Désespéré de Courbet : quand la "diplomatie culturelle" se mue en immunité juridictionnelle

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Mise en scène diplomatique autour de l’exportation du Désespéré de Courbet : Brigitte Macron, première dame de France, Rachida Dadi, ministre de la culture, Son Excellence Sheikha Al Mayassa bint Hamad bin Khalifa Al Thani, Présidente du Qatar Museums et Sheikh Ali bin Jassim Al-Thani, ambassadeur du Qatar en France, posant au musée d’Orsay ©Musée d’Orsay

Soucieuse de la conservation en France, dans un contexte approprié, des œuvres emblématiques de notre patrimoine, Sites & Monuments a sollicité, par un mail du 15 octobre 2025, avec relance par LRAR du 30 octobre 2025, la communication de la convention de prêt du Désespéré de Courbet, signée semble-t-il en avril 2025 entre le musée d’Orsay et Qatar Museums.

Instrumentalisation de la diplomatie

Réponse du ministère de la Culture du 22 décembre 2025 refusant la communication de la convention de prêt du Désespéré de Courbet

Avis négatif de la CADA n°202600498 du 5 mars 2026 relatif à la communication de la convention de prêt du Désespéré de Courbet

Cette communication a été refusée par Madame Rachida Dati le 22 décembre 2025 au motif "qu’il n’est pas possible à l’administration de communiquer les correspondances échangées avec un autre Etat qui seraient de nature à porter atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France", paraphrasant ainsi l’article L. 311-5 du code des relations entre le public et l’administration disposant que "Ne sont pas communicables : [...] 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : [...] c) A la conduite de la politique extérieure de la France".

Pourtant, rien dans le contenu de ces accords ne semble pouvoir porter atteinte à la conduite de la politique extérieure de la France. Ainsi, le musée d’Orsay, établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Culture, a précisé à La Tribune de l’Art le 14 octobre 2025 que le tableau sera, après son décrochage de ses cimaises, "exposé un temps [au Qatar] (sous régime d’autorisation de sortie temporaire pour exposition), puis, par rotation, entre Paris et Doha (toujours sous ce même régime)". Dans un entretien accordé au journal Le Monde le 21 mai 2026, Cheikha Al-Mayassa Al Thani confirmait qu’"Il y aura une sorte de rotation avec le Musée d’Orsay. Comme c’est le cas des trésors de Clive [...] qui sont exposés quelques années au V&A, quelques années chez nous" (accord en réalité peu comparable).

Une autorisation temporaire de sortie dévoyée

L’utilisation de l’autorisation temporaire de sortie est, nous l’avons dit, tout à fait contestable. L’article L. 111-2 al. 4 du code du patrimoine dispose en effet, qu’"à titre dérogatoire, et sous condition de retour obligatoire des biens culturels sur le territoire douanier, le certificat peut ne pas être demandé lorsque l’exportation temporaire des biens culturels a pour objet une restauration, une expertise ou la participation à une exposition." Cette notion "d’exposition" suppose un propos scientifique particulier (le formulaire Cerfa exige d’ailleurs un "titre"), une durée raisonnable et "motivée" (quelques mois au plus, à l’instar de celle nécessaire à une "expertise" ou une "restauration") et, évidemment, une absence de récurrence. Le fait, pour la toile de Courbet, de rejoindre "par rotation", probablement à mi-temps, les collections du musée qatari qui en est propriétaire ne peut évidemment être assimilé à une "exposition". La "dérogation" à l’exigence d’un certificat d’exportation - qui aurait permis à la France d’acheter l’oeuvre, notamment via un mécénat d’entreprise - a été clairement dévoyée.

Coordonnées
Julien Lacaze