2026 : Entre réalités, dérives et amalgames. Eleveuses, ...

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Comme beaucoup d’entre vous, j’ai visionné lundi soir l’émission « Sur le Front » de Hugo Clément consacrée aux races dites « hypertypes ».

Comme beaucoup certainement, je suis passée au fil du reportage par plusieurs sentiments : du « c’est normal » lorsque certaines dérives sont dénoncées, au « c’est déjà fait par certains éleveurs » lorsque des évolutions de sélection sont présentées comme prétendument inexistantes, jusqu’au « c’est n’importe quoi » devant certaines conclusions ou exemples choisis. Je développerai plus loin…

Je crois qu’il est important d’avoir une position nuancée et honnête sur ce sujet.

S’il existe des dérives dans le monde de l’élevage canin ou félin, les éleveurs sérieux sont souvent les premiers à les dénoncer. Les reproductions réalisées sans aucun test de santé, les reproductions massives par les particuliers, certains excès morphologiques ou encore les importations sont une réalité que personne ne nie. Dont acte.

En revanche, je refuse que l’on mette tous les éleveurs dans le même sac en parlant de « maltraitance programmée ». Cette expression est excessive, caricaturale et profondément injuste envers les éleveurs qui travaillent sérieusement depuis des années.

Il est certain que choisir comme exemples un Golden Retriever atteint d’une dysplasie grave — alors même que cette race fait l’objet de dépistages depuis près de 40 ans, ce qui interroge forcément sur l’origine réelle du chien et les conditions de son achat —, ou encore montrer des chiens volontairement sélectionnés sans pattes-avants, donne inévitablement le sentiment d’une enquête exclusivement à charge.

De la même manière, entendre dans le reportage qu’un éleveur aurait choisi de faire reproduire un chien classé E en hanches parce que le chien est champion du monde, interroge forcément. Quel éleveur sérieux, travaillant avec des tests de santé et une véritable sélection, cautionnerait volontairement de telles pratiques ?

Car la réalité du terrain est aussi celle-ci :
des éleveurs qui réalisent les tests de santé recommandés ou obligatoires selon les races ; des professionnels qui écartent volontairement de la reproduction certains reproducteurs pourtant prometteurs sur le plan esthétique ; des éleveurs qui travaillent la santé, le comportement et la stabilité des lignées sur plusieurs générations ; des chiots et chatons correctement familiarisés, élevés en environnement adapté, suivis ensuite pendant des années auprès de leurs familles.

Et oui, n’en déplaise à certains, cela existe aussi !

Il faut aussi rappeler une évidence : la sélection responsable a un coût. Les tests génétiques, les examens vétérinaires, les radiographies, le suivi des lignées, l’accompagnement des adoptants représentent un investissement humain, technique et financier considérable. Vouloir un chien bien sélectionné tout en recherchant systématiquement le prix le plus bas est une contradiction que notre société doit accepter comme telle lorsque l’on s’entend tous sur l’objectif d’un achat responsable.

Le SNPCC défend depuis longtemps l’idée que lorsqu’une race dispose de tests de santé, ils doivent être réalisés. Lorsqu’un chien présente un problème grave, il ne doit pas reproduire. C’est aussi simple que cela.

J’ai également été surprise d’entendre que les éleveurs seraient responsables « de mauvaises interprétations des standards » et alors que les chiens et chats récompensés le sont aussi dans les rings d’exposition. Si certains excès morphologiques doivent évoluer, revenir en arrière — et nous sommes nombreux à le penser — alors encore faut-il que les juges cessent eux aussi de primer ces excès. On ne peut pas dénoncer un modèle tout en continuant à le récompenser.

Oui, certains standards ou certaines interprétations des standards ont parfois conduit à des excès morphologiques dans certaines races. Mais la solution n’est pas d’opposer systématiquement « race » et « bien-être animal », ni de faire porter la responsabilité aux seuls éleveurs.

Les standards peuvent évoluer avec le temps, tout comme leur interprétation par les juges, les clubs de race et les éleveurs eux-mêmes. Beaucoup d’éleveurs ont déjà engagé un travail de sélection « santé » et depuis longtemps visant à préserver davantage la santé, le tempérament et les aptitudes fonctionnelles de leurs chiens.

