La danseuse aux dents noires d'Éric Stalner, Olivier et Jean-Laurent Truc : une BD qui a un petit "truc" en plus ! - CulturAdvisor

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En 1912, un médecin est envoyé au Cambodge pour opérer le roi (pro-français) d’une cataracte. Le récit est basé sur les mémoires de cet ophtalmologiste et agrémenté d’une intrigue d’espionnage qui nous révèle les enjeux de ces colonies lointaines. Une BD qui a un petit « truc » en plus ! La danseuse aux dents noires d’Éric Stalner, Olivier et Jean-Laurent Truc, aux Éditions Dupuis : une BD qui a un petit « truc » en plus !

Un air de famille

On connaissait bien Olivier Truc pour ses polars ethniques en Laponie, du Premier Renne au Dernier Lapon, en passant par la série de la Brigade des Rennes. Le frenchy adopté par les suédois s’était même aventuré du côté des Sentiers obscurs de Karachi.

On n’a donc guère hésité à suivre l’écrivain voyageur en Asie avec La danseuse aux dents noires, en format BD.

Mais il doit y avoir un truc avec cette BD puisque le scénario est cosigné par … Jean-Laurent Truc ?! Un air de famille, car ils sont en effet cousins et la BD s’inspire librement des mémoires d’un aïeul, Hermentaire Truc !

Jean-Laurent Truc est le spécialiste de la BD qui anime le site Ligne Claire. Aux pinceaux, ce sera Éric Stalner : vous vous souvenez peut-être de cette « vieille » série Le Boche (1990 !) mais Stalner a également adapté plus récemment des romans d’un autre voyageur, Nicolas Vanier, comme Loup.

De véritables nids d’espions

En 1912, le roi Sisowath du Cambodge (à l’époque sous protectorat français) souffre gravement d’une cataracte. Pour rétablir le prestige vacillant de la République, le gouvernement français envoie un éminent ophtalmologiste, Hermentaire Truc, l’arrière-grand-père des auteurs, pour opérer le roi.

Le médecin débarque à Saïgon, puis Phnom-Penh, alors que les différentes factions manœuvrent en coulisse pour faire chuter le roi pro-français. Les allemands soutiennent les bonzes du clergé bouddhiste et même un prince rebelle, Norodom Yukanthor, car le Kaiser Guillaume II aimerait bien agrandir son empire colonial.

Phnom-Penh et Saïgon sont alors de véritables nids d’espions et la mission du toubib va s’avérer bien délicate, tant sur le plan médical que sur le plan diplomatique … Le roi sera même opéré à Saïgon pour l’éloigner quelque temps de Phnom-Penh et des intrigues de cour !

La danseuse aux dents noires d’Éric Stalner, Olivier et Jean-Laurent Truc, aux Éditions Dupuis : une BD qui a un petit « truc » en plus !

Les fameuses danseuses aux dents noires

« Quel cirque ! Tout cela pour une cataracte, royale certes, mais une cataracte … »

Pour romancer leur intrigue, les scénaristes plongent leur aïeul Hermentaire Truc dans un véritable dilemme : va-t-il rester fidèle à son serment d’Hippocrate pour redonner la vue au roi et perpétuer ainsi le pouvoir colonial français qui maintient dans la misère le peuple cambodgien grâce au commerce d’opium ?

« – L’opération aurait-elle échoué ? Échoué ? Échoué pour qui ? Je n’en sais rien. »

Une intrigue qui mettra en scène, c’est le cas de le dire, les danseuses apsaras du royaume, les fameuses danseuses aux dents noires (effet dû à une teinture renouvelée fréquemment) : quelques années auparavant, en 1906, les danseuses du ballet royal avaient subjugué le Tout-Paris lors d’une visite officielle du roi. Cocteau, Rodin et bien d’autres avaient été fascinés par la grâce de leur art ancestral.

Un scénario captivant

Le scénario imaginé par les cousins Truc est captivant : s’appuyant largement sur les mémoires de leur arrière-grand-père, l’intrigue mêle habilement faits véridiques et roman d’espionnage.
Il ne s’agit pas d’un simple album de Tintin au Cambodge et on apprend ainsi plein de choses sur la présence française en Indochine, entre ces deux guerres avec l’Allemagne, celle de 1870 et celle de 1914 à venir.

L’album comporte d’ailleurs un excellent dossier qui éclaire les différents points de l’affaire, photos d’époque à l’appui.

Une belle ligne claire

Les dessins d’Éric Stalner sont ceux d’une belle ligne claire, mais sont ici mis en valeur par une belle et soyeuse colorisation qui parvient à rendre l’humidité poisseuse qui règne en Asie du Sud-Est pendant la saison des pluies.

Qu’il s’agisse du faste royal, des eaux sombres du fleuve ou du vert impénétrable de la forêt, ces couleurs d’orient sont superbes.

Le dessinateur a même invité au spectacle tout le folklore indochinois : sampan aux gros yeux bigarrés, maison khmère, moustache et costume colonial, fumerie d’opium, éléphant et panthère, palais royal et temple, eau, fleuve et pluie, …

Et bien sûr, les fameuses danseuses royales qui faisaient rêver Rodin.

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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.

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