Hebdo de l’énergie : l’actualité des marchés du 10 octobre 2025

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Nos experts vous présentent leur analyse complète de toute l’actualité sur les marchés de l’énergie à la date de clôture du 10 octobre 2025.

Marché de l'électricité

Électricité : l’équilibre fragile d’un système sous tension

Semaine dernière, le marché français de l’électricité a retrouvé une nervosité familière. Les prix de gros ont légèrement rebondi, portés par des inquiétudes autour du parc nucléaire d’EDF : plusieurs réacteurs font face à des maintenances prolongées et des inspections de corrosion. La production reste correcte, mais la marge de manœuvre pour l’hiver se réduit. Dans un contexte où la demande repart avec la baisse des températures, le moindre incident technique pourrait faire flamber les prix.

Côté renouvelable, la dynamique s’essouffle. La crise politique à Paris et le flou autour de la future loi climat freinent les projets solaires et éoliens. Les grands énergéticiens temporisent, tandis que plusieurs acteurs indépendants jettent l’éponge. Résultat : la France risque de dépendre plus longtemps que prévu de son parc nucléaire et de ses importations. À court terme, le signal reste clair — prudence et volatilité à surveiller.

À la une

Espagne : la panne qui ébranle le mythe de la fiabilité conventionnelle

Le dernier rapport d’Entso-E vient de lever le voile sur les causes de la gigantesque panne d’électricité qui a plongé la péninsule ibérique dans le noir en avril dernier. Et les conclusions sont sans appel : ce ne sont pas les renouvelables qui ont failli, mais bien les centrales conventionnelles censées assurer la stabilité du réseau.

Surtensions en cascade

Selon Red Eléctrica, gestionnaire du réseau espagnol, ces unités de secours ont absorbé la puissance réactive « en deçà de la contribution normalement requise », surtout dans le sud-ouest et le centre du pays.

Résultat : un effet de cascade de surtension qui a provoqué des déconnexions en chaîne.

Contrairement à ce que certains commentateurs avaient affirmé dans la foulée de l’incident, les énergies renouvelables n’ont pas fragilisé le système. Le think tank Ember confirme que la production solaire et éolienne était « conforme à la normale », et que le véritable problème réside dans le manque de flexibilité et de modernisation du réseau.

Cet épisode confirme ce que nous savions déjà : la résilience passe par la flexibilité et la modernisation des infrastructures.

Une mutation accélérée

Un constat qui contredit frontalement le récit des sceptiques de la transition énergétique. Mais il ouvre surtout une bataille politique et juridique sur la responsabilité des opérateurs et la place des technologies traditionnelles dans un système électrique en mutation accélérée.

L’essentiel à retenir ailleurs en Europe, par notre expert​

Bruxelles : le marché de l’électricité sous tension

L’initiative de la CE visant à centraliser le couplage du marché de l’électricité fait grincer des dents. Epex Spot et Nord Pool dénoncent une mesure « bureaucratique », coûteuse et juridiquement fragile. Elles défendent le modèle décentralisé actuel, qui évite un « point unique de défaillance ». Derrière ce débat technique, c’est la gouvernance même du marché intérieur qui est en jeu.

L’Europe chauffe pour la décarbonation

En décembre, Bruxelles lancera sa première grande enchère industrielle pour électrifier les procédés thermiques lourds (acier, chimie, ciment). Dotée d’un budget d’un milliard d’euros, cette initiative financée par le Fonds d’innovation marque un pas concret vers la création d’une Banque européenne de la décarbonation industrielle, dotée à terme de 100 milliards.

France : nouveau cap énergétique sous tension politique

À Paris, Roland Lescure prend les rênes du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle. Sa mission : fixer la trajectoire énergétique française et combler deux ans de retard dans la loi énergie-climat. Avec Monique Barbut à la Transition écologique, le duo devra concilier relance du nucléaire, accélération du solaire et chaos parlementaire. Mais dans un contexte de défiance, le cap de la politique énergétique française reste sous haute tension.

– Helder FARIA RUBIO, 

Responsable Vente Indirecte et Partenariats chez Capitole Energie

Marché du gaz

Gaz : accalmie précaire, hiver sous surveillance

Le contrat TTF hollandais s’est stabilisé autour de 33 €/MWh après un pic lié aux frappes russes en Ukraine. Les stocks européens, remplis à près de 83 %, offrent un coussin de sécurité confortable — mais inférieur à celui de l’an dernier. L’offre de GNL demeure solide, notamment depuis les États-Unis, et la météo reste clémente.

Derrière cette apparente sérénité, les fondamentaux se fragilisent. Un hiver froid ou des perturbations sur les flux norvégiens ou ukrainiens pourraient rapidement renverser la tendance. L’Europe reste dépendante de cargaisons flexibles et d’un équilibre géopolitique fragile. En clair : les prix calmes d’octobre ne garantissent en rien un hiver tranquille. C’est le moment d’ajuster ses positions, pas de s’endormir.

À la une

L’Europe dans une ère record d’importations de GNL américain

À l’aube de l’hiver, l’Europe s’apprête à vivre une bascule énergétique historique : jamais le Vieux Continent n’avait compté autant sur le gaz naturel liquéfié (GNL) américain.