Les races ont évolué au fil des décennies ; elles peuvent aussi évoluer dans l’autre sens lorsque cela est nécessaire. Encore faut-il laisser le temps à la sélection génétique de produire ses effets.

Le SNPCC a confiance en ses éleveurs responsables.

Je trouve également regrettable que le reportage soit allé chercher en Suisse un exemple d’éleveur pratiquant les tests de santé alors que de très nombreux éleveurs français les réalisent quotidiennement. Le SNPCC travaille justement à mieux identifier et valoriser ces professionnels grâce à ses labels, afin d’aider les futurs propriétaires à repérer les élevages engagés dans une véritable démarche de sélection santé et comportementale.

L’intervention de certaines associations historiquement très à charge contre l’élevage pose également question. Sur certains constats, le dialogue est possible et parfois nécessaire. Mais il est dommage que le SNPCC n’ait été interrogé afin d’apporter une vision plus équilibrée du sujet et de distinguer clairement un éleveur responsable d’un simple « producteur ».

Et d’ailleurs, à aucun moment ne sont réellement rappelées les réalités globales de la production canine et féline en France. Or, les travaux menés par le SNPCC à partir des chiffres de l’identification ICAD montrent qu’une majorité des naissances de chiots et chatons provient aujourd’hui de particuliers ou de reproductions occasionnelles (83,57%)*, ne faisant l’objet d’aucun test de santé, d’aucune sélection structurée et d’aucun suivi des lignées.

Tous les éleveurs sérieux savent qu’il ne suffit pas que deux parents soient simplement « testés ». La véritable sécurisation santé se construit génération après génération, lorsque l’ensemble des lignées est suivi, contrôlé et analysé dans le temps. C’est précisément ce travail de fond qui distingue une reproduction occasionnelle d’un véritable travail d’élevage.

Il faut également rappeler que la sélection « santé » évolue selon les avancées scientifiques. Les éleveurs sérieux adaptent leurs choix de reproduction en fonction des nouvelles connaissances et pour exemple, la dysplasie qui était présentée il y a 40 ans comme 100% génétique, ne l’est plus aujourd’hui. Toutes les maladies ne peuvent d’ailleurs pas être appréhendées de la même manière. Certaines disposent aujourd’hui de tests ADN fiables, d’autres reposent sur des lectures radiographiques, des examens cliniques ou des suivis statistiques de lignées, et certaines pathologies restent encore complexes, multifactorielles ou insuffisamment comprises par la science elle-même.

Faire croire dans ce type de reportage qu’il existerait une sélection « parfaite » capable d’éliminer instantanément tout risque de santé relève donc d’une vision irréaliste de la génétique et du vivant. Le rôle de l’éleveur responsable est justement de réduire les risques au maximum grâce à une sélection raisonnée, progressive et fondée sur les connaissances scientifiques disponibles au moment où il travaille.

Encore une fois, être éleveur est un métier.

À l’inverse, j’ai été profondément choquée de voir mis en avant l’exemple de chiens volontairement sélectionnés sans pattes aux États-Unis. Une telle pratique est totalement contraire à l’éthique. Mais utiliser un exemple aussi extrême pour illustrer globalement l’élevage de chiens de race revient à décrédibiliser injustement des milliers d’éleveurs sérieux, et notamment les éleveurs français.

Surprise également d’entendre une éleveuse expliquer qu’un chien « sera un Cocker » lorsqu’il aura été confirmé. Et bien non.

La notion de « chien de race » est définie par le Code rural et de la pêche maritime comme étant un chien inscrit à un livre généalogique reconnu par le ministre chargé de l’agriculture. Ainsi, un chien détenteur d’un certificat de naissance et donc issu de parents eux-mêmes inscrits à un livre généalogique est juridiquement un chien « de race », même avant sa confirmation.

La confirmation ne crée pas la race. Elle constitue une vérification de conformité au standard permettant l’inscription définitive au livre généalogique et ouvre le droit à une reproduction dans le cadre du livre généalogique.

À ce stade, il est important de rappeler que ce qui est essentiellement montré du doigt dans ce type de reportage, ce sont les chiens et chats de race.

Mais qu’en est-il de toutes les autres naissances ?

