Force est de constater que l’engagement au sein d’ECIU (European Consortium of Innovative Universities) porte aujourd’hui ses fruits. Et le budget, obtenu en 2022 pour 4 ans dans le cadre d’Erasmus+ pour l’Alliance, n’y est pas étranger (lire « ECIU University entame une nouvelle phase de développement »). Ce dont se réjouissent Noëlle Billon et Ariane Abou-Chakra, respectivement coordinatrices des actions au niveau du Groupe INSA et au niveau local. Année « très riche concernant l’offre de formation », implication croissante des étudiants, « enseignants qui s’investissent », sont pour elles autant de satisfactions qui justifiaient de demander un prolongement de l’Alliance.
Cette offre de formation se décompose aujourd’hui en deux formats, dont l’une des caractéristiques principales est de mettre les étudiants dans une posture interdisciplinaire et interculturelle puisque s’y mélangent des étudiants issus de diverses disciplines, d’autres universités et d’autres pays. Ces deux formats sont proposés à des étudiants volontaires sur une plateforme dédiée, « Engage ».
Des défis…
Premier format, qui a été développé dès la formation de l’Alliance en 2019 : de l’apprentissage par cas, dit challenge based-learning (CBL). Ces « défis » sont des projets concrets et réels proposés par des entreprises, associations, organisations institutionnelles ou publiques à des groupes d’étudiants.
Ainsi, cette année, un challenge, HASMO, a permis de regrouper sur une semaine de mobilité organisée mi-mars sur le campus de l’INSA Toulouse, 7 étudiants ECIU et 5 étudiants de l’INSA. Ce challenge visait à équiper un véli (un véhicule léger à mi-chemin entre le vélo et la voiture) de plusieurs capteurs connectés, dont des capteurs de fréquence cardiaque, pour gérer des paramètres de santé d’un enfant en situation de handicap qui allait utiliser le véli dans le cadre d’un voyage familial. Les tests, qui ont porté sur différents vélis et complétés d’une analyse des besoins de patients et de professionnels, devaient nourrir une réflexion plus globale sur la façon dont pourrait être intégré un tel véhicule – qui peut constituer un outil pour lutter contre la sédentarité ou faciliter la rééducation de patients -, pour améliorer la santé physique et mentale grâce à l’activité physique.
… et des micro-modules dans tous les domaines
À côté de ces challenges, coexistent des micro-modules de formation, qui peuvent être suivis soit en format hybride, c’est-à-dire intégrant une semaine de mobilité, soit totalement en ligne. 26 étudiants de l’INSA Toulouse ont également, durant la même période que ceux du challenge HASMO, pu vivre ici une semaine de mobilité avec 23 autres étudiants ECIU de Finlande, Lituanie et Pologne. Le micro-module qui les unissait, « CARE », était aussi consacré à des dispositifs de santé connectés et au suivi médical à distance. Les étudiants ont découvert le fonctionnement des capteurs biomédicaux et l’analyse de données de santé à travers des outils comme la réalité virtuelle et le scan 3D en expérimentant des cas d’usage concrets – les leurs puisqu’ils étaient équipés de capteurs de glycémie connectés -. Ils ont été ensuite invités à réaliser des contenus de sensibilisation à un mode de vie sain.
Enfin, un autre micro-module, « Innovation for sustainable water engineering and management », a donné aussi lieu cette année à une expérience interculturelle et interdisciplinaire pour les étudiants de l’INSA, mais également à une rencontre, toujours sur le campus de l’INSA Toulouse, au mois de janvier, des 3 autres partenaires ECIU du projet dans lequel s’inscrit plus largement ce micro-module.
Vers la création d’un parcours certifiant entrepreneuriat responsable en agrégeant micro-modules et CBL d’ECIU
Ce projet Erasmus+, dit JUMP (Joint University challenge-based Minor Program for future generation of innovative entrepreneurs), vise à agréger les opportunités d’apprentissage offertes par ces partenaires pour constituer un parcours de formation dédié à l’innovation et à l’entrepreneuriat responsable que pourront suivre les étudiants durant leur cursus. Ce parcours doit être composé à la fois de challenges et micro-modules hybrides, ainsi que d’un stage et d’un mémoire CBL afin de constituer à terme une mineure CBL (Challenge-Based Learning Minor) créditée de 20 ECTS. Cette agrégation leur permettra d’acquérir à la fois connaissances fondamentales, compétences entrepreneuriales, compétences interpersonnelles et culturelles nécessaires pour mener à bien des projets responsables et d’appréhender des problèmes concrets plus complexes vers la fin de leur cursus de master.
9 micro-modules et challenges proposés aux étudiants cette année
Les apports de l’ensemble de l’offre imaginée dans le cadre d’ECIU sont donc tangibles au regard de tous ces exemples. Son essor (constaté aussi à l’échelle du Groupe) le confirme puisque, cette année, 9 micro-modules et challenges ont été proposés par l’INSA Toulouse et 21 à l’échelle du Groupe, et le nombre d’étudiants impliqués a quasiment triplé en 3 ans (de 36 en 2022-2023 à 99 en 2024-2025).
« C’est notre communication qui commence à porter ses fruits », se réjouit Noëlle Billon. « Communication que nous avons mieux ciblée sur des enseignants qui proposaient des choses qui pouvaient être transposables dans ce cadre facilement, ou encore en incitant, là où la maquette de formation est ouverte aux projets, à ce qu’y soient proposés des challenges et des micro-modules. » À cette promotion, s’est ajoutée une incitation financière : des heures supplémentaires pour la création de leurs projets mais aussi pour l’accompagnement des étudiants dans celui-ci.
La communication a ciblé aussi les étudiants : 4 étudiants ambassadeurs présentaient les micro-modules et challenges en cours d’anglais et en faisaient la promotion sur les réseaux sociaux.
Un tout nouveau appel à collaboration entre enseignants autour de projets de recherche
En parallèle, les coordinatrices essayent aussi de développer la collaboration des enseignants « qui souhaitent créer un réseau, afin de créer aussi de véritables opportunités en matière de recherche », souligne de son côté Ariane Abou-Chakra. Là aussi, la dynamique semble s’être mise en marche. 6 projets de l’INSA Toulouse (et 25 au niveau du Groupe INSA) ont ainsi été retenus dans le cadre d’un nouvel appel à collaborations, « Research Lab », destiné à permettre aux chercheurs de « faire du réseautage » en ligne, définir des angles de collaboration et pouvoir aller plus loin ensuite.
Avec les micro-modules et challenges, on arrive aussi à faire venir l’international chez nous, alors que c’est une mixité que les étudiants ne retrouvent pas forcément dans le cursus.
La réponse pour la prolongation de l’Alliance est attendue pour le début de l’été. Avec impatience. D’abord parce que, comme le souligne Ariane Abou-Chakra, « faire partie d’une alliance offre davantage d’opportunités pour répondre à des appels à projets européens et conclure de nouveaux accords et plus durables, d’un point de vue pédagogique comme pour la recherche. » Ensuite, s’enthousiasme de son côté Noëlle Billon, parce que ce travail au sein d’ECIU permettrait « de continuer à développer l’internationalisation du cursus, sachant qu’avec les micro-modules et challenges, on arrive aussi à faire venir l’international chez nous, alors que c’est une mixité que les étudiants ne retrouvent pas forcément dans le cursus mais qu’ils trouveront dans leur vie professionnelle ».
Rédaction : Camille Pons, journaliste