À l’occasion du mois de sensibilisation consacré aux mutilations génitales féminines au Sénégal, Amref Health Africa a réuni ses équipes du terrain, des jeunes leaders, des experts de santé et des acteurs communautaires pour partager les solutions concrètes mises en œuvre contre les MGF.
Ce webinaire offre un éclairage essentiel sur les enjeux sanitaires, sociaux et transfrontaliers, ainsi que sur les approches communautaires qui permettent d’accélérer l’abandon durable de la pratique.
Comprendre les mutilations génitales féminines au Sénégal : un enjeu sanitaire majeur
Lors de ce webinaire, Ernest Mendy, Project Manager chez Amref Sénégal, a rappelé les enjeux sanitaires, sociaux et juridiques liés aux mutilations génitales féminines au Sénégal.
« Les MGF constituent une violation grave des droits humains et une forme extrême de violence basée sur le genre, touchant au moins 200 millions de femmes et de filles dans le monde. »
Au Sénégal, près d’une femme sur cinq est concernée. Les MGF touchent majoritairement les jeunes filles de 5 à 10 ans, avec des prévalences plus élevées dans les régions du Sud, de l’Est et du Nord.
Les conséquences incluent : douleurs aiguës, hémorragies, infections, complications obstétricales, troubles urinaires, impacts psychologiques et stress post‑traumatique. Ces risques renforcent l’urgence d’agir pour mettre fin aux mutilations génitales féminines au Sénégal.
Un défi transfrontalier : pourquoi les MGF persistent au Sénégal
La dimension transfrontalière est un facteur clé de persistance des mutilations génitales féminines au Sénégal. Des communautés traversent facilement les frontières vers la Gambie, la Guinée‑Bissau ou le Mali, où la législation est moins stricte ou moins appliquée.
Ernest Mendy souligne :
« Pour les populations, les frontières ne sont que politiques ; socialement et culturellement, il s’agit d’un même espace. »
Amref a contribué à la mise en place d’un mécanisme transfrontalier de coopération réunissant les gouverneurs de Kolda, Bafatá et Djanhouré, afin de :
- harmoniser les messages de sensibilisation ;
- renforcer la surveillance communautaire ;
- coordonner les efforts de référencement des victimes.
Cette approche est essentielle pour lutter durablement contre les mutilations génitales féminines au Sénégal et dans les pays voisins.
Renforcer la prise en charge des survivantes de MGF au Sénégal
Dans la région de Sédhiou, fortement touchée par les mutilations génitales féminines, Amref met en œuvre le projet « Devenir », soutenu par l’AFD.
Tidiane Dieng a décrit les défis rencontrés :
« Les complications obstétricales sont fréquentes, avec une hausse des césariennes chez les femmes excisées, des infections et des douleurs aiguës. »
Les besoins identifiés :
- intégrer les MGF dans la formation initiale des professionnels de santé ;
- renforcer l’écoute, l’accueil et la prise en charge psychosociale ;
- pallier le manque de personnel dans les zones éloignées ;
- détecter plus tôt les cas lors des consultations prénatales.
Amref agit sur :
✔ la formation continue du personnel de santé,
✔ l’amélioration des protocoles de référencement,
✔ le développement d’un réseau intersectoriel santé–action sociale–communautés.
Les jeunes filles, moteur de changement contre les MGF au Sénégal
Adama Diallo, Présidente des Clubs de Filles de Kolda, a démontré l’impact de la jeunesse sur la transformation des normes sociales.
« Les jeunes deviennent leaders quand on leur fait confiance. Les clubs créent des espaces sûrs qui libèrent la parole. »
Plus de 3 000 filles sont engagées dans :
- des dialogues intergénérationnels,
- des séances de sensibilisation,
- des actions communautaires,
- des médiations familiales sur l’abandon des MGF.
Cette mobilisation est un levier puissant pour mettre fin aux mutilations génitales féminines au Sénégal.
Impliquer les garçons pour transformer durablement les normes sociales
Pour Babacar Sy, Coordinateur du Centre de Conseil pour Adolescents et Jeunes de Kolda :
« Pour arrêter la pratique, il faut sensibiliser ceux qui deviendront pères demain. »
Grâce au travail d’Amref :
- des clubs de garçons ont été créés,
- des Bootcamps sont organisés dans les villages,
- des programmes radios animés par les jeunes diffusent des messages préventifs,
- des tournées scolaires permettent d’atteindre directement les adolescents.
Reconversion des anciennes exciseuses : une approche structurante
Amref soutient également la reconversion des anciennes exciseuses, figures influentes dans les zones rurales.
Tidiane Dieng précise :
« Notre objectif n’est pas de compenser l’arrêt de la pratique, mais de renforcer l’autonomisation pour un changement durable. »
Ces femmes reçoivent un appui sur :
- le maraîchage,
- les activités génératrices de revenus,
- la sensibilisation communautaire,
- la compréhension des enjeux sanitaires et juridiques.
Certaines deviennent désormais des relais essentiels dans la lutte contre les mutilations génitales féminines au Sénégal.
Conclusion : un effort collectif pour protéger les filles au Sénégal
La lutte contre les mutilations génitales féminines au Sénégal nécessite une action coordonnée :
communautaire, sanitaire, éducative, transfrontalière et centrée sur les droits des filles.
Adama a conclu le webinaire en rappelant :
« La jeunesse peut transformer la douleur en espoir et le courage en changement durable. »