Sur un glacier d’Islande, une randonnée tourne mal. Vraiment mal ! Ni les sauveteurs, ni le lecteur, ne sont au bout de leurs surprises avec ce thriller psychologique glacé. Yrsa Sigurðardóttir est une auteure islandaise qu’il ne faut pas confondre avec son homonyme Lilja Sigurðardóttir. Toutes deux filles de papa Sigurður. Il s’agit de ne pas se tromper devant le rayon polars nordiques de sa librairie ! Lilja, on l’avait aperçue, sans s’y attarder, avec Piégée (chez Métailié), un thriller qui ne venait pas bouleverser le paysage islandais. Aujourd’hui, on découvre donc Yrsa avec La proie, paru chez Actes Sud. La proie : un livre de Yrsa Sigurðardóttir, aux Éditions Actes Sud, et un thriller psychologique glacé venu d’Islande !
Une randonnée qui finit mal
Dans un polar islandais, on sait bien qu’il vaut mieux ne pas s’embarquer dans une randonnée au pied du gigantesque glacier Vatnajökull : ça finit forcément très mal !
Une semaine après la disparition des randonneurs, les secours sont sur place et sondent la neige. L’une des femmes est bientôt retrouvée gelée… à moitié nue.
« C’est sans aucun doute une des femmes du groupe qu’on recherche. Les vêtements qu’on a trouvés dans le chalet sont probablement les siens. Quant à savoir pourquoi elle s’est déshabillée avant de sortir dans la neige, le mystère reste entier. »
Un déshabillage paradoxal
L’amateur de polars islandais imagine un cas de « déshabillage paradoxal », quand en plein blizzard glacé, une victime d’hypothermie enlève soudain tous ses vêtements chauds. La rando a mal tourné, ça d’accord on s’en doutait, mais que s’est-il réellement passé ?
Le livre va alterner les chapitres, entre les recherches des sauveteurs, qui vont de surprise en surprise (mauvaises, les surprises, hein) et une semaine plus tôt, l’équipée des randonneurs imprudents.
« Mon Dieu ! J’espère quand même qu’il ne reste plus de cadavres là-haut ! »
« On ne comptait plus le nombre de disparus qu’on n’avait jamais retrouvés dans ces hautes terres. »
Des sortes d’hallucinations
Dans le même temps, deux frères se découvrent bien tardivement une petite sœur, Salvör, morte mystérieusement quand ils étaient petits, une sœur totalement effacée de leur histoire familiale – les parents n’en parlaient jamais, les photos ont été retirées des albums. Là aussi, que s’est-il passé, qu’est-il arrivé à Salvör ?
L’un des frères travaille à la « station radar de Stokksnes », abandonnée par les américains et reprise par l’Otan. C’est tout près du glacier fatal aux randonneurs et le gars commence à avoir des sortes d’hallucinations, entendre un chat gratter à la porte…
« – J’ai cru entendre une femme dans la cuisine. Ça m’a fait un choc quand j’ai vu qu’il n’y avait personne. Je sais, c’est n’importe quoi. Peut-être que je n’arrive pas à m’habituer au silence. Peut-être que j’invente des bruits pour compenser. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. »
Un état de confusion
Non loin de la station, l’une des femmes de l’équipe de sauvetage commence à entendre des voix…
L’amateur de polars islandais sait bien que « l’hypothermie peut entraîner un état de confusion, c’est bien connu. On réagit de manière inappropriée dans ces cas-là ».
Mais quel peut bien être le rapport entre l’histoire familiale d’une petite sœur trop tôt disparue et celle d’une randonnée catastrophique dans le blizzard ?
Ah, les fameuses disparitions dans les polars islandais ! Comment se fait-il que tous ces écrivains soient obsédés par ces histoires ? Peu importe finalement, du moment que le lecteur y trouve son compte ! Et dans ce bouquin de Yrsa Sigurðardóttir, on est vraiment gâté !
« Chaque fois qu’elle entendait parler de chasseurs de perdrix, de conducteurs de motoneige ou de randonneurs égarés, la vieille femme murmurait : “Mais qu’est -ce qu’ils ont dans la tête, ces gens-là ? Pourquoi ils ne restent pas tout bonnement chez eux ?” Ces propos sonnaient particulièrement juste en cet instant. »
Un lecteur frigorifié, halluciné, manipulé
Ce roman rappelle beaucoup le thriller psychologique Sarek du suédois Ulf Kvensler. La géographie de ces grands espaces naturels et sauvages n’est pas exactement la même, mais dans les deux cas, on tient une rando périlleuse qui tourne mal, sans qu’on sache exactement pourquoi, des secours tardifs qui vont découvrir peu à peu le fin mot de l’énigme, et surtout le froid qui s’infiltre jusqu’en nous, pauvre lecteur manipulé par un écrivain diabolique.
L’islandaise rajoute ici ses propres assaisonnements à la recette, avec quelques disparitions mystérieuses et quelques hallucinations. Le fantôme de la petite Salvör est-il le seul à rôder dans la neige ?
Le lecteur frigorifié, halluciné, manipulé,… devra attendre les toutes dernières pages pour que Yrsa Sigurðardóttir veuille bien lui dévoiler toutes les clés et lui expliquer d’où vient le chat.
Un vrai trousseau, car elles sont nombreuses ces clés, pour relier tous ces mystères entre eux !
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Par Bruno Ménétrier. Les bouquins de Bruno Ménétrier.