Avec une naïveté toute voltairienne, Martin Scorsese nous conte l’histoire de deux jésuites partis convertir les pauvres japonais ignorant les bienfaits de la foi chrétienne et surtout, rechercher l’un de leur illustre prédécesseur et enseignant, disparu mystérieusement en ces lointaines iles du soleil levant. Nous sommes au XVIIe siècle et toutes ressemblances avec des faits contemporains ne pourrait être que fortuite… Silence de Martin Scorcese, avec Andrew Garfield, Liam Neeson, Adam Driver et Yōsuke Kubozuka, ou le film du Dieu absent !
La place de la religion dans nos sociétés humaines
Si, en bon catéchumène, Scorsese reprend le martyrologue chrétien de ces pauvres missionnaires jésuites et de leurs ouailles innocentes, victimes du cruel inquisiteur nippon, c’est pour s’interroger sur ce lien du sang, qui unit si couramment la croyance religieuse à sa volonté prosélyte. Aucun doute pour ces deux missionnaires, les martyrs sont le ferment de la foi, et qu’importe les souffrances si elles glorifient leur Dieu. À partir de cette vision inversée des persécutions religieuses subies par des chrétiens, le film bâtit une réflexion à vif sur la place de la religion dans nos sociétés humaines, à la fois dérisoire, voire infantile, quand il s’agit de piétiner des images pieuses ou de cacher des amulettes, mais aussi profondément ancrée dans les modes de pensée de chaque civilisation, rendant toute forme de prosélytisme vaine, si il n’est accompagné d’une domination “civilisatrice”.
Une réflexion sur la question religieuse
Et peu importe l’apostasie de leur mentor, le dernier missionnaire au visage christique (Andrew Garfield) ne peut que constater l’échec de l’implantation du christianisme dans ce Japon bouddhiste que son Dieu a abandonné !
Dans les débats bien français sur la laïcité ou sur la colonisation (la mission “civilisatrice” passait aussi par la religion), le film de Scorcese, avec ce détour par le Japon du XVIIe, apporte une louable profondeur dans la réflexion sur la question religieuse, quand bien même, et c’est bien finalement le propos du film, son approche soit très “italo-américaine”.
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Par Gérard Poitou. MagCentre.