Service départemental d'incendie et de secours de La Réunion - Cahier n°1 : Les enjeux du SDIS

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Le territoire de La Réunion est exposé à un niveau de risques particulièrement élevé à
l’échelle nationale. La multiplicité des aléas naturels, cyclones, inondations, mouvements de
terrain, feux de végétation, volcanisme voient leurs effets amplifiés par le dérèglement
climatique. Les évènements récents tels que les cyclones Belal et Garance ont confirmé une
intensification des phénomènes extrêmes, sollicitant les services de secours sur des durées plus
longues et avec une intensité accrue.

Cette pression environnementale est amplifiée par les évolutions démographiques et
sociales. La population réunionnaise continue d’augmenter tout en vieillissant rapidement, ce
qui accroît mécaniquement les besoins en secours à personnes. Parallèlement, une part
importante de la population demeure en situation de précarité, limitant les capacités
individuelles de prévention, d’adaptation et de résilience. L’urbanisation soutenue, souvent
réalisée dans des zones exposées, renforce encore la vulnérabilité face aux risques naturels.
Dans ce contexte, le recours au service départemental d’incendie et de secours (SDIS)
devient de plus en plus fréquent.
Une activité opérationnelle en augmentation continue qui place le SDIS sous tension.
Depuis plusieurs années, l’activité du SDIS progresse à un rythme supérieur à celui de
la croissance démographique. Les secours à personnes constituent plus de 80 % des
interventions, traduisant l’évolution des besoins sanitaires et sociaux de la population. Les
accidents de la circulation augmentent également, tandis que les feux de végétation connaissent
de fortes variations en fonction des conditions climatiques.
Cette dynamique n’est pas homogène sur le territoire. Si les centres de secours urbains
concentrent les volumes d’interventions les plus importants, les centres de secours ruraux et
dans les hauts, parfois faiblement sollicités, doivent maintenir une capacité opérationnelle
complète du fait de leur isolement et des délais de route des renforts. Cette contrainte impose
un maillage territorial et un dispositif privilégiant la garde postée, coûteux mais indispensable,
pour intervenir dans des délais acceptables avec les moyens adéquats.
Longtemps, le SDIS a manqué d’outils de pilotage essentiels. L’absence historique de
suivi fiable des délais de traitement de l’alerte et des interventions a empêché sa capacité à
mesurer la performance de l’établissement, à comparer son fonctionnement à celui des autres
SDIS et à justifier ses besoins en moyens. Le déploiement récent d’un système de gestion de
l’alerte et des opérations constitue une avancée essentielle, mais son appropriation et son
exploitation restent à consolider.
Des fragilités structurelles persistantes en matière de gestion des ressources humaines
Les difficultés les plus préoccupantes concernent les ressources humaines. La pyramide
des âges des sapeurs-pompiers professionnels est déséquilibrée, avec une concentration
importante d’agents en fin de carrière et une sous-représentation des jeunes générations. Les
projections de départs à la retraite dans les années à venir font peser un risque réel sur la
continuité opérationnelle et la transmission des compétences.
Les politiques de recrutement mises en oeuvre jusqu’à aujourd’hui n’ont pas permis de
corriger cette tendance. Les concours de caporaux de sapeurs-pompiers professionnels n’ont
pas suffisamment contribué au rajeunissement des effectifs, tout en réduisant le vivier des
volontaires, pourtant essentiel. Par ailleurs, le taux d’absentéisme et le volume des inaptitudes
des professionnels demeurent très élevés au regard des standards nationaux, affectant
directement le potentiel opérationnel des centres de secours.
Le volontariat, pilier du dispositif, connaît également des tensions. Si le territoire
dispose d’un vivier important de candidats, la forte activité d’un nombre croissant de
volontaires les conduit à réaliser des volumes horaires élevés, pouvant, dans certains cas,
dépasser ceux d’une activité à temps plein, sans que le SDIS ne dispose d’une visibilité sur
l’existence éventuelle d’un emploi exercé parallèlement par les intéressés. Cette situation
fragilise le modèle sur le plan humain, juridique et organisationnel, et nécessite un contrôle plus
important. Le dispositif des jeunes sapeurs-pompiers constitue à ce titre un levier intéressant
pour le renouvellement et la fidélisation, mais reste encore insuffisamment exploité et suivi.
Des projets de transformation qui doivent s’accompagner d’une visibilité financière
Face à ces contraintes, le SDIS a engagé plusieurs projets de transformation. Le schéma
départemental d’analyse et de couverture des risques (SDACR) 2023-2027 a fixé des
orientations ambitieuses visant à renforcer le maillage territorial, les potentiels opérationnels,
les équipements et la formation des personnels.
Plusieurs projets structurants sont en cours ou à l’étude : modernisation des systèmes
d’information, programmation immobilière, regroupement de l’état-major sur un site unique,
réflexion sur un moyen aérien dédié. Ces projets répondent à des besoins liés à l’insularité et à
l’intensification des crises, mais ils soulèvent également des interrogations en matière de
soutenabilité budgétaire et de priorisation stratégique. Ainsi, devant l’ensemble des risques
auxquels il fait face avec des moyens limités, le SDIS doit veiller à renforcer les moyens
spécialisés dans ses domaines d’intervention tels que les risques technologiques et mieux se
coordonner avec les acteurs intervenant dans le secours en mer et le secours en montagne.
Cependant, le SDIS ne dispose pas d’une visibilité financière suffisante. L’absence de
convention financière pluriannuelle entre le département et le SDIS crée une incertitude
budgétaire, compliquant la programmation des investissements et la gestion prévisionnelle des
effectifs. Dans un contexte d’augmentation continue de l’activité, cette instabilité constitue un
frein majeur à toute stratégie de moyen et long terme.
Dans le même temps, la coopération régionale demeure limitée. Alors même que les
territoires de l’océan Indien sont confrontés à des risques communs, le SDIS reste peu intégré
aux initiatives régionales, ce qui réduit les possibilités de mutualisation, de formation et de
préparation collective aux crises majeures.
À défaut d’une action coordonnée sur ces leviers, les fragilités identifiées pourraient, à
moyen terme, affecter la capacité du SDIS à garantir un niveau de protection des populations à
la hauteur des enjeux du territoire et des attentes des Réunionnais

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