Des importations records

D’après des opérateurs du secteur, l’Europe devrait absorber la majorité des cargaisons américaines non verrouillées par des contrats asiatiques, renforçant le rôle de « swing supplier » des États-Unis — c’est-à-dire cette capacité à ajuster les volumes exportés selon les besoins du marché.

Deux contraintes majeures

D’une part, les retards dans la mise en service de nouvelles unités de liquéfaction aux États-Unis (Golden Pass, Corpus Christi, Plaquemines) limitent le surcroît de capacité à court terme ; d’autre part, un hiver rigoureux en Asie ou des pannes imprévues pourraient redistribuer la demande mondiale.

Une dépendance risquée

La dépendance européenne s’aggrave d’autant plus que la réduction programmée des importations russes d’ici à 2027 laisse un vide qu’il faut combler. Cette année, sur les quelque 127 Gm³ importés de toutes origines, les États-Unis ont déjà livré 72 Gm³ à l’UE-27 et au Royaume-Uni.

Pour autant, ce tournant du GNL dans la stratégie énergétique européenne n’est pas sans risques. Le froid, les pannes et les tensions logistiques demeurent les principaux facteurs de fragilité. Dans ce contexte, l’Europe ne joue plus seulement la bataille des volumes : elle entre dans l’ère d’une nouvelle géopolitique de l’énergie.

Tour d’horizon des autres faits marquants, par notre expert

Grèce : nouveau « price setter » régional

Grâce à un gaz moins cher, la Grèce se positionne pour influencer les prix de gros dans le sud-est européen. Ses centrales à gaz, rentables compte tenu de l’écart entre les prix grecs et hongrois, pourraient exporter vers l’Italie et la Bulgarie. Un avantage renforcé par l’arrêt ponctuel du câble Grec-Italie — limitant les exportations mais pesant également sur le prix domestique.

Ukraine : la guerre pèse sur l’énergie

Après des frappes massives ciblant ses infrastructures gazières, l’Ukraine est forcée d’accroître ses importations. Son utilité comme pays de transit est affaiblie, accroissant la pression sur l’UE pour fournir des volumes supplémentaires. Naftogaz a déjà obtenu un prêt de 62 millions d’euros pour sécuriser ces approvisionnements.

Irritations transfrontalières : l’Italie en ligne de mire

L’Autriche critique les projets italiens visant à supprimer l’écart de prix entre le hub PSV (Italie) et le TTF européen, notamment via des subventions. Le risque : déséquilibres concurrentiels entre points d’entrée (Arnoldstein, etc.) et perturbations de sécurité d’approvisionnement. Du côté italien, Confindustria pousse vers un achat collectif de gaz pour réduire les coûts de 2 à 3 €/MWh et réaliser jusqu’à 1,3 milliard d’économies. Mais cette stratégie est vivement contestée.

– Helder FARIA RUBIO

Responsable Vente Indirecte et Partenariats chez Capitole Energie

Zoom sur l'énergie verte

La transition énergétique européenne en panne de gouvernail

En France, l’impasse politique étrangle les petits acteurs du renouvelable

Le vent de la transition énergétique semble s’être arrêté net en France. Depuis la démission du Premier ministre Sébastien Lecornu et l’absence de budget 2026, les incertitudes politiques ont figé les décisions d’investissement. Les premières victimes : les petites entreprises des énergies renouvelables.

Boucl Energie, pionnière de l’autoconsommation collective, a récemment été liquidée après le retrait de ses investisseurs — 34 millions d’euros partis en fumée par crainte d’un cadre instable. D’autres suivent le même chemin, faute de marges et de visibilité.

Le parallèle avec la crise de 2010, quand l’État avait suspendu les aides au solaire, revient souvent. Mais cette fois : la paralysie est à la fois politique et financière.

L’Europe cherche sa boussole climatique

Face à cette inertie nationale, Bruxelles tente de reprendre la main. Les ministres européens de l’Environnement se réuniront le 4 novembre pour tenter d’obtenir un accord sur une réduction de 90 % des émissions d’ici 2040. Mais le scepticisme grandit : plusieurs États, dont la Hongrie et la Slovaquie, freinent au nom de leur compétitivité industrielle. Kurt Vandenberghe, directeur général de l’action climatique à la Commission, plaide pour « une politique industrielle du climat » capable de redonner confiance et direction. Pourtant, l’Union risque déjà de manquer son objectif de -55 % d’émissions d’ici 2030.

Espagne : trop de soleil, pas assez de valeur

Ironie du sort, en Espagne, ce n’est pas le manque de projets mais la chute des prix de l’électricité qui inquiète. Les heures à zéro euro sur le marché se multiplient, sapant la rentabilité du solaire. Les PPA se raréfient, les investisseurs se crispent. Le pays pourrait tout de même battre un record d’installations en 2025, mais la dynamique financière reste fragile.

Une Europe du renouvelable à deux vitesses

Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’UE manquera de 9 % son objectif de capacité verte en 2030. L’Allemagne, l’Espagne et la Pologne tirent la croissance, pendant que la France s’enlise.Sans cadre clair, la promesse d’une Europe verte reste suspendue… à une décision politique.

– Helder FARIA RUBIO

Responsable Vente Indirecte et Partenariats chez Capitole Energie

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