a toujours existé. Ce qui est moins licite, en revanche, est l’offensive de l’ultra droite sur les médias radio et télé. Europe 1 et CNews ont une ligne éditoriale qui fait clairement de l’œil au RN, de façon outrancière. Rappelons ici que la loi de 1986 relative à la liberté de communication (dite loi Léotard) oblige les médias radiophoniques et télévisuels au pluralisme – en clair, les radios et télés d’opinion ne sont pas autorisées…

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