Conseiller maître à la Cour des comptes, Xavier Lefort exerçait, depuis février 2023, les fonctions de préfet de la région Guadeloupe, préfet de la Guadeloupe.
Préfet de la Mayenne de février 2021 à février 2023, il a notamment été secrétaire général de la Cour des comptes entre 2017 et 2021.
Il a également exercé, entre 2010 et 2013, les fonctions de directeur général délégué de l’agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie (Ademe), avant de regagner la Cour des comptes dans les fonctions d’avocat général au Parquet général.
Ancien élève de l’Ecole centrale de Paris, il a été, entre 1987 et 1999, commissaire de la Marine nationale, en métropole et Outre-mer, notamment dans des affectations embarquées, avant d’intégrer la Cour des comptes en 1999.
Le discours d'installation du président de la chambre régionale des comptes Provence-Alpes Côte d'Azur, M. Xavier Lefort, lors de l'audience solennelle du 25 septembre 2025 en présence du premier président, M. Pierre Moscovici :
DISCOURS DU PRESIDENT LEFORT AUIDENCE SOLENNELLE DU 25 SEPTEMBRE 2025
Monsieur le Vice-président, je vous remercie pour vos propos et je remercie également très chaleureusement tous les collègues de la chambre pour l’accueil qui m’a été réservé depuis 15 jours. Ensemble, il nous reviendra, comme vous l’avez souligné d’écrire peut être pas une page d’histoire, mais plus modestement une nouvelle feuille de route pour notre juridiction, Nous le ferons ensemble avec tous les membre de cette chambre, personnels administratifs et personnels de contrôle dont vous avez rappelé l’investissement et le dévouement sans faille. Nous le ferons bien sûr en capitalisant sur les ressources et l’expertise d’un collectif qui loin s’en faut ne m’a pas attendu pour faire de la chambre régionale de Provence Alpes Côte d’Azur l’institution qu’elle est aujourd’hui.
Je voudrais ensuite m’associer aux salutations que vous avez adressé à nos invités que je remercie d’avoir pris sur leur emploi du temps que je sais lourdement chargé pour assister à cette audience solennelle.
Merci M. le Premier président de votre présence ce matin, c’est pour la juridiction un honneur et une marque de confiance que nous mesurons pleinement et qui nous touche profondément. Permettrez moi également de saluer les membres de votre délégation, conduite par Madame la secrétaire générale, avec Monsieur le président de la mission d’inspection des chambres régionales des comptes et auxquels je me permets d’associer le représentant de Madame la Procureure générale.
Merci Monsieur le préfet de région d’avoir bien voulu nous consacrer ce temps dans votre agenda dont j’imagine très volontiers les contraintes. Votre présence et celle de tous les membres du corps préfectoral qui sont ici témoigne de l’importance mutuelle que nous accordons aux relations régulières et indispensables entre notre juridiction et les représentants de l’Etat dans notre ressort.
Mesdames et Messieurs, les Parlementaires, Monsieur le président de région, Monsieur le Maire de Marseille, Madame la présidente du département et de la Métropole, Monsieur le Maire de Nice, Mesdames et Messieurs les représentants des collectivités départementales du ressort, Mesdames et Messieurs les élus, je voudrais saluer ici solennellement votre engagement au service de nos concitoyens, vous incarnez pour eux la Démocratie et je mesure parfaitement le poids de vos responsabilités et la lourdeur de votre tâche. Sachez que dans l’action qui est la vôtre, vous trouverez toujours dans cette chambre l’éclairage et les recommandations nécessaires pour déployer et mettre en œuvre les politiques publiques dont vous avez la charge. Ces conseils sont désintéressés, ils sont aussi extérieurs ce qui parfois n’est pas inutile.
Monsieur le Premier président, Monsieur le Procureur général, Mesdames et Messieurs les représentant des chefs de juridiction, votre présence ce matin est la marque concrète de la collaboration étroite en nos différents ordres de juridiction au service de l’œuvre de justice. Je souhaite avec vous poursuivre et amplifier cette collaboration afin que notre action collective soit encore plus efficace dans le rétablissement du droit et la répression des atteintes à la gestion publique.
