Un Stéphanais à la CAN : le blog de Yanis - Ville de Saint-Étienne-du-Rouvray - Site officiel

Compatibilité
Sauvegarder(0)
partager

Épisode 2 : Garage auto, omelette et longue soirée


Lundi 22 décembre, le réveil sonne à 9 heures. Je prends mon temps, je traîne un peu avant d’aller me doucher, allongé à faire défiler les informations et les résultats des matchs de la CAN. Le Maroc se vit au ralenti le matin, surtout après des journées aussi intenses que celles que je vis depuis mon arrivée.

Je suis ici avec Abderrahmane, le meilleur ami de mon père, un homme qui me connaît depuis que je suis petit et que je considère comme un oncle. Il y a aussi Mohamed le marocain, un autre ami de mon père et d’Abderrahmane, ainsi que son fils Amine. Nous formons presque une famille. Ce qui nous lie encore plus, c’est que nous venons tous de la même ville : Saint-Étienne-du-Rouvray.

« C’est un miracle que vous soyez arrivés au Maroc en vie. »

Après la douche, direction un garage. Sur la route, nous nous étions rendu compte que la voiture tirait légèrement sur le côté. Le verdict tombe : un plomb de roue est tombé en Espagne. Le mécanicien change les deux roues et nous lâche, presque choqué : « C’est un miracle que vous soyez arrivés au Maroc en vie. » On se regarde, un peu sonnés, mais soulagés.
Vers 10 heures, place au petit-déjeuner, dans un petit local très simple. À peine entré, je reconnais la voix de Fairouz, la diva de la chanson arabe, en fond sonore. Le lieu est tenu par Fatima et son mari. Ici, pas de carte compliquée : ils ne font que des omelettes. J’en prends une, accompagnée d’un jus.
Un mot : incroyable. L’huile d’olive, les olives noires, les épices… Tout rappelle que je suis bien au bled. J’ajoute bien sûr un thé très sucré, la base au Maroc.
Au moment de payer, surprise : rien à régler. Abderrahmane a discuté avec le mécanicien en arabe, lui expliquant que nous étions Algériens. Il nous a simplement dit : « Allez prendre le petit-déjeuner chez Fatima, c’est moi qui paye. » C’est aussi ça, le bled : on ne se connaît pas, et pourtant on se traite comme des frères.

impossible de trouver des billets le jour J

La suite de la matinée nous mène au Decathlon de Rabat. Mes chaussures ont pris l’eau la veille, complètement fichues. J’opte pour une paire simple, noire, Quechua waterproof. L’essentiel.
On espérait ensuite aller à Casablanca pour le match Mali–Zambie, mais impossible de trouver des billets le jour J. Tant pis. On roule pendant près de deux heures, on passe devant le nouveau stade Moulay-Abdallah, puis on se dirige vers Salé.
Ce qui me frappe à Rabat, c’est la propreté. Pas un déchet au sol. Les arbres sont taillés, la pelouse impeccable. Une ville droite, calme, presque irréprochable. En arrivant à Salé, le décor change : des quartiers plus populaires, plus bruts. Autre choc visuel : la mer, agitée, d’une couleur marron inhabituelle. Ici, l’humidité et le sel abîment les façades, beaucoup d’immeubles sont gris, rongés par le temps.

« Je fais une vraie cure de thé, ici, on en boit à toute heure, comme de l’eau.»

On s’installe dans un café pour suivre le match. Mali–Zambie : 1-1. De mon côté, encore un thé. Quand je viens au Maroc, je fais une vraie cure de thé : ici, on en boit à toute heure, comme de l’eau.
Il est déjà 17 heures, et la faim se fait sentir. Notre seul vrai repas, c’était l’omelette de Fatima… qui, contre toute attente, a tenu toute la journée. Direction le restaurant Dar Naji, où je me laisse tenter par un énorme burger américain.

« Des ambiances qu’on aime.»

La soirée se poursuit dans la médina de Rabat. Dans le souk, tous les commerces affichent des maillots du Maroc et des autres nations africaines. On sent que la CAN est partout. À un moment, des supporters marocains, tunisiens et algériens se regroupent. Un homme sort une enceinte, met de la musique, et tout le monde se met à danser. Une communion spontanée, belle, sincère. À 19h30, l’appel à la prière d’Al Aïcha retentit. En quelques secondes, le bruit laisse place à un silence apaisant. Tout s’arrête. Un calme qui fait du bien. À 20h30, Beur FM m’appelle (je suis correspondant pour cette radio, j’en parlerai plus précisément plus tard). Je passe en direct dans l’émission Special Time Foot, spéciale CAN, depuis Rabat. Autour de moi, des jeunes crient « Dima Maghreb », d’autres lancent « Vive le Maroc » en français. Des ambiances qu’on aime.
La fatigue commence à tomber. Direction le restaurant Rouge et Noir pour regarder Égypte–Zimbabwe. Je craque pour une crêpe Nutella-cookies. Les cris de Mohamed contre les joueurs égyptiens m’empêchent de m’endormir.
À 23h10, retour à l’hôtel.

Demain, réveil très tôt

Il est 1h50 quand j’écris ces lignes, allongé sur un matelas aux ressorts bien trop présents, pendant qu’Amine me fait écouter du rap. Leçon du jour : ne jamais juger un plat à sa taille. L’omelette de Fatima en est la preuve. Un régal total. Je vous laisse pour ce soir. Demain, réveil très tôt : je vais assister à deux matchs au stade. République démocratique du Congo–Bénin à 13h30, puis Tunisie–Ouganda a 21H00. Ça s’annonce incroyable, un vrai rêve éveillé.

Coordonnées
amilanesi