Former les professionnel.les de la petite enfance aux questions de genre et à l’égalité filles-garçons contribue à développer l’égalité des chances dès le plus jeune âge. En comprenant les stéréotypes, les équipes parviennent à faire évoluer leurs pratiques et à développer une vigilance de chaque instant pour ne pas assigner les enfants à des rôles ou comportements genrés. La formation Egalileo, dispensée par le pôle engagement Léo Lagrange Sud-Ouest, vise à accompagner les équipes des crèches à déconstruire leurs propres stéréotypes. Formation, observation et restitution déboucheront sur un plan d’action. La crèche Les libellules à Assat (64) a démarré la démarche le 12 avril dernier !
Egalileo prévoit 3 temps distincts, répartis sur plusieurs semaines et animés par Yannick Seguignes, responsable du pôle engagement :
- Une journée de formation de tou.tes les professionnel.les sur le genre, la construction identitaire et le rôle de la crèche et de la petite enfance sur ces questions.
- Une journée d’observation sur site, pendant laquelle Yannick va observer les pratiques et les interactions avec les enfants, y compris celles avec les parents.
- Une journée de restitution à l’équipe du fruit de ces observations, pour que l’équipe puisse construire un plan d’action.
Comprendre le fonctionnement des stéréotypes et la catégorisation du réel
Pour démarrer la journée, le professionnel interroge tout d’abord les salariées sur leurs attentes et sur ce qu’évoque le genre pour elles. En majorité les retours sont interrogatifs, « ça me pose question », « point d’interrogation pour moi » et positionnent le genre comme actuel : « c’est un phénomène sociétal », « dans les mœurs », « c’est culturel ».
Yannick pose rapidement le cadre : « l’objectif de cette journée est de vous mettre en chemin, que vous vous posiez des questions. Je ne vais pas vous dire que faire, je vais vous apporter des éléments de réflexion. »
Un 1er jeu est proposé, les 24 salariées sont réparties en 5 groupes et plusieurs tours de dessin sont organisés : une dessinatrice par groupe devra faire deviner à ses collègues, par son croquis, un mot donné par Yannick.
Arbre, fille, Ministre, scientifique, auxiliaire de puériculture : lorsque le jeu est terminé le formateur montre les dessins et explique : « vous avez toutes dessiné l’arbre de la même manière. Vous avez toutes dessiné les mots Ministre et scientifique en représentant un homme avec certains attributs et le terme auxiliaire de puériculture par une femme. Notre cerveau apprend et organise la complexité du monde en procédant par catégorisation et met une image sur ces catégories. Ces catégories demeurent assez stables toute notre vie : ce sont les stéréotypes. »
Si ces catégorisations sont communes et partagées, elles ont des impacts sur le réel et entre autres, par exemple, sur l’orientation scolaire puis professionnelle des adolescent.es.
Très peu d’hommes s’orientent vers les métiers de la petite enfance car les stéréotypes sont aussi prédictifs : l’opinion répandue voudrait que les compétences et l’instinct maternel nécessaires pour ces métiers seraient l’apanage des femmes.
Et ces stéréotypes ne sont pas simples à déconstruire car ils sont aussi accompagnés de biais cognitifs qui nous incitent à traiter comme des exceptions à la règle les faits qui s’opposent à eux. « On peut s’entraîner à identifier ses biais et ne pas rester constamment avec nos certitudes ! » affirme Yannick.
Car ce qui découle de ces stéréotypes et de ces biais cognitifs : les discriminations, choix subis et mal-être. « Nous pouvons agir pour permettre la diversité des points de vue et des possibilités d’action aux enfants ! » poursuit Yannick.
Le genre et la construction identitaire
La 2è partie de la matinée est consacrée à la compréhension de ce que signifie le terme genre et son impact dans la construction identitaire.
« Il y a une ligne continue entre le sexe biologique masculin et le sexe biologique féminin, il n’y a pas de frontière. La majorité des individus est clairement masculin ou féminin de par leurs attributs sexuels, alors qu’une minorité se trouve dans un spectre se situant entre les 2 » introduit Yannick. Ce qui a interrogé et fait débattre les participantes à la formation.
Il poursuit avec ce qui impacte la construction identitaire de chacun.e : le corps, le groupe d’appartenance, le groupe de référence et les désirs. « Avoir un vagin me définit en tant que femme. Si mon groupe me définit ainsi et si c’est mon désir, la tension est très faible. Dans le cas contraire, il peut y avoir tension identitaire et mal-être ».
Pour Yannick, l’enjeu est de créer un environnement plus ouvert, permettant l’expression de chacun.e, sans tabou ou contrainte sociale. Il rappelle que beaucoup de jeunes qui ne se retrouvent pas dans la norme pendant leur construction identitaire ont peur d’en parler et se retrouvent dans un mal-être psychique et émotionnel fort.