Madame la bâtonnière, Monsieur le vice bâtonnier, vous étés au sein d’une cour de justice. Vous y avez donc par définition toute votre place et je tiens à saluer votre présence ce matin.
Mesdames et Messieurs les directeurs et chefs de service, beaucoup d’entre vous êtes des partenaires de notre chambre et de son action et je vous remercie de votre fidélité à nos audiences.
Je voudrais à présent revenir sur la cérémonie d’installation à laquelle vous venez d’assister. Loin d’être un rituel suranné, ces installations marquent à la fois l’appartenance à notre collégialité et l’entrée dans la plénitude de nos missions et de nos fonctions juridictionnelles.
La collégialité tout d’abord qui est en face de vous et que j’ai désormais l’honneur de présider est avant tout un rassemblement de compétences que je voudrais saluer. Chaque magistrat qui la compose y apporte l’expérience de son parcourus au sein de l’administration ou au sein des différents ordres de juridiction. Ce sont cette expérience et ces compétences partagées qui fondent la qualité de nos travaux et la pertinence de nos conclusions. Elles sont essentielles et mon rôle, en autre chose, sera de faire en sorte que nous développions sans cesse ces compétences, qu’elles soient financières, techniques ou juridiques, afin qu’elles se complètent et qu’elles s’enrichissent mutuellement.
La qualité de magistrat ensuite qui s’exprime et se manifeste dans cette installation est quant à elle le corollaire de notre indépendance. Cette indépendance n’est pas un confort statutaire, elle est la garantie de l’impartialité et de l’objectivité de nos remarques et de nos observations. Là encore, mon rôle de chef de juridiction est de veiller scrupuleusement sur cette indépendance car il ne doit pas y avoir et il n’y a pas l’ombre d’un doute pour chaque contrôlé sur le fait qu’il sera traité avec le seuil souci de rendre compte le plus fidèlement et le plus clairement possible de son action et de Ses décisions. Il ne doit pas y avoir et il n’y a pas l’ombre d’un doute pour chaque citoyen sur le fait qu’aucune pression ou complaisance ne viendra orienter le sens de nos travaux.
Je voudrais ensuite saluer les deux collègues que je viens d’installer et vous les présenter succinctement
Frédéric Mireur arrive de la chambre régionale des comptes Auvergne Rhône Alpes et apportera à la chambre l’expérience d’un magistrat aguerri. Diplômé de l’école spéciale militaire de Saint Cyr, et de l’école nationale des ponts et chaussées et breveté de l’école de guerre, notre collègue a débuté sa carrière comme officier de l’armée de terre et s’est trouvé déployé dans de nombreux théâtres d’opérations extérieures avant de rejoindre, comme ingénieur, le service des infrastructures de la Défense. Frédéric Mireur a choisi en 2019 de mettre son expertise au service des juridictions financières et nous nous réjouissons qu’il ait décidé cet été de rejoindre la chambre.
Juliette Elbaz n’a peut-être pas foulé les mêmes terrains que notre collègue Fréderic Mireur mais elle nous apporte l’enthousiasme et l’engagement de la jeunesse. Issue du concours extrêmement difficile et sélectif de recrutement des conseillers de chambre régionale des comptes, elle démarre sa vie professionnelle en exerçant le métier particulièrement exigeant et formateur de magistrat des comptes, qui est sans nul doute une excellente, voire la meilleure école pour exercer ensuite des fonctions de responsabilités dans les administrations hospitalières, territoriales ou d’Etat.
En vous remerciant à nouveau de votre présence à toutes et à tous ce matin, je voudrais profiter de l’occasion qui m’est donnée pour partager quelques réflexions sur notre institution et sur son rôle et dégager quelques axes de l’action qui sera la mienne à la tête de cette juridiction.
Mais avant cela je voudrais vous remercier Monsieur le Premier président d’avoir proposé au Président de la République ma nomination à la présidence de la chambre régionales des comptes Provence Alpes Côte d’Azur.