Car derrière une immense partie des naissances réalisées hors élevage structuré se trouvent des reproducteurs n’ayant fait l’objet d’aucun contrôle de santé, d’aucun suivi de lignée et d’aucune véritable sélection, notamment dans le cadre de reproductions réalisées par des particuliers ou d’élevages occasionnels.

Mais aussi, entendre dire que les éleveurs n’enverraient « aux contrôles » que les chiens dont ils savent qu’ils sont indemnes de problèmes est également contestable, dans la façon où cela est présenté. Les éleveurs responsables écartent justement de la reproduction les sujets présentant des défauts ou des pathologies importantes, ce qui rend ensuite inutile leur présentation dans certains parcours de valorisation ou de cotation. Ceux qui affirment le contraire doivent pouvoir le démontrer.

Enfin, je regrette profondément la conclusion du reportage autour du prétendu « business du croisé ». Le sujet n’est pas d’opposer chiens de race ou croisés. Le vrai débat devrait être d’encourager les futurs propriétaires à se tourner vers des professionnels qui sélectionnent leurs reproducteurs, réalisent les contrôles de santé nécessaires et assument pleinement leurs responsabilités. Encore faut-il qu’ils en acceptent le prix. Acheter un chien ou un chat à 500 euros lorsque les prix habituellement pratiqués pour une sélection sérieuse sont plutôt de 1 800 euros ou davantage devrait aussi amener les futurs acquéreurs à se poser les bonnes questions.

Derrière un animal correctement sélectionné, il y a des tests de santé, des frais vétérinaires, une alimentation de qualité, du temps consacré, un suivi des lignées, une séparation de certains chiens et chats qui ne pourrons rester comme reproducteurs et des conseils pour accompagner les familles.

Critiquer les expositions est facile… et gratuit.

De nombreux éleveurs présentent aujourd’hui des chiens ou des chats dont les tests de santé ont été réalisés, d’autant que l’accès à un nombre croissant de titres de champion impose désormais certains dépistages.

La sélection, ce n’est pas uniquement « faire naître ». C’est choisir une lignée à travers les parents, sélectionner un chiot ou un chaton dans une portée, réaliser les tests de santé nécessaires, s’assurer du tempérament et de l’équilibre des reproducteurs, puis, pour celles et ceux qui le souhaitent, présenter leurs chiens ou leurs chats en concours afin de confronter leur travail au regard extérieur de juges et d’autres éleveurs, exclusivement pour celles et ceux qui le souhaitent.

Non, être éleveur n’est pas un « business » au sens caricatural du terme. C’est un métier. Un métier exigeant, passionnant, fait de responsabilités, de connaissances, de sacrifices aussi parfois, et que nous sommes toujours prêts à faire découvrir à ceux qui souhaitent réellement comprendre notre travail.

Nous acceptons le débat et la critique constructive. Mais nous refusons d’être présentés comme des tortionnaires systématiques alors que beaucoup consacrent leur vie entière à leurs chiens ou leurs chats, souvent au prix de sacrifices personnels et financiers considérables.

Alors oui, parlons santé. Parlons sélection. Parlons dérives lorsqu’elles existent. Les éleveurs sérieux n’ont aucun problème avec cela. Mais arrêtons l’hypocrisie consistant à taper exclusivement sur les éleveurs visibles, identifiés, contrôlables et qui, justement, réalisent des tests, suivent leurs lignées et assument publiquement leurs choix.

L’avenir de l’élevage ne passera ni par le déni, ni par la caricature. Il passera par davantage de transparence, davantage de sélection « santé », davantage de formation des futurs acquéreurs et par une valorisation des professionnels qui travaillent correctement. C’est précisément ce que le SNPCC défend depuis des années.

Le véritable scandale est ailleurs : le scandale est dans cette immense production « grise », sans sélection, sans contrôles sanitaires, sans suivi génétique, sans compétence réelle, alimentée par des reproductions occasionnelles, des particuliers, des effets de mode et des achats au rabais.

Supprimons demain toute cette production parallèle qui échappe à toute logique de sélection santé et comportementale… et ensuite, oui, nous pourrons réellement reparler d’élevage.

Je suis éleveuse depuis 40 ans et fière de l’être. Et vous ? Oui ? Alors, dites-le-nous.

Anne Marie LE ROUEIL
Présidente SNPCC  

*Enquête SNPCC – Revue professionnelle mai 2023  

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