Texte initialement publié sur LinkedIn le 26 mars 2026
— En 2022, face à la crise de l’énergie, le gouvernement lançait un plan de sobriété (chauffage à 19°C, covoiturage, éclairage réduit...). Aujourd’hui, alors que le baril de pétrole dépasse les 100 dollars et que les tensions géopolitiques s’accentuent, les responsables politiques restent muets sur le sujet.
🔹 Pourquoi ce revirement ?
Il y a quatre ans, la crise touchant le gaz avait coïncidé avec une défaillance du parc nucléaire, entraînant la crainte d’une pénurie physique d’électricité. Pendant quelques mois, l’imaginaire collectif sortait du mythe de l’abondance énergétique, ce qui rendait nécessaire et acceptable une politique de sobriété.
Mais le discours de Belfort, prononcé quelques jours avant le début de cette crise pour annoncer la relance du nucléaire, et le redressement opéré depuis par la filière ont réactivé les anciens réflexes. L’imaginaire de l’abondance a repris le dessus, et avec lui la promesse du nucléaire comme pourvoyeur d’une énergie souveraine.
Ainsi, si la crise déclenchée par l’attaque contre l’Iran génère une forte tension sur le pétrole, c’est en termes de restriction d’accès à cette ressource que le problème est politiquement posé, plutôt que de pénurie d’énergie. Ce qui induit mécaniquement une réponse fondée sur le recours au nucléaire, et sur une électrification décorrélée des usages.
🔹 Une omission « absurde »
Par conséquent, le gouvernement s’appuie principalement sur ces leviers, préférant les contrôles contre les hausses abusives et les aides ciblées à certains secteurs aux mesures de sobriété énergétique pour protéger les consommateurs.
Pourtant, c’est bien la mise en œuvre de plans de sobriété qui a permis d’amortir la crise de 2022-2023 en réduisant la consommation de gaz et d’électricité. Et lors des premiers chocs pétroliers, dans les années soixante-dix, c’est bien la “chasse au gaspi” qui a été le principal amortisseur.
Mais la sobriété semble avoir totalement disparu de l’équation politique. Comme le rappelle Yves Marignac, porte-parole de l’Association négaWatt dans un récent article de Reporterre ►, ce mutisme est « absurde » : elle constitue un levier vital de souveraineté.
À court terme, les gestes de sobriété sont le seul levier activable pour amortir le choc. Et dans la durée, un plan de sobriété structurel ambitieux permettrait d’économiser des milliards d’euros d’importations fossiles.
Alors que plus de 60 % de notre consommation d’énergie repose encore sur des énergies fossiles importées, c’est bien la combinaison de l’électrification, soutenue par le déploiement des énergies renouvelables, et de la sobriété qui offrira la garantie la plus rapide, la plus efficace et la plus durable de souveraineté énergétique pour notre pays.
Visuel © Camille Besse / Reporterre