Apres cinq années intenses dans les fonctions préfectorales, dont les trois dernières dans un territoire connu pour ne pas porter au repos, tout en étant infiniment attachant et où l’on vit profondément l’extraordinaire richesse humaine de nos outre-mer, je change d’habit, qui d’ailleurs n’a jamais fait le moine, pour retrouver ma robe de conseiller maitre, mais aussi et surtout, si vous permettez Monsieur le président de région ce raccourci géographique et administratif, la terre de Provence et la Ville de Marseille, une terre et une ville généreuses qui sont peut être les plus ultramarines de l’Hexagone parce que depuis toujours ouvertes sur la mer, sur le Monde et finalement et profondément vers l’Autre.
Ce changement d’état en passant, si je puis dire, de l’action au contrôle est une caractéristique forte de notre ordre de juridiction où nombre d’entre nous alternons les fonctions juridictionelles et l’exercice de responsabilités opérationnelles. Elle nous permet de porter sur l’action publique que nous contrôlons, que nous évaluons ou que nous jugeons le regard non d’un technicien de l’audit, loin des réalités concrètes, mais d’un professionnel averti des enjeux, des difficultés et des contraintes de l’action publique, parce qu’il y a été lui-même confronté.
C’est aussi la conviction intime et personnelle qu’exercer ce métier de magistrat et en ce qui me concerne de chef de juridiction est une autre manière peut être moins instantanée et moins contingente, mais tout aussi utile et si j’ose dire efficace de servir l’intérêt général et de contribuer à améliorer et à faire progresser l’action publique.
« Juger l’administration c’est encore administrer » nous rappelait la semaine dernière M. le président du tribunal administratif lors de l’audience solennelle de sa juridiction rappelant en cela la formule bien connue du Premier président Henrion de Pansey.
Bien sûr cela suppose que nous soyons au plus proche de l’action et non des inspecteurs de travaux finis depuis belle lurette. Evidemment la comparaison footballistique s’impose ici à Marseille et tel l’arbitre nous avons à veiller sur le jeu mais sans l’entraver ni le gêner.
Être au plus près dans le temps et dans l’espace des préoccupations de la gestion publique c’est ce que les juridicions financières ont mis en place depuis 5 ans avec par exemple les audits « flash » ou encore les enquêtes d’initiative citoyenne.
C’est ce qui a été fait avec les JO de Paris, c’est ce que nous continuerons à faire ici avec le plan Marseille en grand, animé d’abord par le souci du dialogue et de la compréhension des enjeux.
Dans une société qui connait une crise durable de la démocratie et qui est marquée par la défiance croissante vis-à-vis des institutions, l’existence d’une juridiction qui garantit au citoyen qu’il y aura toujours un regard transparent et impartial porté sur l’action publique est une ardente nécessité.
Et c’est pour nous le cœur de notre mission d’assurer à ce même citoyen, que, comme le rappelle à l’entrée de cette salle d’audience l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, « tout agent public est et sera toujours susceptible d’avoir à rendre compte de son administration ».
Soyons conscient que c’est l’impérieuse attente de nos concitoyens qui demandent avant tout l’efficacité et la transparence de l’action publique.
L’efficacité, parce que le citoyen est un contribuable, que l’euro que nous manions est le sien, que l’argent public n’a pas de propriétaire et n’a que des gérants, comme le rappelait le Procureur général Bénard lors de l’audience du bicentenaire de la Cour, et qu’il n’y pas de consentement durable à l’impôt si le bon usage des deniers publics n’est pas garanti.
La transparence parce que nous sommes une République de citoyens égaux et que toutes nos charges petites ou grandes, nous ne les exerçons jamais que par délégation de nos concitoyens pour le service du seul intérêt général et non au profit d’un quelconque intérêt particulier.
Cette mission, nous les magistrats des comptes, nous l’exerçons, non de manière principalement répressive, même si la réforme de la responsabilité des gestionnaires publics que vous avez portée, Monsieur le Premier président, a redonné à la Cour et aux chambres régionales des comptes une place prépondérante dans la lutte contre les atteintes à la probité, mais principalement par des communications et des rapports.
D’aucuns peuvent penser qu’un rapport de plus ou de moins ne changera pas grand-chose et certains aimeraient sans doute nous voir réduits à une magistrature d’apparat
Ne nous y trompons pas, notre rôle est déterminant car il s’agit d’éclairer le débat public et d’informer le citoyen pour qu’il prenne la décision la plus éclairée et la plus responsable possible.
