ÉRIC SEYDOUX – L’ORFÈVRE DE LA SÉRIGRAPHIE
Le 8 octobre, la Maison de ventes Ader disperse une sélection d’œuvres en provenance de l’atelier d’Éric Seydoux, sérigraphe et éditeur. En quarante années d’activité, ce maître d’art réputé pour sa technique et son savoir-faire a réalisé plusieurs milliers de productions sérigraphiques (estampes en éditions limitées ou pièces uniques, portfolios et livres d’artistes) dont la vente prochaine offre un aperçu.
Formé à l’Art Students League de New York, Éric Seydoux pratique également la peinture et la gravure sur bois auprès de Dan Stacy, professeur au Museum of Modern Art. De retour à Paris en 1966, il poursuit sa formation auprès de Claude Georgin, enseignant à l’école des Métiers d’Art et s’initie à la sérigraphie au sein de l’atelier Paris-Arts. En mai 1968, « venu donner un coup de main » aux Beaux-Arts, il tire nuit après nuit les affiches de l’atelier populaire sur le matériel rapporté des États-Unis par Guy de Rougemont. La vente en présente six, conservées par le sérigraphe, dont la célèbre La Chienlit c’est encore lui ! Il fonde « L’atelier » en 1974, lieu d’expérimentations et de rencontres, et devient éditeur en 1982.
La sérigraphie est une technique d’impression héritée du pochoir : un écran textile est tendu sur un châssis sur lequel le sérigraphe étale l’encre à la raclette pour la faire passer à travers les zones ouvertes de la maille textile. Une couleur, un écran, un passage. Chaque passage doit se juxtaposer exactement au précédent, le moindre décalage étant perceptible à l’œil nu. Paul Cox, artiste ayant travaillé avec le sérigraphe, décrit un homme « faisant corps avec sa machine, patiemment, rituellement » doué d’un « impitoyable perfectionnisme ».
Dans sa production, Seydoux recherche, expérimente et innove. Ses écrans aux trames aléatoires, qui substituent au quadrillage régulier une répartition irrégulière de l’encre, lui font restituer le grain du fusain, la transparence de l’aquarelle, la précision d’une photographie ; il investit également dans des encres UV d’une finesse inédite.
Cette empreinte que révèle la sérigraphie peut être obtenue sur une très grande variété de supports qu’Éric Seydoux a lui-même largement exploitée. C’est ce que la vente donne à voir : zinc prépatiné pour L’hommage aux Stella de Buraglio (2000) ou plat d’acier pour son En TGV (1996), kraft armé et papier chromatique chez Viallat, Altuglass opaque ou transparent, dalle de verre, soie tendue pour Le Coupe-vent de Bernard Moninot (2009), satin, toile ou encore vinyles 33 tours pour Al Martin et ses Rigodonneries (2002). Avec Jef Gravis, il associe au verre sérigraphié le sel et les oxydes dans son Juke Box à la ligne de sel (2004).
Éric Seydoux reçoit le titre de maître d’art en 2008, la même année il est nommé Officier de l’ordre des Arts et des Lettres. Ces deux distinctions viennent récompenser son engagement en faveur de la sérigraphie et de la création contemporaine.