« Dat ordinem lucendo » disait la vieille devise de la Cour, autrement dit, notre mission est de rétablir l’ordre par la lumière, Eclairer et remettre en lumière pour mettre de l’ordre dans les comptes obscurs qui dissimulent le mésusage de l’argent public ou pour mettre de l’ordre dans la gestion qui ne répond plus aux impératifs de rigueur et d’efficacité.
Cette mission d’information et d’explication nous oblige.
D’abord je l’ai dit car elle exige notre indépendance et notre expertise. Et je voudrais à nouveau saluer la collégialité qui m’entoure et à travers elle tous les personnels de la chambre car ils assument avec un grands professionnalisme cette mission.
Ensuite car il s’agit de rendre nos travaux compréhensibles et accessibles par tous, en un mot pédagogiques. C’est un exercice exigeant car la matière que nous traitons est souvent complexe, mais c’est absolument indispensable, même si le temps de la pédagogie s’accorde mal avec l’immédiateté du temps médiatique.
Pour autant nous ne pouvons pas nous dispenser de cette mission de communication et d’information, car d’autres s’en chargeront à notre place mais sans le souci de la rigueur, l’obligation de la transparence et l’exigence de l’impartialité. Comme disait Mark Twain « le mensonge a le temps de faire trois fois le tour de la terre, le temps que la vérité mette ses chaussures ».
Vous avez, Monsieur le Premier président, fait de cette communication un des axes majeurs des chantiers que vous avez conduit à la tête des juridictions financières et je peux témoigner dans mes fonctions précédentes que la visibilité des juridictions financières et l’impact de leurs travaux en ont été profondément renforcés.
Ne nous y trompons pas, nos concitoyens ne sont pas des consommateurs hébétés des réseaux sociaux avides de théories fumeuses et adeptes des fakenews. Nos concitoyens forment un peuple souverain de femmes et d’hommes qui sont des adultes responsables prêts à prendre le temps nécessaire pour analyser et comprendre les difficultés d’un syndicat des eaux, le déséquilibre d’une délégation de service public ou les embarras de gestion d’un réseau de transports.
Enfin et ce n’est pas contradictoire, nous dévons présenter nos observations de la manière la plus précise et la plus argumentée possible. Je ne peux pas, dans cette salle, ne pas évoquer Philippe Séguin qui qualifiait la juridiction financière de magistrature d’influence mais qui ajoutait tout aussitôt : « ce qui n’est quand même pas négligeable ».
Être une magistrature d’influence, ce n’est pas s’amuser à lancer quelques pavés dans la mare politico-médiatique, être une magistrature d’influence c’est, disait Philipe Seguin, et je le cite : « présenter nos rapports de façon absolument rigoureuse et précise de manière à ce que les gens que nous interpellons y trouvent les arguments devant lesquels ils devront s’incliner ».
Bien sûr parfois la force de l’argumentation ne suffira pas et nous saurons si nécessaire mettre en œuvre les pouvoirs de sanction que la loi nous a désormais donnés sur l’ensemble des gestionnaires publics.
Ces exigences ne sont pas nouvelles et mon ambition, notre ambition collective pour la chambre de PACA, c’est d’être au rendez-vous de ces exigences : en informant le citoyen de manière claire et transparente, parce qu’il a le droit de demander compte à tout agent public de son administration, en aidant les administrations à progresser et à se réformer, parce que la situation des finances publiques exige plus que jamais une gestion économe et efficace, en rappelant l’impérieuse exigence de la probité dans l’action publique qui est le socle même de la démocratie.
Cette exigence repose sur les trois valeurs cardinales de notre magistrature : l’indépendance, la collégialité et la contradiction.
Chacune et chacun d’entre vous, dans les fonctions qui sont les vôtres, pouvez compter sur les membres de notre juridiction. Notre mission est d’être au cœur de l’action publique, au cœur de votre action, le partenaire et le tiers de confiance qui garantit que l’intérêt général reste placé au-dessus de tout le reste.
Je vous remercie
Monsieur le procureur financier avez-vous d’autres réquisitions
L’audience est levée